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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 46-47

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

SavagesLe mythe de l’Ouest à la conquête de la nouvelle sauvagerieSauvages —  États-Unis 2012, 2 h 10

André Caron

Résumé | Extrait

André Caron Oliver Stone a toujours été fasciné par la mythologie américaine, qu’il a explorée et réorientée dans ses scénarios pour d’autres réalisateurs (Scarface de Brian De Palma) et dans ses propres films. Sa plus grande entreprise de mythification s’incarne dans JFK, car le président américain assassiné en 1963 devient le symbole d’une cassure dans l’identité nationale, la perte de l’innocence d’un peuple qui verse dans le cynisme et la corruption. Il a poursuivi son projet mythifiant des présidents américains avec Nixon et W. (sur George W. Bush) avec moins de succès, car ces hommes d’État n’ont pas la valeur mythique de John F. Kennedy, qui représente pour les Américains l’équivalent du roi Arthur pour les Britanniques. Kennedy est devenu immortel de son vivant, puis il est mort. Ainsi naissent les mythes. Ainsi s’installe le propos de Savages. De tous les mythes fondateurs de la nation américaine, le plus puissant est celui de la Frontière (« Frontier »), qui sépare la Civilisation de la Sauvagerie. Dans la Conquête de l’ouest légendaire après la guerre de Sécession, la Civilisation est représentée par le nouveau peuple américain (fondé sur l’industrie et l’exploitation des ressources naturelles et humaines) et la Sauvagerie par les peuples amérindiens dépouillés de leurs territoires ancestraux. « Un bon Indien est un Indien mort », dira le Général Custer, mais un bon Indien est aussi un Indien qui se laisse assimiler par les wasps américains. Il devient un bon sauvage. Au cinéma, cette idée de sauvagerie à conquérir prend plusieurs formes. Dans les films de science-fiction, ce sont les extraterrestres : les bestioles de Starship Troopers sont de mauvais sauvages, mais E.T. est un bon sauvage. Dans les films sur la guerre du Vietnam, les Nord-Vietnamiens deviennent les méchants sauvages (de façon très explicite dans Apocalypse Now) face aux bons Sud-Vietnamiens défendus par la civilisation américaine héliportée (l’équivalent technologique de la cavalerie). Mais Oliver Stone, Brian De Palma et Stanley Kubrick démontrent dans des oeuvres plus critiques (respectivement Platoon, Casualties of War et Full Metal Jacket) que la Sauvagerie peut aussi contaminer la Civilisation en poussant les soldats vers un comportement violemment bestial, indigne d’un être humain. L’influence du bon sauvage peut alors pacifier les attitudes. Le bon sauvage s’incarne dans le shaman chez Oliver Stone. Dans The Doors, le shaman représente la force créatrice de Jim Morrison, alors que Dionysos (ou Bacchus) l’entraîne à sa perte. Dans Natural Born Killers, le shaman porte un jugement défavorable sur les actes répréhensibles des deux tueurs. Dans Savages, le shaman s’efface derrière le personnage de Ben, qui devient l’équivalent du sorcier avec sa médecine apaisante et thérapeutique. Malgré son rôle de trafiquant de drogue, Ben représente le bon sauvage, un botaniste (comme les shamans) qui raffine un produit étranger (une variété de chanvre importée d’Afghanistan comme butin de guerre par son ami Chon) pour en décupler les effets enivrants. Il offre ainsi aux malades et aux bons Américains bien nantis la meilleure marijuana au monde. Pour bien illustrer ce lien thématique, Stone emploie à nouveau des procédés associés à The Doors, à Natural Born Killers et à U-Turn : images fantomatiques du désert, la lune qui passe en accéléré dans le ciel, effets de décalage chromatique et gros plans sur des animaux et des végétaux. La vie de Ben est idyllique et paradisiaque. C’est la vie d’un nouveau riche, un intellectuel pacifique de la côte Ouest dont les projets de fortune personnelle (l’American Dream) sont contrecarrés par l’invasion de la frontière américaine par les mauvais sauvages venus du sud : les Mexicains du cartel de la drogue. Ce sont eux les véritables sauvages du titre. Car si Chon est un vétéran des forces spéciales de l’armée, il utilise ses connaissances et son expertise technologique pour protéger son entreprise sur le territoire américain.

Auteur : André Caron
Titre : Savages : le mythe de l’Ouest à la conquête de la nouvelle sauvagerie
Ouvrage recensé : Sauvages —  États-Unis 2012, 2 h 10
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 46-47
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67401ac

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