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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 38-39

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

Fait diversL’Affaire Dumont — Canada [Québec] 2012, 2 h

Élie Castiel

Résumé | Extrait

L'AFFAIRE DUMONT Fait divers Comme prémisse, une affaire de moeurs qui ressemble à tant d’autres. Michel Dumont, un livreur de dépanneur séparé et père de deux jeunes enfants, est accusé et condamné pour une agression sexuelle qu’il nie avoir commise. À partir de ce scénario on ne peut plus télévisuel et propice aux heures de grande écoute, de ce curieux équilibre entre le fait vécu et l’événement sensationnaliste, Podz a tiré un film original, bourré d’idées narratives et de propositions esthétiques malgré ses apparences de simplicité, touchant, d’une humanité à la fois déconcertante et conciliatrice. Élie Castiel Comme dans ses films précédents, c’est surtout dans le ton, dans cet espace de manipulation des sens, dans cet amoncellement d’atmosphères, d’ambiances et de climats opposés et conflituels, que le talentueux cinéaste articule son troisième long métrage, délaissant ses fantasmes visuellement graphiques des deux premiers essais. Le tout au profit d’un énoncé psychanalytique plus prononcé, notamment en ce qui a trait au personnage principal, un individu introverti et ordinaire qui, devant une situation et des événements qui le dépassent, est obligé de surmonter les écarts de langage, les notions d’éthique, la jurisprudence d’un système parfois inefficace et des lois sociales souvent inadéquates. Car Michel Dumont, le présumé coupable, est laissé à lui-même pour se défendre. Devant l’énormité de l’appareil judiciaire qui, le plus souvent, ne pardonne pas, il se sent petit, vulnérable, projeté dans un microcosme dont il ne reconnaît pas les normes, les signes et les modes de conduite pour survivre. Autour de lui, une nouvelle compagne, qu’il épouse pendant qu’il purge sa peine. Elle, Solange (Marilyn Castonguay, agréablement expressive et habitée), c’est la voix de la raison, celle qui ne recule devant rien pour que justice soit faite, celle par qui tout sera remis en place. Ce lien qui unit ce couple à la fois improbable et complice possède des accents romantiques que Podz tente de dissimuler par sa mise en scène distanciée, se limitant à montrer leur intimité physique dans une seule scène courte, sans complaisance, mais mémorable, d’une subtilité à fleur de peau que la mise en images de Bernard Couture rend sensuelle, grâce notamment à sa luminosité diaphane et à son rapport aux corps. C’est d’ailleurs cette opacité dans l’éclairage qui domine ce film construit en intérieurs (appartement, cuisine, salle de bain, prison, palais de justice), calquant pour ainsi dire les atmosphères qui se dégagent de ces lieux rendus, pour la circonstance, sans âme, ou mieux encore « à la recherche d’une âme ». Car tout dans L’Affaire Dumont est structuré à partir de la notion de quête : recherche de la vérité, remise en question du système judiciaire, poursuite du bonheur, examen de soi. Et pour expliquer ces notions abstraites, il y a aussi un récit concret, une affaire non classée racontée à travers le temps. Il y aura l’accusation, les nombreuses procédures à suivre. Et puis finalement, le 23 juin 1992, veille de la Saint-Jean, la présumée victime se ravise, confirmant que Michel Dumont n’est pas le coupable. Et ce n’est que le 23 mai 1997, soit cinq ans plus tard, lorsque Dumont aura purgé 34 mois de pénitencier, qu’il sera finalement libéré. Triste consolation puisqu’il apprendra que ses deux enfants ont été agressés en foyer d’accueil. Le film s’achève sur une zone d’ombre, laissant le spectateur réfléchir sur cette affaire. Car L’Affaire Dumont est aussi un constat social énergiquement cinématographique, appuyé par un rapport explicite entre le réalisateur et la caméra, entre l’organisation d’une mise en scène presque minimaliste et les divers éléments esthétiques (cadrage, éclairage, lumière, ton, décors, voire même costumes). Le nouveau film de Podz déconcerte, soumet le spectateur à une réflexion sur le système judiciaire, mais surtout et avant tout, nous rappelle à l’ordre dans notre rapport à l’autre, à sa vulnérabilité, à sa fragilité et à son inconscient, voire même à sa corporalité.

Auteur : Élie Castiel
Titre : Fait divers
Ouvrage recensé : L’Affaire Dumont — Canada [Québec] 2012, 2 h
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 38-39
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67397ac

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