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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 276, janvier-février 2012, p. 59

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

Une ode au travail et à l’hiverLe Vendeur — Canada [Québec] 2011, 105 minutes

Jean-Philippe Desrochers

Résumé | Extrait

Le Vendeur Une ode au travail et à l’hiver Tourné à Dolbeau-Mistassini, coin de pays où réside Sébastien Pilote, Le Vendeur témoigne, tant par sa forme que son contenu, de la volonté du cinéaste de faire un cinéma d’auteur résolument local, et donc foncièrement international. Paradoxe en apparence seulement que l’on a tendance à ne pas admettre, croyant à tort qu’une oeuvre prétendument universelle et sans spécificité régionale et culturelle serait plus exportable à l’étranger. Le succès critique du Vendeur, qui a été applaudi à Sundance et qui a remporté quelques prix dans des festivals internationaux, vient prouver le contraire. Jean-Philippe Desrochers Au début du film, des travellings dévoilent le paysage hivernal et la ville enneigée où se déroulera le récit. Ainsi, le contexte est rapidement mis en place : le film se passe au Québec, en hiver, loin des grands centres urbains. Par ses préoccupations sociales et humaines, Le Vendeur est en parfaite continuité avec Dust Bowl Ha! Ha!, le court métrage qui a d’abord fait connaître Pilote. Y sont illustrées, toujours avec retenue, les répercussions d’une économie néolibérale qui amène souvent les entreprises à bafouer les conditions de travail des ouvriers et à faire fi de leurs revendications. La menace de déménagement ou de fermeture n’est jamais bien loin. Et quand l’usine locale ferme ses portes, c’est toute l’économie de la région (et sa population) qui en subit les contrecoups. Le premier long métrage de Pilote s’inscrit en marge d’un cinéma contemporain souvent apolitique, dans lequel le travail occupe une place accessoire. Le cinéaste Bernard Émond le souligne d’ailleurs : « Tout se passe comme si le travail, au cinéma, n’était plus montrable, ce qui revient à dire dans notre société qu’il est invisible. »[1] Le Vendeur fait figure d’exception puisque le travail, même s’il ne rentre pas véritablement dans les rapports sociaux qu’il entraîne, est le coeur du film, ce qui est déjà en soi peu commun. Il y a d’abord la description du quotidien du personnage principal, Marcel Lévesque, dont le travail représente toute la vie, outre sa fille et son petit-fils. On y présente également divers ouvriers : des garagistes, à qui Lévesque prend soin d’apporter chaque jour une canette de boisson gazeuse, et un homme dont le travail consiste à déblayer les voitures enneigées. C’est sans oublier les ouvriers en grève de l’usine locale. Bien que secondaire à l’histoire de Marcel, la grève est néanmoins omniprésente, notamment par les nombreux extraits radio qui ponctuent le récit et qui marquent la progression de la négociation syndicale. On y voit l’incidence et les répercussions qu’une grève entraîne sur l’économie de la petite localité et son poids sur ses habitants, sans que ceux-ci y fassent ouvertement allusion. Bref, Le Vendeur présente nombre d’éléments que l’on voit rarement au cinéma. C’est d’abord pour cette raison que le film de Sébastien Pilote force l’admiration. De plus, contrairement à nombre de ses contemporains, c’est sans ironie que Pilote filme ses personnages, de petites gens appartenant à un Québec dont nous oublions l’existence. Pilote ne ridiculise jamais ses protagonistes et les présente sans condescendance aucune. Ce sont des êtres humains, des travailleurs, avec la dignité qui leur est propre. La façon dont Pilote filme l’hiver et l’intègre à son récit tranche également avec un certain cinéma actuel. Dans Le Vendeur, le regard porté sur l’hiver ne revêt aucun exotisme, ce qui est on ne peut plus normal pour une société nordique comme la nôtre, dont la réalité et l’imaginaire sont profondément imprégnés par cette saison. « Faut se pratiquer à aimer le monde », affirmera Lévesque à son petit-fils à propos de son métier. Avec cette phrase simple et pleine d’humanisme, on est assurément dans une conception du commerce et du capitalisme qui est de moins en moins fréquente de nos jours.

Auteur : Jean-Philippe Desrochers
Titre : Une ode au travail et à l’hiver
Ouvrage recensé : Le Vendeur — Canada [Québec] 2011, 105 minutes
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 276, janvier-février 2012, p. 59
URI : http://id.erudit.org/iderudit/65788ac

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