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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 276, janvier-février 2012, p. 31

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

Regards obliques sur l’AmériqueThis Must Be the Place — Italie / France / Irlande 2011, 118 minutes

Anne-Christine Loranger

Résumé | Extrait

This Must Be the Place Regards obliques sur l’Amérique Si This Must Be the Place a eu le tour d’irriter certains journalistes au dernier Festival de Cannes, il a aussi eu le don d’en réjouir d’autres. Pris au second degré, le dernier film du réalisateur d’Il Divo constitue une fable désopilante sur un nouvel archétype humain, l’Homo confortabilis. Anne-Christine Loranger Cheyenne, le héros de This Must Be the Place, n’est pas un personnage mais un archétype. À travers lui, le réalisateur Paolo Sorrentino explore un nouveau venu au sein de la société humaine, combinaison de l’adolescent attardé dans un corps vieillissant et de l’artiste pourri de fric dont le statut lui permet de laisser ses névroses se balader sans restriction. On peut choisir de se laisser embarquer, ou non. Cheyenne, ex-chanteur gothique à succès, vit depuis vingt ans retiré du monde dans son manoir de Dublin. Maquillé tel qu’il l’était jeune homme et affublé de la même tête noire et hirsute qui avait fait son succès auprès des jeunes, il vit sans y croire, soutenu par la tendresse de sa femme, Jane, une pompière professionnelle, et par son amitié avec Mary, une adolescente gothique. Cheyenne a le coeur tendre et c’est là son drame : il n’arrive pas à surmonter le suicide de deux de ses jeunes fans. Il n’arrive pas non plus à aider Mary dont la mère, perdue dans un rêve depuis la fuite de son fils deux ans plus tôt, ne reconnaît plus sa présence. Protégé tant par son argent que par sa célébrité, éberlué par le monde qui l’entoure (Why is Lady Gaga?), Cheyenne dérive au milieu de sa vie bien réglée, faisant ses courses en traînant sa valise à roulettes tel un Peter Pan désoeuvré, désabusé et dépressif. Une lettre arrive des États-Unis, lui annonçant la mort imminente d’un père qu’il n’a pas vu depuis 30 ans. Incapable de prendre l’avion pour cause de névrose, Cheyenne prend le bateau pour New York et arrive trop tard : son père, cet inconnu, est déjà mort. Il apprend alors que ce dernier, un juif rescapé d’Auschwitz, avait cherché toute sa vie à retrouver Aloise Lange, un soldat nazi qui l’avait humilié dans les camps. Après avoir assisté à un concert des Talking Heads et ouvert son coeur à son ami David Byrne, le chanteur goth rencontre Mordecai Miller, un chasseur de nazis ayant capturé 700 criminels. Arguant que Lange est du menu fretin, Miller refuse de l’aider mais il le met sur la piste de la femme et de la petite fille d’Aloise Lange. Armé de sa crinière, de sa valise à roulettes et de son désabusement, Cheyenne se met en route à travers les États-Unis à la recherche du vieillard de 94 ans. Pour son premier film en anglais, Sorrentino nous offre un portrait oblique de l’Amérique, y abordant à sa manière quelques délectables clichés : les juifs new-yorkais orthodoxes y sont jeunes, beaux et élégants, les grands espaces démesurément vastes et vides, les vieilles institutrices prennent le thé sur les napperons à volants tout en engueulant leur oie de compagnie (!), les enfants obèses chantent The Talking Heads et les chasseurs de criminels nazis s’embarrent dans les toilettes. Ce qui rend This Must Be the Place irrésistible, pour qui accepte ses repères, c’est la forme particulière de son humour. La tête ébouriffée à la Robert Smith de Cheyenne, ses yeux bleus désolés, son pas chancelant et son rouge à lèvres, ses répliques hilarantes livrées sur un ton monocorde habillent chaque scène d’un fin vernis de ridicule. Tels ces maîtres de la littérature fantastique qui donnent un tour étrange à des endroits usuels, Sorrentino trouve le moyen, par la vertu de cet extra-terrestre tombé de la planète Goth, de décaler suffisamment des lieux socioculturels archiconnus pour que le sourire puisse s’y installer.

Auteur : Anne-Christine Loranger
Titre : Regards obliques sur l’Amérique
Ouvrage recensé : This Must Be the Place — Italie / France / Irlande 2011, 118 minutes
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 276, janvier-février 2012, p. 31
URI : http://id.erudit.org/iderudit/65770ac

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