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Chapitre 2
L'infrastructure intellectuelle, organisationnelle et matérielle

Le portail a pour mission d'être une infrastructure commune mise au service de la communication savante et des revues en particulier. Cette infrastructure réunit plusieurs dimensions qui demandent un certain développement.

Le portail permet la mise en application de normes de production de qualité pour la publication électronique des revues et définit un lieu de diffusion assurant le rayonnement et la visibilité des revues. Le portail travaille en jonction avec le milieu des revues et intervient dans la prestation de services techniques et de conseils pour la production et la diffusion. Cela circonscrit la responsabilité et les services du portail, en regard des éditeurs de revue. De plus, le portail est appelé à prendre la forme d'une entité et d'une architecture institutionnelles, dont les caractéristiques seraient conformes à sa mission, et qui s'inscriraient dans la durée. Ajoutons que, sous-jacent à ces services et à une organisation stable, le portail fournira une expertise qui doit se renouveler, ce qui implique la mobilisation de ressources aptes à suivre l'évolution de ce secteur d'activités et à revoir les procédures, dans la recherche d'une optimisation des services rendus. Enfin, le portail doit réunir les conditions matérielles et les équipements à la hauteur de sa mission, ce qui signifie un environnement technique de qualité. C'est cet environnement multiforme que l'on va esquisser d'entrée de jeu, avant de traiter plus spécifiquement des fonctions de production, de diffusion et d'archivage remplies par le portail.


L'architecture globale et les services du portail

Cette section a pour objectif de donner une vue d'ensemble de l'architecture du portail et des services qui seraient offerts. Les éléments, brièvement exposés, seront repris dans une autre section de cette étude.


Architecture

On peut imaginer à terme l'architecture du portail en fonction d'une diversité de services liés aux différentes formes d'expression de la communication savante. Nous nommons " zones " les espaces propres à ces diverses formes d'expression. Premièrement, le portail s'appuie sur les revues qui devraient constituer une première zone. À ce premier noyau, une deuxième zone, comportant une collection de prépublications, pourrait se greffer. Les autres types de documents relevant de la littérature grise constitueraient la troisième zone de ce portail. Sachant que ces différentes formes d'expression des résultats de la recherche répondent à des contraintes qui ne sont pas du même ordre, il importe de bien tracer les contours et les traitements qu'ils appellent. Ces distinctions permettront de définir des zones nettement identifiables avec leur cohérence propre, mais composant dans l'ensemble une collection riche et diversifiée.

Ajoutés à ces trois zones, des outils de diffusion, tel un outil de recherche performant, permettraient d'exploiter de façon efficace les collections, en cherchant par différents critères de recherche à travers les documents des trois zones du portail. De plus, l'objectif de la diffusion dans le Web étant de porter les résultats de la recherche québécoise dans les créneaux de diffusion internationaux, des mécanismes et des protocoles assurant l'interopérabilité entre les différents portails de diffusion de revues savantes et de prépublications permettront de relier les collections du portail québécois à d'autres collections d'importance.

On peut imaginer l'ensemble en partant du noyau que composent les revues, ce qui correspond d'ailleurs au mandat précis de cette étude, puis en envisageant l'ajout d'autres zones. Cela donnerait au portail québécois la physionomie suivante :

Architecture globale du portail québécois

Figure 1 : Architecture globale du portail québécois


La relation entre le portail et les revues

Comme l'indique la figure 2, la création du portail ne modifiera en rien les responsabilités éditoriales de l'équipe de la revue. La conception du projet éditorial et des numéros thématiques, l'appel de textes, l'arbitrage, le choix des articles à publier ainsi que toutes les autres activités que la revue mène en relation avec les auteurs et les évaluateurs pour la préparation des textes à publier continueront d'être la seule responsabilité de la revue. C'est au moment où l'équipe éditoriale de la revue reconnaît le texte prêt à publier que les équipes de production technique du portail interviendraient.

Relations entre le portail et les revues

Figure 2 - Relations entre le portail et les revues

Offre de services aux revues et à la communauté des chercheurs

Services de publication

Ces services, destinés principalement mais non exclusivement aux revues en sciences humaines et sociales, comprendraient la réception des textes, la préparation de la copie, la numérisation des images, la préparation des épreuves, la numérisation des figures ou photographies, la saisie des corrections, la préparation de la version électronique et la mise en page papier.

La technologie proposée pour la production des revues savantes a déjà fait ses preuves et est utilisée par plusieurs éditeurs commerciaux et sans but lucratif. Les revues savantes seraient produites par une chaîne de traitement basée sur la norme XML, ce qui permet la fabrication des versions papier et électronique à partir d'un même processus. Des métadonnées (description de l'article : auteur, titre, résumé, volume, numéro…) seraient générées automatiquement à partir de la chaîne de traitement. Un fichier Postscript, un fichier PDF ou un prêt-à-photographier seront préparés pour l'impression de la revue.

