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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 42-43

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

Beasts of the Southern WildUn bric-à-brac miraculeuxLes bêtes du sud sauvage — États-Unis 2012, 1 h 33

Sylvain Lavallée

Résumé | Extrait

art23 Sylvain Lavallée Gagnant au dernier Festival de Cannes de la Caméra d’or (pour récompenser le meilleur premier film), Beasts of the Southern Wild a aussi été primé à Sundance (Grand Prix du jury), et justement, Zeitlin ne se tient pas si loin du type de cinéma associé à ce festival américain. En fait, il se situe quelque part entre ses deux représentants les plus caractéristiques, entre le regard documentaire sur une réalité sociale miséreuse et cette esthétique plus éclatée, qui se veut joyeusement poétique, représentant des personnages légèrement marginaux qu’il faut apprendre à aimer, mais alors qu’en général ce cinéma « à la Sundance » s’attarde à la marginalité pour la normaliser et servir un propos bien-pensant sur l’acceptation de la différence, Beasts of the Southern Wild évite cette formule artificielle en n’essayant ni d’effacer la différence afin de la rendre sympathique, ni de l’adoucir par des décalages qui relèvent plus de la curiosité amusée que d’un réel intérêt humain. Zeitlin ne fait pas de la marginalité le sujet de son oeuvre, il nous plonge au coeur de celle-ci sans relever ce qui constitue cette différence; Hushpuppy et son père font partie du même monde que Zeitlin, ce dernier ne cherche pas à combler un écart qui pour lui n’existe pas, d’où une démarche à contre-courant de ses collègues de Sundance. De plus, l’éclatement et la récupération sont le moteur même de son oeuvre : Beasts of the Southern Wild est un beau bric-à-brac fabriqué avec les moyens du bord, prenant comme matériel de base autant des textes fondateurs de la mythologie américaine (Mark Twain), des références obliques à des événements récents (l’ouragan Katrina) et aussi ces multiples influences cinématographiques et littéraires, typiquement américaines, le cinéaste utilisant ces matériaux récupérés comme ses personnages vivent au travers des déchets, dans cet entre-deux insolite entre ferraille et nature. Des personnages isolés sur leur île coupée du monde par une digue, fièrement indépendantistes sur une terre qu’ils ne délaisseront pas, même sous la menace d’une apocalypse pressentie, et cet individualisme féroce qui est pourtant le ciment même de la communauté, ce film exulte l’Amérique par toutes ses pores, Zeitlin brossant ainsi un portrait en creux de sa nation, vue à travers ses habitants les plus hors-norme, grâce à une sorte de melting pot esthétique passant du conte initiatique au réalisme social. Zeitlin justifie cet éclectisme en partie par le regard de sa protagoniste de six ans, mais cette motivation scénaristique assez convenue pourrait vite tourner à vide si le cinéaste ne partageait pas la fougue un brin naïve de ses personnages, cette joie de vivre caractéristique d’une certaine Louisiane qui permet moins d’oublier les malheurs que de les embrasser par la fête. Loin d’un portrait de marginaux que l’on regarderait depuis notre confortable distance de spectateur donc, la caméra se joint aux personnages et se colle à leur milieu. L’utilisation d’acteurs non professionnels issus de ce sud sauvage participe sans doute à cette impression de proximité, d’autant plus qu’ils sont formidables, en particulier la jeune Quvenzhané Wallis dans le rôle de Hushpuppy, mais Zeitlin a de plus tourné son film dans l’urgence, depuis une position de danger presque délibérée, l’équipe de tournage ayant affronté tornades, vol d’équipement, manque de fonds, accident de la route paralysant Zeitlin pour plusieurs mois, sans compter les conditions de travail éprouvantes (tournage sur l’eau, dans un milieu naturel éloigné de la civilisation), bref le film a survécu au tournage, presque par miracle, comme si à l’instar de ces personnages Zeitlin avait voulu prendre le risque de tout perdre afin de mieux célébrer la vie. Par une telle démarche, en symbiose avec son sujet, Zeitlin tente de faire vivre le monde au spectateur plus que de le faire comprendre, tout en en conservant son ambiguïté essentielle, ce qui peut effectivement le rapprocher de Malick, mais malgré quelques similarités dans leur approche, notamment l’attention à la nature et l’utilisation d’une enfant narratrice aux mots oscillant entre poésie brute et philosophie naïve, cette parenté demeure superficielle.

Auteur : Sylvain Lavallée
Titre : Beasts of the Southern Wild : un bric-à-brac miraculeux
Ouvrage recensé : Les bêtes du sud sauvage — États-Unis 2012, 1 h 33
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 42-43
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67399ac

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