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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 57

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

L’inconstance de l’amourTrishna — Grande-Bretagne 2011, 1 h 57

Claire Valade

Résumé | Extrait

Trishna L’inconstance de l’amour Difficile de reprocher à Michael Winterbottom son éclectisme, qui témoigne davantage de sa remarquable polyvalence que d’un quelconque éparpillement sans saveur. À l’instar de Steven Soderbergh, le réalisateur anglais est l’un des rares cinéastes actuels à produire une oeuvre prolifique aussi diversifiée que digne d’attention. C’est que Winterbottom est un fin observateur du genre humain et un artiste au regard aiguisé. Surtout, il n’a pas peur de se donner à fond à son art, peu importe le genre qu’il aura décidé d’aborder, que ce soit le film d’époque, comme son austère Jude (1996), ou la science-fiction comme son mésestimé Code 46 (2003). Claire Valade A ussi lui pardonnera-t-on ses faux pas occasionnels, qui ont au moins le mérite d’être habituellement plus intéressants que nombre de films de cinéastes plus populaires. C’est le cas de son dernier essai, Trishna, adaptation moderne et indienne du roman Tess of the D’Urbervilles de Thomas Hardy. Disons-le d’emblée, Trishna n’est pas une réussite éblouissante. Le film se perd au fil des pérégrinations de la pauvre héroïne éponyme, qui se laisse porter d’un bout à l’autre de l’Inde au gré des envies ou des besoins des autres — son père ou Jay, son amant. Le récit, brouillon, est truffé d’incongruités inexpliquées. Par exemple, bien que clairement vive et débrouillarde (elle s’adapte facilement, elle danse divinement, passionnément, avec un naturel confondant), Trishna demeure fâcheusement passive avec son entourage immédiat. Certes, on comprend en partie cette passivité, venue de sa place dans la société indienne, à cheval entre un système des classes encore bien ancré dans les moeurs des régions reculées et un patriarcat dont le fardeau est difficile à briser. Mais pourquoi n’apprend-elle pas des écueils qu’elle croise sur son chemin ? Surtout, pourquoi suit-elle aveuglément Jay, séduisant, il est vrai, mais visiblement indolent, insouciant et inconséquent ? Et plutôt trois fois qu’une ! De plus, en combinant deux personnages du roman (Alec le tourmenteur et Angel le sauveur) en un seul, Jay, Winterbottom rate la fusion souhaitée. Jay semble un composite tout au plus inabouti, son caractère irréfléchi et inconsidéré apparaissant deux parties plutôt irréconciables qu’intégrantes de sa personnalité. Aussi, la vitesse avec laquelle Trishna décide de le suivre à Bombay, alors qu’elle l’a fui d’elle-même peu avant, est-elle forcément sidérante. Tout comme l’est sa réaction apathique au silence béant de Jay, qui l’a littéralement abandonnée à Bombay, puis sa décision de le suivre (encore !) jusqu’au trop traditionnel Rajasthan qui l’étouffe pourtant. S’ils visent à montrer Trishna malmenée par un destin sur lequel elle n’a aucune prise, ces revirements constants de situation soulignent au contraire les trop nombreux illogismes d’un scénario lassant. Victime de sa propre passivité, Trishna ne se réveillera que trop tard. Et c’est en fin de compte l’incongruité ultime. Bien que l’on comprenne le désespoir dans lequel la plonge sa déchéance sentimentale, il est difficile de comprendre pourquoi une telle violence semble soudain son unique porte de sortie. Le décalage est si grand, si brusque entre le glissement si complaisant de Trishna vers la détresse et la sauvagerie ultime de son geste — le meurtre brutal de son amant qu’elle poignarde dans son sommeil avec une hargne déchaînée — que celui-ci est difficile à gober, même lorsqu’on est familier du roman original. Winterbottom avait déjà adapté Thomas Hardy avec Jude, tiré de Jude the Obscure, et The Claim, adaptation de The Mayor of Casterbridge transposée dans l’Ouest américain de la Conquête. Ces deux premiers essais étaient plus concluants, bien que The Claim soit longuet. Mais peut-être l’aspect mitigé de Trishna est-il dû davantage à sa forme qu’à son contenu. En effet, c’est un film de facture bien classique, très linéaire, sans grande imagination non plus dans les cadrages ou l’écriture, même s’il faut avouer qu’une certaine vie l’anime.

Auteur : Claire Valade
Titre : L’inconstance de l’amour
Ouvrage recensé : Trishna — Grande-Bretagne 2011, 1 h 57
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 57
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67410ac

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