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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 277, mars-avril 2012, p. 36-37

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

Le silence plurivoque des bêtes — ou pourquoi le critique peut trahir l’auteur ?Bestiaire — Canada [Québec] / France 2012, 72 minutes

Pierre-Alexandre Fradet

Résumé | Extrait

Bestiaire Le silence plurivoque des bêtes — ou pourquoi le critique peut trahir l’auteur ? Tout à la fois poète, dramaturge et peintre, Valère Novarina a fait de l’animal le destinataire d’un discours baroque : « Huit huit de huit : j’ai prié les animaux en bois pour voir s’ils étaient et j’ai vécu dans les planches de Un et aux herbages de Deux, en Dijon. [...] Animaux, animaux, allez dire aux absents si je suis là et aux restants de saluer de ma part bien des choses. »[1] Dans Bestiaire, Denis Côté renverse le geste de Novarina : de destinataires qu’elles étaient les bêtes deviennent locutrices; la voix du narrateur fait place au cri animal; à un flot de paroles équivoques se substitue un silence, non pas équivoque, mais plurivoque, parlant. Pierre-Alexandre Fradet Côté n’y va pas en délicatesse avec la productivité. À l’image de son maître à penser, Fassbinder, il aligne les longs et les courts à un rythme effréné. Il produit vite, à peu de frais, mais excellemment, ayant compris que le budget et la technologie détournent souvent le cinéaste de son objectif véritable : créer à partir d’images et d’idées. Bête à concours, Côté figure maintenant parmi les habitués de Locarno, où il a remporté en 2005 le Léopard d’or « vidéo » pour Les États nordiques. Sa plus récente oeuvre fut présentée à Sundance, à la Berlinale et en ouverture des Rendez-vous du cinéma québécois (RVCQ). Elle le sera d’ici peu, lors d’un événement spécial, au Festival international du film pour enfants de Montréal (FIFEM), où le réalisateur s’était plu l’an dernier à discuter avec des enfants de Curling. Si Bestiaire évoque par moments La Vie moderne de Depardon et Grizzly Man de Herzog, c’est le ton documentaire en moins. S’il rappelle à la mémoire quelques séquences d’Oncle Boonmee, il limite au maximum le recours à la parole, au contraire de l’oeuvre de Weerasethakul. Bestiaire n’est pas de ces films qui dévoilent au grand jour leurs intentions. Sa signification paraît des plus indécises. Loin de prendre position dans un débat circonscrit, il ne fait que timidement signe vers une éthique animale. À la rigueur, même, Bestiaire semble reposer de bout en bout sur la plurivocité. De nombreuses voix s’y côtoient en effet, tour à tour ou simultanément. Celle d’animaux de safari en particulier, d’abord, qui observent, mangent, se meuvent à des vitesses et avec des entrains singuliers; celle des bêtes en général ensuite, dont le silence phonémique cache une forme de langage, plus inventive parfois que le babil humain; celle d’un cinéaste québécois nuancé, enfin, qui resserre ici son étude de l’ambiguïté autour d’un sujet précis, l’animal. Côté apporte-t-il bel et bien une nuance à son oeuvre ? Tout indique que oui. Jusqu’à présent, le réalisateur affectionnait beaucoup l’indécidabilité. Il la plaçait partout et à des endroits charnières : dans des scènes dont l’humour est peu ou prou discernable (Carcasses, Elle veut le chaos), dans les fins ouvertes de ses oeuvres (Nos vies privées, Les États nordiques), mais aussi plus fondamentalement au pivot de tous ses projets, s’il faut en croire ce commentaire : « Permettre au spectateur de combler les trous dans un film, si ce n’est pas un cadeau à lui faire, je ne sais pas ce que c’est. »[2] L’ambiguïté est un effet à la mode. Si elle a l’intérêt de mettre en marche la pensée, y avoir recours à l’excès témoigne, contradictoirement, d’une absence de propos ou de l’inaptitude à éveiller cette pensée. Mais tout effet de mode et tout appel à l’ambiguïté ne sont pas sans raison pour autant. Ainsi, Côté n’a pas tort d’exprimer combien peut paraître ambigu le langage animal, du moins à nous autres, êtres humains, qui daignons rarement nous y montrer attentifs.

Auteur : Pierre-Alexandre Fradet
Titre : Le silence plurivoque des bêtes — ou pourquoi le critique peut trahir l’auteur ?
Ouvrage recensé : Bestiaire — Canada [Québec] / France 2012, 72 minutes
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 277, mars-avril 2012, p. 36-37
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66316ac

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