Services de numérisation rétrospective

L'intérêt d'une collection d'articles de revues savantes réside bien sûr dans la qualité des articles mais aussi dans le nombre de revues et d'articles sur un sujet donné. Une étude (9) récente a permis de noter l'intérêt pour les articles parus jusqu'à dix ans avant le moment de la cueillette d'informations. Cet intérêt est sensiblement le même pour les chercheurs des sciences humaines et sociales et ceux des sciences exactes. La numérisation rétrospective des numéros antérieurs s'avère donc répondre à un véritable besoin, autant pour faciliter l'accès aux résultats de la recherche que pour offrir une collection d'articles plus riche.

Pour résumer, le portail offrirait un service d'intermédiaire entre la revue et les entreprises de numérisation en plus de créer les métadonnées des articles et ainsi permettre aux utilisateurs de chercher par un même outil de recherche à travers les collections courante et rétrospective d'une revue.

Serveur de prépublications

Le portail devrait, à terme, être composé d'une zone dédiée aux prépublications et ainsi permettre aux chercheurs de faire connaître rapidement à leur communauté disciplinaire l'état d'avancement de leurs travaux. Outre les documents destinés à une publication ultérieure sous un autre média, une zone du portail devrait accepter et diffuser d'autres types de documents relevant de la littérature grise des disciplines, comme par exemple, les thèses, les rapports et notes de recherche, les documents utilisés lors de conférence, etc.

Services de diffusion électronique

La mer d'informations accessible dans le Web fait en sorte que la seule présence sur Internet d'une revue n'équivaut en rien à sa réelle diffusion électronique. Le système de diffusion du portail devrait permettre de relier par un outil de recherche les revues portant sur les mêmes sujets et étant diffusées par d'autres portails, au Canada et ailleurs dans le monde. L'objectif est ici de rendre accessible une collection d'articles non pas par frontières géographiques, institutionnelles ou même disciplinaires mais bien par sujets. Outre les liens ainsi créés entre les différents portails actuels et à venir, le portail devrait porter une attention particulière aux performances de ses différentes pages dans les outils de recherche les plus consultés. De plus, des ententes devraient être conclues pour assurer la diffusion des articles par les différentes bases de données bibliographiques qui permettent les liens avec le plein texte.

Les outils proposés pour la mise en œuvre des services de diffusion sont la création et l'application dans la chaîne d'un modèle de métadonnées, l'identification de chacun des articles par un DOI (Digital Object Identifier), l'utilisation du service CrossRef permettant de relier les références bibliographiques aux articles cités et bien sûr, la création d'un portail où les utilisateurs auront accès à un outil de recherche performant. Cet outil de recherche permettrait d'offrir, par une même interface, l'accès aux collections des différentes zones du portail. Ces services devraient également permettre, à chaque parution, de diffuser automatiquement la table des matières accompagnée des résumés à une liste de personnes intéressées ou abonnées à la publication. Finalement, à la base, ce système d'information devrait être hébergé sur une partie du réseau assurant l'accès à une bande passante importante et dans un environnement sécurisé selon les normes reconnues.

Services d'archivage des documents électroniques

La responsabilité de l'archivage de la documentation produite par les citoyens d'un pays revient aux bibliothèques nationales. Il en va de même pour la documentation sur support électronique. Comme le modèle et les pratiques ne sont pas encore établis, le portail devrait offrir des services d'archivage qui correspondent aux normes fixées par les archivistes pour garantir l'accès aux revues savantes. Cependant, le portail devrait assurer la conservation des revues pour garantir l'accès pendant tout le cycle d'utilisation des revues.

Gestion des abonnements

Deux scénarios sont évoqués dans cette étude quant à l'accès gratuit ou payant aux revues sous forme électronique. Le cas échéant, selon la solution retenue, le portail devrait offrir des services de gestion des abonnements.


Une entité institutionnelle

Il n'est pas approprié, dans cette étude, de décrire les composantes institutionnelles spécifiques du portail. Contentons-nous de soumettre les caractéristiques générales qui devraient être associées au portail sur le plan organisationnel.

Le portail est une institution qui s'engage dans la prestation de services de production et de diffusion auprès des éditeurs de revue ; les services doivent être professionnels, fiables et s'inscrire dans la durée. Pour assurer une viabilité économique, le portail doit proposer une vision d'affaires réaliste et applicable. En raison de sa responsabilité à l'égard de tiers - revues et institutions auxquelles le service est offert, ainsi qu'usagers et clients du portail -, il doit pouvoir se constituer en entité institutionnelle et légale. Cet organisme devrait réunir certaines caractéristiques qui découlent de principes généraux.

