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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 277, mars-avril 2012, p. 46

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

Vague de fondImpardonnables — France / Italie 2011, 111 minutes

Patricia Robin

Résumé | Extrait

Impardonnables Vague de fond D’entrée de jeu, André Téchiné (Barocco, Hôtel des Amériques, Rendez-vous, J’embrasse pas, Les Témoins, La fille du RER) nous accueille à Venise, sur la lagune, où un immense paquebot est remorqué par un minuscule bateau, afin de ne pas causer de vagues dommageables aux infrastructures fragiles lors de la traversée du mastodonte. C’est ce qui attend cette adaptation du roman éponyme de Philippe Djian dont le cinéaste signe la commande : un drame passager tiré par une intrigue légère. Patricia Robin Présenté à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2011, Impardonnables réunit à l’écran André Dussolier et Carole Bouquet sur fond vénitien dénué d’images touristiques. Ce couple spontané de quinquagénaires fait figure de proue à l’exploration des thèmes chers à Téchiné : les sentiments amoureux, l’homosexualité, la paternité, le désir, la création, la liberté. Monté en chapitres temporels elliptiques et identifiés en grosses lettres rouges, ce film suit le parcours de Francis, un écrivain venu à Venise pour travailler à son prochain roman et qui, après un coup de foudre avec Judith, une agente immobilière, s’installe avec elle sur un îlot de la lagune, à Sant’Erasmo. L’ellipse de la première année et demie laisse à supposer qu’ils aient filé le parfait bonheur jusqu’à l’arrivée de la fille de Francis, Alice, et de sa petite Vicky. Là, l’intrigue se met en branle et permet au spectateur de faire connaissance avec le passé de Judith, ses fréquentations et ses déboires. Une série de rencontres et de circonstances tisse le scénario qui, parfois, tourne les coins un peu vite sur des pistes narratives alliant policier, romance et comédie légère. Dussolier, vêtu de sa chemise de chasse rouge à carreaux, s’improvise en investigateur un peu lourdaud et les situations dans lesquelles il se retrouve lui donnent du matériel pour son écriture lorsqu’il parvient enfin à se mettre au travail. Son regard noir, scrutateur de la vie et des gens, oscille entre l’enquête, la suspicion, la curiosité, l’incrédulité et le bonheur. À l’aide d’instruments optiques, il observe, fixe et magnifie les éléments qu’il accumule pour sa propre création. Son obsession demeure sa nouvelle compagne : une Carole Bouquet au sommet de sa beauté, indépendante et que les événements écorchent sans pour autant l’enlaidir. Elle vogue dans l’univers de Francis avec une élégance diaphane, se promène sur la lagune avec une dextérité surprenante et envahit l’écran avec une évanescence fabuleuse, en pleine possession de ses moyens. Il faut ajouter que la luminosité de Venise lui va à ravir et que le directeur de la photographie a su en tirer profit, même avec les plans à l’épaule, parfois déstabilisants. On ne peut passer sous silence la présence d’Adriana Asti, une comédienne ayant tourné avec les grands cinéastes italiens, qui incarne une enquêtrice au masque fellinien, et celle de Mauro Conte, son fils Jérémie, au regard fou et au comportement imprévisible. Ces deux protagonistes sont ultimement liés à l’inquiétude que vit Francis après la disparition d’Alice et s’installent doucement dans la vie du couple. Leur intrusion dans le fil narratif va alambiquer l’intrigue, pousser le scénario dans des labyrinthes qui atténuent parfois le rythme du film. Malgré ces multiples directions, Impardonnables demeure relativement sobre avec quelques montées dramatiques percutantes qui trouvent leur aboutissement dans les méandres des ellipses. L’élégance caressante des images nous épargnant les cartes postales habituelles, la présence d’une caméra participative, la musique éclectique, la mise en scène dépouillée, l’imposant duo Dussolier-Bouquet et la contribution de Mélanie Thierry (Alice) constituent autant d’ingrédients positifs qui, au total, forment une oeuvre sans artifice laissant toutefois un peu perplexe. L’alternance du français et de l’italien sert l’ambiance efficacement et l’exploitation de Venise en toile de fond rajoute au récit un dépaysement juste assez exotique pour se laisser bercer par le tableau.

Auteur : Patricia Robin
Titre : Vague de fond
Ouvrage recensé : Impardonnables — France / Italie 2011, 111 minutes
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 277, mars-avril 2012, p. 46
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66321ac

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