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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 276, janvier-février 2012, p. 19

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

Pink Ribbons, Inc.Quand le capitalisme s’achète une bonne conscienceL'insdustrie du ruban rose — Canada [Québec] 2011, 98 minutes

Patricia Robin

Résumé | Extrait

Pink Ribbons, Inc. Quand le capitalisme s’achète une bonne conscience Nous ayant habitués, depuis plus de trente ans, à des oeuvres de fiction explorant l’âme humaine (La femme de l’hôtel, Anne Trister) et les désordres amoureux (Mouvements du désir, À corps perdu) et comportementaux (Emporte-moi, Maman est chez le coiffeur), Léa Pool signe ici un documentaire percutant d’après l’essai de Samantha King Pink Ribbons, Inc. : Breast Cancer and the Politics of Philanthropy. Entourée d’une équipe de recherchistes chevronnées, la réalisatrice remonte, à contre-courant, la filière de l’industrie autour de l’inoffensif petit ruban servant à identifier la bataille livrée au cancer du sein en Amérique du Nord. Patricia Robin Comme 80% des choix de consommation sont effectués par des femmes, le marché de la campagne du ruban rose contre ce fléau, qui touche actuellement une femme sur huit, est extrêmement lucratif et les marchands du temple ont flairé l’occasion. « Tant que c’est pour une bonne cause ! » Avec une structure en vases communicants, qui vrille vers le coeur du sujet, le film nous emmène vers les délires roses que les compagnies ont mis sur pied dans le but de vendre leurs produits (parfois toxiques ou cancérigènes) sous le sceau de la bonne conscience. Les nombreux témoignages de femmes atteintes de ce cancer, de sociologues, militantes, docteurs, chercheurs, auteurs, professeurs, directeurs de fondations et de centres de recherche s’imbriquent pour dresser un portrait plutôt sombre de l’exploitation de ce mouvement qui compte davantage sur la philanthropie puisque les budgets des gouvernements ne suffisent pas à subventionner la recherche afin de trouver un remède. Encore faudrait-il découvrir la cause du cancer du sein. Les diverses interviews sont captées soit en studio, soit in situ et les affirmations sont ponctuées, à l’occasion, d’animations sobres et efficaces. L’équipe s’est promenée aux quatre coins du continent pour recueillir des images de marches, de courses, de sauts en parachute, de compétitions équestres ou de bateau dragon, de rassemblements de survivantes et de marathoniennes, toutes unies dans une vague de rose et d’espoir, relevant presque de l’embrigadement. Et malgré les immenses sommes récoltées, 59 000 femmes meurent chaque année de cette maladie; on continue d’irradier, d’empoisonner et de mutiler en tentant de les guérir. Les propos de plusieurs des intervenantes sont fort éclairants et nous mettent en garde contre l’effet placebo que cette campagne peut entraîner dans l’esprit de certaines; ce n’est pas parce que l’on a passé une mammographie, que l’on a participé à une collecte de fonds ou que l’on a acheté un aspirateur ou un revolver (!) rose que l’on ne sera pas touchée. Les nombreux films d’archives, publicités ou extraits font efficacement les liens entre les divers segments. On se prend même d’affection intellectuelle pour certaines femmes qui s’affirment avec force et conviction. Leurs arguments et leurs exemples démontrent le sérieux de leur réflexion et leur incrédulité envers les desseins véritables des opportunistes qui tirent profit de cette industrie lucrative du bon sentiment. Les choix d’entrevues, leur place dans le montage, contribuent à créer un rythme où les intervenants se répondent par segment pour plonger plus profondément au coeur du sujet et explorer d’autres avenues. Le propre du documentaire, c’est, entre autres, de renseigner et de lever le voile sur des réalités qui nous échappent. Ici, Léa Pool et son équipe ont fait un travail de géologues, scrutant chaque strate du problème, découvrant de nouveaux arguments, de belles pièces d’anthologie, de vibrants témoignages, de désolantes images, de parfaites incongruités, de brillantes envolées, de touchantes constatations, de tragiques larmes retenues. Mettre tout ce matériel dans un ordre qui impose l’écoute et l’intérêt relève de l’orfèvrerie. Le film captive l’attention du début à la fin.

Auteur : Patricia Robin
Titre : Pink Ribbons, Inc. : quand le capitalisme s’achète une bonne conscience
Ouvrage recensé : L'insdustrie du ruban rose — Canada [Québec] 2011, 98 minutes
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 276, janvier-février 2012, p. 19
URI : http://id.erudit.org/iderudit/65756ac

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