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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 276, janvier-février 2012, p. 18

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Prix Albert-Tessier — Marcel CarrièreHomme de paroles

Julie Demers

Résumé | Extrait

Prix Albert-Tessier | Marcel Carrière Homme de paroles Tout commence à l’hiver 1958. Un étrange congrès se tient à Sherbrooke : des athlètes parés de ceintures fléchées coursent sur l’asphalte, raquettes aux pieds. Aux portes de la ville, un maire endimanché les accueille au son d’une fanfare dissonante. Michel Brault saisit le moment en grand-angulaire; attentif, Gilles Groulx suit l’action en prévision du montage. Là-bas, magnétophone à la main, un homme surgit de l’ombre. Ce qu’il enregistre sur sa bande n’est pour l’instant que paroles banales, mais deviendra demain un objet d’importance : les premiers instants synchrones du cinéma direct. Julie Demers Les raquetteurs marque le début d’une révolution esthétique et technique qui changera à jamais la cinématographie mondiale. Cette révolution, Comolli la décrit comme un « révélateur » qui force tout le 7e art à se redéfinir1. Au centre de ce bouleversement : un verbe, celui du peuple. Comme l’explique Gilles Marsolais, « le principal mérite du cinéma direct aura été sans doute d’introduire la parole au cinéma, c’est-à-dire d’instaurer le règne de la parole véritable, d’avoir ouvert la voie menant à un cinéma authentiquement parlant »2. Sous ce nouveau règne, les cinéastes se rapprochent de leurs sujets, descendent dans les rues et tournent à l’improviste avec de l’équipement léger, sans mise en scène. Au Québec, ils s’attardent à la culture populaire canadienne-française, aux dialectes et accents, au déracinement des paysans et des colons. Des films comme La Lutte, Le Chat dans le sac, À tout prendre, Pour la suite du monde voient alors le jour — moments charnières de la cinématographie québécoise, reconnus ici et ailleurs pour leurs innovations et leur virtuosité technique. Dans chacune de ces oeuvres, un nom apparaît au générique en caractères plus ou moins discrets, celui d’un artisan infatigable, pionner encore peu cité, l’éminent Marcel Carrière. Plus de cinquante ans après la révolution des Raquetteurs, ce visionnaire reçoit enfin les honneurs qu’il mérite. Après Jutra en 1984, Groulx en 1985, Brault en 1986 et Perrault en 1994 (on déplorera ici l’absence du regretté Bernard Gosselin), Carrière rejoint finalement ses collègues comme lauréat du prix Albert-Tessier. Remise par le gouvernement du Québec pour souligner son apport exceptionnel à la cinématographie nationale, cette médaille couronne les cinquante-cinq ans de métier d’un réalisateur, scénariste et ingénieur acharné, « exemple le plus probant de ce que peut être un artiste du son »3. Homme humble, sensible et brillant, il a su s’oublier, faire corps avec ses personnages et son caméraman. Alerte, il a obvié à l’imprévu sonore comme peu d’autres avant et après lui. Entre deux prises de Chez nous c’est chez nous, ce bricoleur de génie a gagné la confiance de son sujet en réparant des tourne-disques et des télévisions. Quelque part en Allemagne, lors du tournage de Stravinski, il a inventé, à partir d’un jouet d’enfant, le premier microphone sans fil. Toute une carrière d’innovations et d’anecdotes, entre le Québec, l’Europe et la Chine. Le réalisateur de 10 milles / heure fut le témoin attentif des mouvements sociaux qui ont bouleversé son pays. Il braqua son microphone sur les oubliés (L’Indien parle) et rendit volubiles ceux qui ne s’expriment que par images (Villeneuve peintre-barbier). À travers Jean Lapointe (OK… Laliberté, Ti-mine, Bernie pis la gang), le bégaiement du petit Québec trouva enfin un écho. C’est que Marcel Carrière est un homme de paroles et un confident sans pareil, qui ajoute ses propres convictions à celles de ses camarades et fait de son oeuvre le mégaphone d’une nation. Soucieux d’assurer la voix des cinéastes de demain, il accepta en 1978 de siéger à l’Office national du film comme administrateur. Puis, en 1994, son acharnement le propulsa vers d’autres batailles : la mise sur pied de l’Institut national de l’image et du son (INIS) et de la Phonothèque québécoise.

Auteur : Julie Demers
Titre : Prix Albert-Tessier — Marcel Carrière : homme de paroles
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 276, janvier-février 2012, p. 18
URI : http://id.erudit.org/iderudit/65755ac

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