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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 277, mars-avril 2012, p. 52

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

La battanteTrente Tableaux — Canada [Québec] 2011, 81 minutes

Claire Valade

Résumé | Extrait

art34 Trente Tableaux La battante Dans Trente tableaux, oeuvre éminemment personnelle, Paule Baillargeon parle des combats qui ont marqué sa vie de femme et d’artiste — à la fois tourments intérieurs et luttes sociales qui ont trouvé écho dans son oeuvre. Mais si le regard qu’elle pose sur elle-même et sur le monde dont elle est issue peut parfois paraître dur et troublant, il ne manque pas de tendresse et de sensibilité. Son exploration est méthodique, exposant toutes ces contradictions dont la vie est faite qui parviennent pourtant à former un tout étrangement cohérent. Une vie intéressante, passionnée, bouillonnante même, semble-t-elle nous dire, ne saurait exister sans ces contrastes qui la cimentent. Claire Valade Autoportrait-collage, Trente Tableaux se présente à la manière d’un journal intime déconstruit. Paule Baillargeon nous en offre les fragments morcelés, pigés au hasard de l’inspiration plutôt que dans la chronologie de sa vie. Tous ces fragments se mettent à exister dans un enchevêtrement d’images filmées et de dessins animés. La splendeur grouillante de l’animation fait d’ailleurs mentir la mère de la cinéaste, qui se désolait du manque de talent de sa fille pour le dessin. La petite Paule a mis vingt ans à réapprivoiser le crayon mais, aujourd’hui, son film est la preuve tangible que son oeuvre picturale est magnifique, habitée à la fois d’une âme enfantine et d’une grâce maîtrisée. Chaque tableau s’ouvre sur un souvenir lié à un âge de la cinéaste. Elle s’y raconte, littéralement, comme on raconte une histoire. Sa voix résonne. Elle dit les mots qu’elle a écrit dans cette belle langue qui est la sienne, à cheval entre la phrase très littéraire et le langage familier qui surgit tout à coup, au détour d’une phrase, avec ses québécismes détonants et cet accent appuyé pleinement assumés. Chacune des histoires mène à une réflexion, un constat, humble et lucide. Ceux-ci ponctuent la trame du récit en déroulant un écheveau de liens, de rapports, de connexions inextricables entre le passé et le présent, les joies et les peines, la colère et l’amour, la douleur et le bonheur, comme si tout cela était intimement associé et que les contraires ne pouvaient exister les uns sans les autres. Ainsi, la cinéaste juxtapose idées positives et négatives en une ronde sans fin, l’une menant à l’autre, et vice versa, traçant des correspondances dans le temps. Le roman Mayerling, offert par son père de façon un peu trop désinvolte à sa fille de 10 ans, se révèle un enfer… délicieux. Elle ne peut résister à la luxure qu’elle y découvre, mais celle-ci la plonge en retour dans des affres de culpabilité. La robe rouge de la jolie femme sur la couverture du livre, symbole de désir, lui inspire quinze ans plus tard Anastasie oh ma chérie, en y devenant symbole de brutalité des hommes sur les femmes. L’amertume que la fillette a perçue chez sa mère et ses amies, prisonnières de leurs vies d’épouses soumises et rangées, lui donne une furieuse envie de vivre — de vivre mieux ! — malgré la violence des sentiments morbides qui l’assaillent. La colère ressentie se transforme en indignation brûlante chez la jeune militante de vingt ans, puis en engagement passionné chez la comédienne trentenaire féministe. Portée par cette lutte aussi personnelle qu’universelle, elle jette sur le papier des mots de rage pour se libérer et se révolter contre l’invisibilité des femmes. L’exercice peut pourtant se révéler parfois frustrant. Prenons pour exemple La Cuisine rouge, second long métrage de Paule Baillargeon, écrit et réalisé avec la comédienne Frédérique Collin. Fable féministe et anarchique à moitié improvisée sur les rapports hommes-femmes, le film est détourné par ses comédiennes au discours radicalisé, puis assez mal reçu à sa sortie.

Auteur : Claire Valade
Titre : La battante
Ouvrage recensé : Trente Tableaux — Canada [Québec] 2011, 81 minutes
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 277, mars-avril 2012, p. 52
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66327ac

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