Cet organisme devrait être une institution sans but lucratif qui repose, autant que possible, sur un partenariat entre diverses composantes du milieu universitaire ; il serait souhaitable que ces partenaires aient déjà un engagement dans la publication de revues ou dans les technologies du texte. Le cadre institutionnel devrait retenir la formule coopérative et témoigner de la propriété du milieu universitaire.

L'organisme serait dirigé par un conseil d'administration regroupant les partenaires qui se sont engagés dans le projet. Il faudrait considérer la mise en place d'un comité " des clientèles " qui réunirait des représentants des revues desservies par le portail et des principaux utilisateurs du portail, comme les bibliothèques ou centres de recherche et, le cas échéant, des bailleurs de fonds.

Les partenaires auraient une responsabilité professionnelle (qualité du service, stabilité et atteinte des objectifs) et financière dans la réalisation du plan d'affaires. Les contributions financières pour soutenir le portail pourraient être de plusieurs ordres. Les coûts d'implantation du portail devraient faire l'objet d'une subvention spéciale. Les services de production technique offerts aux revues devraient être facturés sur une base d'autofinancement et soutenus par la politique de financement public des revues. Les coûts d'exploitation de la structure de diffusion du portail seraient assurés par les pouvoirs publics en association avec les partenaires.

Dans le but d'utiliser au mieux les compétences existantes et d'offrir un service proche des aires géographiques des directions de revue, l'architecture organisationnelle du portail devrait prévoir, d'une part, une structure de production distribuée avec un lieu de production et de services conseils à Québec et un à Montréal et, d'autre part, un portail de diffusion unique qui voit à l'ensemble des responsabilités de rayonnement et de visibilité des revues dans le Web.

L'organisme devrait être reconnu par le ministère de l'Éducation, par le ministère de la Recherche, de la Science et de la Technologie, et par le ministère de l'Industrie et du Commerce.


Des ressources intellectuelles

Le portail doit pouvoir réunir des ressources intellectuelles de premier ordre. Il est très précieux de compter sur une connaissance assez fine du milieu des revues et des conditions de publication de celles-ci sur support électronique, mais aussi sur support papier. L'équipe chargée de créer et de consolider le portail doit réunir des compétences diverses afin de concevoir, d'implanter et d'assurer la prestation de services, en tenant compte de l'évolution des normes et pratiques dans un horizon large du milieu desservi, des ressources financières disponibles et du plan d'affaires. Cela implique une direction intellectuelle arrimée aux conditions de réalisation, une gestion professionnelle en phase avec un programme de " livraison " de services, soit des compétences professionnelles et techniques complémentaires.

Comme cela sera souligné dans le chapitre sur la diffusion, l'accroissement de la visibilité, l'augmentation du nombre d'utilisateurs et l'impact du portail dans et sur la communauté scientifique internationale varient en fonction de la capacité de faire du portail un lieu intellectuellement dynamique, qui nourrit, accueille et provoque des activités en mesure d'interpeller le milieu des chercheurs nationaux et internationaux. Partant d'une collection de revues diversifiée et de très bonne qualité intellectuelle et technique, la meilleure promotion pour le portail, c'est d'en faire un foyer intellectuel dynamique qui fait place à des activités et offre des services de premier niveau. Cela demande des ressources conséquentes en qualité et en importance.

On doit ajouter que la publication électronique est un domaine dominé par l'innovation : tant les technologies utilisées que les usages et les pratiques dans le Web évoluent très rapidement et interpellent régulièrement les attentes et les prévisions concernant la publication et la diffusion électroniques. On est loin d'un univers où les conventions relatives aux processus de publication et à l'interaction avec les utilisateurs sont stables. On ne peut échapper à la nécessité d'investir dans la recherche appliquée, dans l'expérimentation et dans l'amélioration des fonctions de diffusion.

Cela demande des ressources consacrées à un personnel qualifié. Dans un secteur où l'évolution est aussi rapide et où les paramètres sont aussi mobiles, la nécessité de se situer à la frontière technologique a pour contrepartie de considérer les ressources dans la recherche et le développement d'applications comme le " nerf de la guerre ", la condition indispensable à la fois à la stabilisation prochaine du processus de production et au développement de services qui révèlent tout l'intérêt de la publication électronique en en exploitant les fonctionnalités.

De la sorte, le portail doit s'investir dans des activités de recherche et de développement. En étant très conscient de ce qu'est la recherche, l'expression " petit r grand D " correspond davantage à la mission du portail, car l'essentiel portera sur le développement d'applications tant pour la production que pour la diffusion.

