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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 277, mars-avril 2012, p. 50

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

L’étrange lieutenantRampart — États-Unis 2011, 102 minutes

Pascal Grenier

Résumé | Extrait

Rampart L’étrange lieutenant Après The Messenger, un premier coup d’essai réussi, le réalisateur Oren Moverman refait équipe avec Woody Harrelson et aussi Ben Foster (petit second rôle et coproducteur) pour le film policier Rampart. Inspiré de faits réels, ce film est une plongée dans l’univers de la corruption policière de même que l’étude complexe d’un personnage à la dérive. Pascal Grenier Coscénarisé par le célèbre écrivain américain de roman noir James Ellroy, Rampart est une fiction qui s’inspire du scandale ayant pour nom « Rampart » sur de nombreux événements survenus dans les années 1990 : 70 membres de la brigade antigang de la police de Los Angeles ont été accusés à cette époque de corruption, d’agression, de falsifications de preuves, de vol de drogue, etc. Mais ce qui intéresse le réalisateur n’est pas tant le drame social relié à ce scandale que l’étude de personnage qui en découle. À l’instar du célèbre Bad Lieutenant d’Abel Ferrara, Rampart opte pour une analyse psychologique qui constituera l’aspect dominant du film. Dave Brown, le protagoniste campé de main de maître par un Woody Harrelson en très grande forme, est un policier raciste et violent qui dépasse souvent la limite de ses pouvoirs de policier. Filmé alors qu’il passe à tabac un criminel, il doit faire face à une enquête du service interne qui a la ferme intention de le mettre à l’écart pour toujours. Si on retrouve l’inventivité verbale crue et acide du style d’Ellroy, ceux qui voulaient voir une étude de moeurs et de milieu risquent toutefois d’être déçus. Le film est davantage une analyse d’un homme à la déroute qu’une description rude des recoins sombres de la société américaine. Dave Brown est dépassé par les événements et, tout en cherchant à concilier sa vie de famille à la dérive et sa défense contre les accusations qui pèsent lourd contre lui, ce dernier s’engouffre dans une débâcle morale et psychologique. En choisissant de ne pas juger ou de condamner les actes de son protagoniste principal, le réalisateur crée une certaine ambiguïté. Filmé à la première personne, Dave Brown est présent dans toutes les scènes du film, le spectateur est témoin de la véritable descente aux enfers de ce personnage immoral et antipathique. Parce qu’on voit tout de cet unique point de vue, l’expérience peut-être désagréable et frustrante pour le spectateur, car il est difficile d’éprouver une quelconque empathie pour lui. En revanche, c’est aussi la principale force du film, car il offre une expérience viscérale assez unique, qui ne sombre jamais dans les sentiers battus et refuse le schéma associé à ce genre de film en ne proposant ni d’absolution ni de rédemption à son protagoniste. Le personnage de Dave Brown s’avère beaucoup plus complexe et loin des stéréotypes associés à des policiers corrompus. Quand un policier noir l’accuse d’être raciste, ce dernier lui rétorque qu’il n’est pas quelqu’un de raciste, mais qu’il déteste tout le monde en général. Sa vie familiale et conjugale est un véritable casse-tête; il vit sporadiquement chez ses deux ex-femmes (Anne Heche et Cynthia Nixon), qui sont aussi des soeurs; il a eu une fille avec chacune... Les relations tumultueuses avec ses femmes et ses filles ne lui sont d’aucune aide; l’emprise qu’il avait sur chacune d’elles commence sérieusement à se détériorer. La situation s’aggrave lorsqu’il développe une relation étrange avec une avocate de la défense (Robin Wright) qu’il cherche à rendre sensible au merdier dans lequel il s’est embourbé. Ces relations tordues rajoutent de la complexité et une touche plurivoque au film. À mesure que l’intrigue progresse, Dave Brown s’inflige une forme d’autopunition en refusant systématiquement les conseils de chacun et en n’en faisant qu’à sa tête.

Auteur : Pascal Grenier
Titre : L’étrange lieutenant
Ouvrage recensé : Rampart — États-Unis 2011, 102 minutes
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 277, mars-avril 2012, p. 50
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66325ac

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