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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 276, janvier-février 2012, p. 56

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

Pour l’amour des enfantsPolisse — France 2011, 127 minutes

Pascal Grenier

Résumé | Extrait

Polisse Pour l’amour des enfants Récipiendaire du Prix du jury au dernier Festival de Cannes, Polisse est le troisième long métrage de la comédienne-réalisatrice Maïwenn. Ce film coup-de-poing salué autant par la critique que par le public confirme la place de la jeune réalisatrice parmi les talents les plus prometteurs de la France. Avec cette plongée dans un univers délétère, la cinéaste frappe juste et fort. Pascal Grenier L’actrice-réalisatrice Maïwenn aime bien incorporer un style documentaire à ses fictions. Déjà dans son premier film (l’inédit Pardonnez-moi) elle intégrait des éléments autobiographiques alors que le personnage principal (campé par la réalisatrice) est une jeune femme enceinte qui décide de faire un film sur sa famille dans le but de l’offrir à son futur enfant. Dans son second long, le remarqué Le Bal des actrices, elle opte pour un style improvisé, en partie autobiographique là aussi, mais proche de l’esthétique du faux documentaire qu’elle livre, avec légèreté, un film en forme d’hommage sur les actrices et le milieu du cinéma. Pour Polisse, c’est en tombant sur un documentaire sur la BPM (Brigade de protection des mineurs) que Maïwenn a décidé de s’intéresser au sujet. Elle a passé plusieurs mois avec les membres de la BPM pour écouter et observer et s’est inspirée de ces histoires et faits divers racontés par des policiers pour écrire son scénario. Le résultat donne un film dont le style est évidemment proche du documentaire et qui évoque l’excellent L.627 de Bertrand Tavernier ou encore le film Police de Pialat : le Tavernier par la manière dont la réalisatrice parvient à filmer et à rendre de façon peu banale la banalité du quotidien de ces policiers; le Pialat par son côté brusque où la violence dépeinte dans le film est beaucoup plus une violence entre des individus. La caméra du cinéaste reste braquée sur les personnages, nous enfermant dans la claustrophobie de leur monde de violence psychologique et physique. La magnifique scène de confrontation entre les personnages des deux policières incarnées par Karin Viard et Marina Foîs est un bel exemple de cette tension extrême. La mise en scène, à la fois réaliste et énergique, illustre bien ce parti pris esthétique. C’est sa recherche d’authenticité et cette volonté de vouloir traquer la vérité à tout prix qui fait de Polisse une oeuvre âpre et dérangeante. Certains peuvent reprocher à la réalisatrice son côté « rentre-dedans »; il faut avouer que la réalisatrice n’y va pas de main morte avec cette charge contre les nombreux maux de la société moderne. Mais à part une scène inutilement chargée où la policière d’origine arabe (Naidra Ayadi) règle ses comptes avec un musulman dans le poste de police, le ton emphatique de l’ensemble fonctionne à merveille. La réalisatrice cherche à conscientiser et à informer les spectateurs sans tomber dans le prêchi-prêcha. Elle souligne notamment le manque de moyens et les conditions pas toujours optimales que les membres de cette brigade d’intervention sont confrontés au quotidien. Malgré eux, ceux-ci doivent pallier au manque de ressources et intervenir dans d’autres situations au lieu de lutter uniquement contre les innombrables vicissitudes subies par les enfants. Par une structure elliptique et un scénario anecdotique mais étoffé, le spectateur est plongé dans cet univers (celui des flics de la BPM) dépeint de manière réaliste dont la vérité se distingue par la justesse des dialogues. Parce qu’on s’attache aux personnages, on est submergé et l’on en sort ébranlé et ému. Maïwenn ne cherche pas à glorifier ni à condamner ces personnages de policiers qui doivent conjuguer leur vie privée et le dur labeur de leur boulot ingrat au quotidien. Ces personnages sont défendus par une belle brochette de comédiens (professionnels ou non professionnels) dont l’admirable prestation dénote le talent inné de la réalisatrice à diriger ses acteurs.

Auteur : Pascal Grenier
Titre : Pour l’amour des enfants
Ouvrage recensé : Polisse — France 2011, 127 minutes
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 276, janvier-février 2012, p. 56
URI : http://id.erudit.org/iderudit/65785ac

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