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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 276, janvier-février 2012, p. 36-37

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

Entre Éros et ThanatosHaruki Murakami, La Ballade de l'impossible traduit en français par Rose-Marie Makino-Fayolle (Coll. 10-18), Paris : Belfond, 2007, 446 pages

Anne-Christine Loranger

Résumé | Extrait

Anne-Christine Loranger Haruki Murikami La Ballade de l'impossible Entre Éros et Thanatos Les oeuvres de Murakami transportent généralement ses lecteurs dans des lieux empreints de mélancolie, teintés de surréalisme. Si la mélancolie est au rendez-vous dans La Ballade de l'impossible, le surréalisme y est remplacé par un troublant chassé-croisé entre l’amour et la mort. Anne-Christine Loranger Les romans d’Émile Zola peuvent se comparer à des capsules temporelles, décrivant dans le détail les lieux, individus et objets usuels à chaque couche sociale de son époque. Haruki Murakami, de même, radiographie l’âme de ses personnages. Tel un maître du kyudo tirant sa flèche avec un minimum d’effort, l’auteur japonais contemporain décrit les mouvements du coeur humain au battement près, usant pour ce faire d’une écriture épurée, précise, simple. Ce faisant, il fait mouche. À tout coup. C’est d’abord par l’intermédiaire de la chanson « Norwegian Wood » des Beatles que Toru Watanabe, 37 ans, se retrouve plongé dans les souvenirs de celui qu’il était à 17 ans. La chanson fait ici bien plus que réinstaurer la netteté d’un souvenir, elle donne certaines des clés de la relation qui s’établit entre Watanabe et Naoko, l’amoureuse de son meilleur ami, Kizuki. Naoko et Watanabe seront tous les deux frappés par l’incompréhensible suicide de Kizuki, à l’âge de 17 ans. « La mort n’est pas le bout de la vie, elle en fait partie », comprend Watanabe à la suite de ce décès. Cette mort s’emparera de lui comme « une masse d’air à l’intérieur ». Il ne s’en est pas encore affranchi quand, deux ans plus tard, il revoit par chance Naoko. Tous deux ont déménagé, tous deux vivent à Tokyo, fréquentent l’université, et n’ont personne à qui parler. Quoique plus sérieuse que Watanabe, Naoko n’éprouve pas plus que lui de grand intérêt pour ses études. Tous deux semblent dériver à la surface d’eux-mêmes, parlant en croyant se dire, mais seulement pour mieux s’évader. Si Naoko, insaisissable, illustre parfaitement le thème abordé dans la chanson des Beatles, Watanabe, lecteur avide de Scott Fitzgerald et de John Updike, le fait tout autant. L’étrange relation de Watanabe avec Naoko, façonnée par la fragilité de l’une et la solitude de l’autre, sera également pétrie de sexualité et de mort. De fait, tout le roman de Murakami constitue une lente valse qui semble chorégraphiée à la fois par Éros et par Tanatos. Sans éprouver un intérêt indu pour le sexe, Watanabe suit pourtant son ami Nagasawa dans ses relations d’un soir et couche avec de nombreuses filles. La belle Midori, autre possible amour de Watanabe, fantasme ouvertement, avec une impudeur qui a de quoi laisser pantois. Hatsumi, de son côté, semble accepter les (très) nombreux marivaudages de son amoureux Nagasawa, même si cela la blesse. La sexualité de cette jeunesse japonaise des années 60, que l’on découvre déracinée et hypocritement contestatrice, y est associée aux paysages urbains, mais aussi à la découverte des auteurs et musiques de l’Occident : des Beatles à La montagne magique de Thomas Mann, en passant par Gatsby le magnifique, Murakami, ce traducteur de Fitzgerald, semble chercher à nous donner, en évoquant ces oeuvres, les clés de son impossible ballade. La mort, évoquée au début par un puits profond caché dans un champ, revient à tout moment, associée à des paysages de nature et de forêts (où l’on retrouve par un effet de miroir le Norwegian Wood, titre japonais du livre). Watanabe, pris dans un triangle amoureux entre la fragile Naoko et l’imaginative Midori, observe ce lent glissement vers la mort en lui-même et en ceux qui l’entourent. Son voisin de chambre, surnommé « le facho » (« le nazi », dans la version originale japonaise), objet général de risée, disparaît mystérieusement sans un mot.

Auteur : Anne-Christine Loranger
Titre : Entre Éros et Thanatos
Ouvrage recensé : Haruki Murakami, La Ballade de l'impossible traduit en français par Rose-Marie Makino-Fayolle (Coll. 10-18), Paris : Belfond, 2007, 446 pages
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 276, janvier-février 2012, p. 36-37
URI : http://id.erudit.org/iderudit/65772ac

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