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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 277, mars-avril 2012, p. 42-43

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

We Need to Talk About KevinJ’ai tué ma mèreIl faut qu’on parle de Kevin — Grande-Bretagne 2011, 112 minutes

Mathieu Séguin-Tétreault

Résumé | Extrait

We Need to Talk About Kevin J’ai tué ma mère Cinéaste rare et précieuse, l’Écossaise Lynne Ramsay (Ratcatcher, Morvern Callar) revient après dix ans d’absence avec We Need to Talk About Kevin, adaptation du best-seller éponyme de Lionel Shriver. Et le poids du temps a fini par créer beaucoup d’attentes autour de ce troisième long-métrage reparti bredouille au dernier Festival de Cannes. Voyage introspectif et sensoriel rouge comme le sang, ce portrait affecté d’une relation mère-fils toxique excite la part vicieuse de notre curiosité et s’acharne en vain à répandre un effroi profond et durable. Mathieu Séguin-Tétreault Eva et Kevin. Une mère et un fils. Une antipathie viscérale, irrémédiable. Une guerre quotidienne. Une lutte à mort familiale. Car si Eva a mis de côté sa tranquillité et ses ambitions personnelles et professionnelles pour lui donner naissance alors qu’elle ne l’a jamais désiré ni aimé, Kevin, d’une amabilité mièvre avec son père, ne poursuit qu’un seul but : pourrir obstinément l’existence de sa génitrice. Tortures psychologiques, perversions mentales, provocations et manipulations en tout genre… Petit à petit grandit un monstre dont la mère est la seule à connaître les traits. À la veille de ses 16 ans, Kevin commet un acte impensable. Et Eva, entre incompréhension, souffrance et culpabilité, s’interroge sur sa part de responsabilité. Évoquant l’argument de Mother et Poetry, cette réflexion sur l’oedipe mère-fils fusionne la part obscure de l’enfance vécue dans l’isolement affectif (Ratcacher) et le sentiment douloureux d’une existante instable suite à un bouleversement majeur (Morvern Callar). Retraçant la genèse d’un criminel, ce maelstrom mémoriel nous positionne dans le cerveau désordonné d’une femme perdue dans ses sentiments maternels. Flashsbacks, scènes fantasmées, cauchemars éveillés, images mentales se mêlent aux instants du présent, se répondent en écho, s’enchaînent par motif, par couleur, par son et constituent les pièces d’un puzzle anxiogène que la réalisatrice nous invite à reconstituer et à interroger. Car cette intériorisation kaléidoscopique rejette l’objectivité des faits et vise plutôt une reconstruction, une réinterprétation des souvenirs dans lesquels Eva s’inculpe ou se défend, sonde tour à tour les indices de son implication ou de son innocence, traque les prémices de la violence, les motifs originels de la folie. S’amorce alors une problématique analogue au paradoxe de l’oeuf et de la poule : psychopathe né ou résultat dévasté d’une carence d’amour maternel, Kevin demeure un mystère qui nous laisse enquêter jusqu'à l'abysse sur les racines du mal. Et si le film refuse la morale et l’oeuvre à thèse à la Haneke (avec qui il partage les thématiques de l'endoctrinement du mal, de la culpabilité, de la responsabilité), il rejoint la proposition d’Elephant en esquivant toute accusation. Parce que, comme le titre l’annonce, s’« il faut qu'on parle de Kevin », c'est justement parce qu'on n’en a pas parlé (hormis une visite chez le médecin, question de s’assurer qu’il n’est pas autiste, il n'y a pas de psychologue à l'horizon, ni de problèmes majeurs à l'école). Parce que Kevin s'est déplacé dans la sphère de l'ineffable, de l’irrationnel. Mais dès l'entame du récit, il n’y a plus de nous, il n’y a plus de langage, comme si le titre annotait le film d’un sarcasme impitoyable, traduisait déjà les remords d’une mère piégée dans une société hypocrite qui repousse forcément la faute sur les parents. À l’aide d’une mise en scène épidermique baignant dans un climat baroque, Ramsay navigue entre naturalisme et impressionnisme, univers clinique et feutré, caméra nerveuse et totalement fixe, travaille à l’excès l’ambiance sonore et la cadre : tandis que la mère et le fils apparaissent cloîtrés dans le plan, le père et la soeur entrent et sortent librement du champ, échappant à l’horreur qui se joue au sein du ménage.

Auteur : Mathieu Séguin-Tétreault
Titre : We Need to Talk About Kevin : j’ai tué ma mère
Ouvrage recensé : Il faut qu’on parle de Kevin — Grande-Bretagne 2011, 112 minutes
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 277, mars-avril 2012, p. 42-43
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66319ac

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