Ajoutons que des activités consacrées à la veille sont fondamentales compte tenu de l'évolution des pratiques et des normes en matière de formats, d'outils de production et de diffusion, et de définition et transformation des modèles de diffusion tant technique qu'économique.

De plus, la grande mobilité des ressources humaines dans ce secteur rend nécessaire l'identification des conditions permettant d'assurer une redondance des expertises pour la gestion et le fonctionnement quotidiens des systèmes d'information. La documentation et la diffusion des pratiques et des décisions deviennent, dans ce contexte, très importantes. C'est en fait ce qui permet à tout organisme de mieux gérer les connaissances et les savoirs des forces vives de son personnel.


Un environnement technique et matériel

Le portail doit réunir les conditions nécessaires pour assurer la sécurité, la stabilité et la constance des services, aussi bien pour l'hébergement des documents produits que pour leur diffusion et leur archivage. Ces caractéristiques sont à la fois techniques et organisationnelles.

Le portail contient des données sensibles et stratégiques ; il est, dès lors, recommandé qu'il ne soit pas installé sur un serveur partagé, où d'autres sites Web et d'autres applications pourraient résider et compromettre son fonctionnement. Le portail devrait être installé sur sa propre machine.

En raison de son statut interinstitutionnel, il semble souhaitable que le portail soit hébergé dans un lieu qui reflète bien cette caractéristique. Le RISQ (Réseau d'informations scientifiques du Québec), comme lieu interinstitutionnel, serait approprié, d'autant plus qu'il dispose directement de l'accès le plus direct à la dorsale de l'enseignement supérieur et de la recherche au Québec. Le RISQ offre ce service d'hébergement et est relié à très haut débit à tous les réseaux de recherche nationaux et internationaux. (voir annexe 2.1 ; une offre d'hébergement)

Au-delà de l'hébergement sur lequel nous reviendrons, le portail suppose des composantes matérielles et logicielles en adéquation avec ses spécifications et ses fonctionnalités, qui seront exposées dans les prochains chapitres. Pour prendre la mesure de ces besoins, ainsi que de l'environnement nécessaire, une brève énumération suffit pour le moment. Cette énumération est complétée par le cahier technique qui apparaît en annexe :

  • Estimation de l'espace disque nécessaire pour les contenus : pour les articles de revues savantes (publications courantes et numérisation rétrospective) et les textes en prépublication, les besoins d'espace disque pour les cinq premières années vont de 4 Giga-octets (Go) la première année à 30 Go la cinquième.

  • Autres besoins d'espace disque : cette dernière estimation ne comprend pas l'espace requis pour le système d'exploitation, les divers ensembles logiciels nécessaires à la diffusion, dont l'outil de recherche ; on peut compter jusqu'à 2 Go pour le système d'exploitation.

  • Le portail est de type vertical et doit pouvoir permettre, au moins progressivement, de proposer diverses fonctionnalités pour le système de diffusion ; on pense, entre autres, à un outil de recherche plein texte et exploitant des métadonnées, à la personnalisation des accès des visiteurs en fonction de leurs intérêts et de leurs droits d'accès, à l'enregistrement des habitudes d'usage et à l'adaptation de l'affichage à la machine visiteuse.

  • La technologie sous-jacente à l'architecture du portail doit utiliser les technologies récentes les mieux éprouvées (Java/servlets, architecture ouverte, multi-plates-formes, CDF ou RDF, etc.).

L'hébergement (voir annexe 2.2) devrait comprendre, en particulier, l'accès du serveur à une très large bande passante et une position stratégique sur les circuits d'interconnexion Internet, la surveillance continue des équipements et la continuité du service. Il devrait comprendre également la surveillance 7/24 des appareils clients par des logiciels de surveillance, la climatisation et l'alimentation garantie (UPS et génératrice), la prise de copie de secours, la maintenance des DNS pour établir les noms logiques de serveurs.

Cet environnement technique vient compléter les ressources humaines qui seraient mobilisées et il serait à leur service. Il constituerait une condition nécessaire de la mise en place d'une structure de production, de diffusion et d'archivage des revues électroniques. L'ensemble de ces éléments - de la définition des responsabilités du portail à l'environnement technique, en passant par le cadre institutionnel et les ressources intellectuelles - compose la charpente sur laquelle s'élèverait le portail et dont on peut décomposer les principaux mandats dans les chapitres qui suivent.


9 Gérard Boismenu et Guylaine Beaudry, " Publications électroniques et revues savantes : acteurs, rôles et réseaux. " Documentation et Bibliothèques, vol. 45, numéro 4, 1999.  Retour



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