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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 278, mai-juin 2012, p. 26

Theo Angelopoulos

Sous la direction de Élie Castiel

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

Ciel, purgatoire, enferMetéora — Grèce / Allemagne / France 2012, 82 minutes

Anne-Christine Loranger

Résumé | Extrait

Meteora Ciel, purgatoire, enfer Suspendu entre ciel et terre, le monastère de Meteora surplombe des colonnes de grès aussi vieilles que le temps. Entre le moine grec Theodoros et la nonne russe Urania, un amour grandissant remet en question les voeux monastiques. Qui, de l’amour de Dieu ou de la passion charnelle, sera vainqueur ? Anne-Christine Loranger Dieu aime-t-Il comme nous aimons ? Pourquoi se préoccupe-t-Il de nous ? Questions inusitées à l’heure du I-phone, mais pertinentes si, comme le moine Théodoros, vous habitez sur les hauteurs du monastère de Meteora et que votre vocation monastique est bouleversée par une jeune nonne qui prie dans le monastère d’en face. Meteora en grec signifie « suspendu dans les airs ». Le terme est admirablement choisi pour nommer cette suite de monastères grecs orthodoxes perchés à une altitude de 375 mètres sur des pics qui émergent de la plaine comme autant de doigts tendus vers le ciel. Ce lieu spectaculaire, qui paraît souvent suspendu au-dessus d’une couverture de nuages, abrite moines et ermites depuis le IXe siècle. Patrimoine de l’humanité de l’UNESCO, le monastère a été utilisé lors du tournage de Tintin et le mystère de la Toison d’Or en 1961 et pour celui de For Your Eyes Only (1981). Nous rencontrons Théodoros et Urania au pied des massifs de pierre. Ils échangent bénédictions et talismans et remontent vers leurs monastères respectifs, lui par une suite de 650 marches et elle par l’intermédiaire d’un filet qui la hisse jusqu’à son cloître. Peu de mots seront échangés entre ces deux individus qui communiquent par l’intermédiaire de signaux lumineux d’une fenêtre à l’autre à travers la vallée qui les sépare, un peu comme Fabrice et Clélia dans La Chartreuse de Parme. Plus libres de se rencontrer que les deux amoureux de Stendhal, Urania et Théodoros sont cependant tout aussi emprisonnés par leurs voeux de chasteté que Fabrice dans l’imprenable cellule de la prison tenue par le père de Clélia. À 34 ans, le jeune réalisateur d’origine colombienne et grecque Spiros Stathoulopoulos ne manque pas d’étonner. Après avoir tourné PVC-1 (Quinzaine des réalisateurs, Cannes, 2007), un film haletant de 84 minutes tourné en une seule séquence portant sur une prise d’otage en Colombie, Stathoulopoulos campe sa caméra au pied du mysticisme. Au lieu des cris et des prises mouvementées de PVC-1, des silences et de longs plans fixes. En place de la peur et de l’appât du gain, une trajectoire double, du ciel du monastère vers l’enfer de la sexualité, en passant par le purgatoire représenté par la vie rurale et ses bêtes. Mais l’enfer peut aussi être vécu sur les hauteurs et la descente dans les profondeurs de la chair peut mener au sublime. L’originalité du réalisateur se révèle ici par l’utilisation de cinéma d’animation. Comme dans Howl (2010) et dans le documentaire Khodorovski (2011), les conflits intérieurs nous sont montrés par l’intermédiaire d’icônes byzantines animées qui révèlent des mondes émotifs teintés de mythes et de symboles religieux. Dans l’une d’elles, Théodoros enfonce des clous dans les mains du Christ en croix, faisant jaillir un flot de sang purificateur qui noie la vallée et atteint les portes des monastères. Cette scène fait écho à une autre, où Théodoros présente à Urania un plat (défendu) de viande de chèvre préparé pour elle, avant de chercher à la séduire. Tel cet « agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », l’humble chèvre que l’on verra au cours du film sacrifiée, dépecée, cuite et mangée se retrouve élevée au rang de symbole du péché de chair lavé par le sang christique. Le réalisateur passe de l’image animée au film dans un aller-retour constant, qui permet de garder un certain rythme.

Auteur : Anne-Christine Loranger
Titre : Ciel, purgatoire, enfer
Ouvrage recensé : Metéora — Grèce / Allemagne / France 2012, 82 minutes
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 278, mai-juin 2012, p. 26
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66575ac

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