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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 277, mars-avril 2012, p. 48

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

À la recherche de ses racinesMesnak — Canada [Québec] 2011, 95 minutes

Ismaël Houdassine

Résumé | Extrait

Mesnak À la recherche de ses racines Le cinéaste Yves Sioui Durand réalise, avec Mesnak, son premier film et le premier long métrage de fiction entièrement autochtone produit au Québec. Mesnak, c’est aussi la tortue sacrée, mi-réelle, mi-légendaire, qui observe de sa grande sagesse la destinée désordonnée des hommes. Ismaël Houdassine Yves Sioui Durand est lui-même un Huron-Wendat originaire de Wendake. Depuis les années 80, le réalisateur ne cesse de s’investir pour la reconnaissance de la culture amérindienne. On lui doit la création en 1985, avec sa femme Catherine Joncas, de la compagnie théâtrale Ondinnok — première compagnie autochtone d’expression française profe-ssionnelle du Québec —, dont l’objectif est de faire entendre les contes et le savoir des Premières Nations des trois Amériques. La réalisation d’un long-métrage tourné en territoire autoch-tone coulait donc de source. Mesnak s’inspire librement de la pièce de Shakespeare, Hamlet. À l’instar du prince du Danemark qui se retrouve sans royaume, Dave est un Amérindien coupé de ses racines. Adopté dès l’âge de trois ans, Dave ne sait rien de son passé. Il vit à Montréal où il se prépare pour une carrière d’acteur. Un jour, il reçoit inopinément une lettre qui le prévient que sa mère biologique a besoin de lui. Le jeune homme de 20 ans profite de cette opportunité pour se rendre dans les lieux de ses origines en plein coeur de la réserve de Kinogamish (lieu fictif). La rencontre aura bien lieu, mais son arrivée va chambouler l’existence de la petite communauté autochtone. Car en plus de sa mère, Dave rencontrera la belle Osalik, une jeune fille qui garde un terrible secret. Il y aura également sur son chemin un énigmatique aveugle, ancien militant au sein du Red Power à Wounded Knee. Au fur et à mesure de ses rencontres, Dave découvre des individus déchirés par leur propre passé. Plus que des destins shakespeariens, le récit semble davantage une occasion pour le réalisateur de nous faire vivre le quotidien des Amérindiens, peu connu ou trop souvent occulté. Pour ce faire, Yves Sioui Durand n’épargne rien ni personne. De l’alcoolisme à la pauvreté, en passant par l’inceste, la drogue et les problèmes d’acculturation, tout est montré avec une certaine lucidité. Mais ce côté cru est contrebalancé par une poésie presque salvatrice. Tourné chez les Innus de Maliotenam près de Sept-Îles, le film montre une nature quasi omniprésente qui apaise et réconcilie. On peut reprocher beaucoup de choses à Mesnak, comme sa réalisation parfois maladroite et d’une facture trop souvent télévisuelle. N’empêche, le film parvient néanmoins, grâce en partie à sa distribution, à s’extirper de ses défauts et entraîne le spectateur dans une histoire tumultueuse emplie de moments d’une naïveté touchante. Par exemple, la rencontre avec le fils et cette mère qu’il ne connaît pas. Entre amour et désespoir, la scène touche en plein dans le mille. À l’évidence, Yves Sioui Durand semble avoir pris beaucoup de plaisir à tourner avec ces acteurs issus en majorité de la communauté autochtone. Grâce à leur apport, il réussit à donner une authenticité à l’oeuvre qui oscille entre le thriller et le drame familial. Kathia Rock, en mère désespérée, et Ève Ringuette, en jeune Amérindienne prisonnière de son frère toxico, sont renversantes. Le cinéaste ne s’arrête pas là. Son film est aussi une dénonciation d’un état des lieux. Sa caméra se pose sans jugement, mais avec finesse sur les relations qu’entretiennent les Amérindiens entre eux et envers les Blancs. Dans Mesnak, le chef de bande qui vire à la tyrannie pousse la réserve à donner une partie de son territoire aux compagnies forestières qui lorgnent les ressources naturelles. Vendre ses richesses pour des compensations financières, voilà tout le dilemme auquel sont confrontées les Premières Nations qui tentent de sortir de leur isolement et de la pauvreté.

Auteur : Ismaël Houdassine
Titre : À la recherche de ses racines
Ouvrage recensé : Mesnak — Canada [Québec] 2011, 95 minutes
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 277, mars-avril 2012, p. 48
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66323ac

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