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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 276, janvier-février 2012, p. 20-21

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Article

Léa Pool« La souffrance des femmes et le cynisme des grosses compagnies... »

Propos recueillis par

Francine Laurendeau

Résumé | Extrait

« La souffrance des femmes et le cynisme des grosses compagnies... » Dès leur naissance, les petites filles sont vouées au rose. Il y a la Bibliothèque rose, les romans à l’eau de rose, la vie en rose... Mais paradoxalement, cette couleur gentillette est aussi celle du symbole international de la sensibilisation au cancer du sein. Pourquoi la réalisatrice d’Anne Trister, d’Emporte-moi et de Maman est chez le coiffeur s’est-elle intéressée à L’Industrie du ruban rose ? Séquences a rencontré Léa Pool avant son départ pour le prestigieux Festival international du film documentaire d’Amsterdam. Propos recueillis par Francine Laurendeau Qu’est-ce qui vous a amenée à plonger dans un tel sujet ? C’est Ravida Din, productrice à l’ONF, qui m’a approchée. Je l’avais déjà rencontrée pour un projet personnel et elle a pensé à moi pour un film sur le ruban rose. Je savais que le mois d’octobre était le mois des marches pour ramasser des fonds pour la recherche sur le cancer, c’est tout. C’était vague, dans ma conscience périphérique. Elle m’a fait lire le livre Pink Ribbons, Inc.: Breast Cancer and the Politics of Philanthropy de Samantha King et surtout l’article de la féministe militante Barbara Ehrenreich Welcome to Cancerland. C’est là que j’ai saisi l’ampleur et l’intérêt d’un sujet qui n’avait jamais été traité. Un sujet double. D’une part, la maladie et la souffrance des femmes. En Amérique du Nord, 59 000 femmes meurent chaque année du cancer du sein et, rien qu’aux États-Unis, une femme sur huit risque de développer ce cancer. Et d’autre part, le cynisme des grosses compagnies qui exploitent la « culture du cancer du sein » en organisant des campagnes de marketing, en fabriquant à la fois du papier hygiénique rose, des médicaments contre ce cancer et des substances cancérigènes. On se demande pourquoi le cancer du sein bénéficie d’une telle popularité, il y a d’autres cancers tout aussi meurtriers. Oui, comme le cancer du poumon ou le cancer du côlon. Mais si on attrape le cancer du poumon, au départ on est suspect : on est coupable d’avoir fumé. Et le colon, ce n’est pas beau. Tandis que le sein, c’est la beauté, la féminité, la sexualité, la maternité... C’est sublime ! Vous montrez comment on est passé d’une forme de militantisme à une incitation à la consommation de produits en rose : cosmétiques, yaourts, toutous, aspirateurs, voitures et tutti quanti. Il y a même des records Guiness d’illuminations nocturnes : vous avez filmé les chutes Niagara, le parlement d’Ottawa éclairés en rose... On croit rêver. Et j’ai montré des femmes qui marchent, qui courent pour la cause, qui rament pour la cause, qui sautent d’avion pour la cause... Le premier grand défi que j’ai rencontré a été de dénoncer ce phénomène tout en respectant les femmes qui y participent de bonne foi, en toute innocence. Il y a là un énorme potentiel de forces vives mal utilisées. Et l’autre défi, le défi cinématographique, c’est que dans ces évènements publics, ces marches où il pouvait y avoir 40 000 manifestantes, le niveau de bruit, de cris était énorme. Oui, j’aurais pu être méchante en filmant ces marches. Mais j’ai préféré avoir recours au compositeur Peter Scherer pour créer un espace musical aérien, spirituel, une musique qui rende les marches plus nobles, plus intérieures, pour que ces femmes qui crient et qui dansent n’aient pas l’air d’un troupeau qui aboie, quelle tristesse! Alors que des marches silencieuses auraient un impact réel. Des zones de silence à la mémoire des victimes du cancer. Parce que les femmes qui crient victoire, qui triomphent dans ces marches, sont les « survivantes ». Mais il y a les autres, qu’on oublie et que vous êtes allé chercher, les femmes du « stade 4 ».

Auteur : Francine Laurendeau
Titre : Léa Pool : « La souffrance des femmes et le cynisme des grosses compagnies... »
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 276, janvier-février 2012, p. 20-21
URI : http://id.erudit.org/iderudit/65757ac

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