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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 276, janvier-février 2012, p. 53

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

Les gens heureuxLes Neiges du Kilimandjaro —  France 2011, 90 minutes

Claire Valade

Résumé | Extrait

Les Neiges du Kilimandjaro Les gens heureux Il n’en reste plus beaucoup, des cinéastes qui s’adonnent au cinéma social. Dans un style simple et réaliste, c’est un cinéma qui s’intéresse à la vie de tous les jours et aux gens ordinaires. Parmi ceux qui restent, on compte certains des grands cinéastes d’aujourd’hui. Il y a les Anglais Ken Loach et Mike Leigh, le premier avec son percutant cinéma politique, le second avec son grinçant cinéma de la condition humaine; les Belges Luc et Jean-Pierre Dardenne avec leur cinéma du fatalisme morne; et le Français Robert Guédiguian avec son émouvant cinéma engagé. De ceux-ci, Guédiguian et Leigh sont peut-être les plus proches parents, de par leur humour et leur humanisme. Mais des deux, par la lumineuse légèreté de son regard dans la gravité, Guédiguian se révèle peut-être le plus accessible. Claire Valade Depuis 30 ans, Robert Guédiguian tourne presque un film par année, (généralement) à Marseille. Il tourne avec ses potes, les mêmes depuis toujours — en particulier, Ariane Ascaride, Gérard Meylan et Jean-Pierre Darroussin, mais aussi Bernard Sasia au montage ou Michel Vandestien à la direction artistique. Lorsqu’on est un homme engagé, que l’on fait des films qui le sont aussi, mieux vaut s’entourer de gens qui partagent nos valeurs. Guédiguian a su le faire remarquablement. C’est toujours aussi vrai de son nouveau film, Les Neiges de Kilimandjaro. Guédiguian y retrouve le quartier de son enfance, L’Estaque, avec sa vue imprenable sur la Méditerranée et ses rues grouillantes de vie. Il y retrouve aussi ses thèmes de prédilection : la classe ouvrière, le militantisme, la justice sociale, la solidarité dans l’adversité. S’y ajoute probablement l’élément dramatique le plus important du film : la précarité du tissu social actuel. C’est là la source du profond désarroi qui précipitera les événements et mènera au choc des valeurs morales et à l’examen de conscience des personnages principaux. Michel et Marie-Claire forment un couple heureux. En leur temps, ils se sont battus pour une vie meilleure. Aujourd’hui agressés et volés par deux voyous, dont l’un se révèle un ancien collègue de Michel, le couple se voit confronté à son désir de voir le coupable puni tout en se découvrant un besoin encore plus tenace de comprendre. C’est que la réalité actuelle et la notion de justice ne sont peut-être plus aussi clairement définies qu’avant. Le constat est dur. Chez Guédiguian comme chez Mike Leigh, tout est dans l’humanisme de l’écriture. Guédiguian amène donc ses personnages à cette révélation avec finesse et légèreté, par leur quotidien, leurs joies et leurs peines ordinaires. À l’instar du cinéaste anglais, sans appuyer et sans jamais donner dans le sentimentalisme, ses oeuvres sont portées par des émotions profondes qui, à ses yeux, ne peuvent exister sans leur contraire : la haine / l’amour, la douleur / la joie, la colère /la compassion, l’indignation/la réconciliation. Le drame que vivent Michel et Marie-Claire en est la parfaite représentation. L’amour et le profond respect qui les unissent en sont la clé de voûte. Il y a d’ailleurs quelque chose du couple d’Another Year de Leigh dans le couple Marie-Claire / Michel. Comme Tom et Gerri, ils vieillissent bien ensemble, vivant un bonheur simple sans être résigné. Ils sont en paix avec leurs choix. Ils partagent une sérénité et une complicité contagieuses incarnées par ce sourire sans mot qu’ils ont l’un pour l’autre dans l’adversité. Aucune moquerie, aucun jugement, aucune pitié dans ce sourire. C’est un sourire sans arrière-pensée, qui fait état de leur paix intérieure, dans le moment présent. Ce bonheur simple est le coeur du récit des Neiges de Kilimandjaro. Jamais l’on ne doute que le malheur qui s’abat sur eux viendra les séparer.

Auteur : Claire Valade
Titre : Les gens heureux
Ouvrage recensé : Les Neiges du Kilimandjaro —  France 2011, 90 minutes
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 276, janvier-février 2012, p. 53
URI : http://id.erudit.org/iderudit/65782ac

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