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Conclusion

L'étude de faisabilité a permis d'illustrer que le projet d'un portail de production, de diffusion et de gestion des publications électroniques est un projet majeur pouvant avoir une portée considérable. Le projet est porté par une tendance mondiale où différents acteurs participent à la transformation de la publication et de la communication scientifique. Le Québec, se dotant d'une infrastructure pour la production et la diffusion de l'information scientifique, participera à ce mouvement en développant un modèle, qui, tout en étant relié aux pôles importants au niveau international, correspondra à sa situation particulière et aux besoins de ses communautés scientifiques.

La transition vers la publication électronique est bien engagée, sans pour autant que les publications imprimées disparaissent. La simultanéité des versions électronique et papier durera encore un temps qu'il est difficile d'apprécier. L'aspect central dans le processus de transition, c'est que la version électronique devienne la version première, pour l'auteur, lorsqu'il conçoit l'exploitation et la mise en forme de ses résultats de recherche, pour le chercheur, lorsqu'il procède à l'investigation des sources, pour les directions de revue lorsqu'elles arrêtent leur politique éditoriale et réfléchissent au contenu, à la forme et à la place de la revue dans la communication scientifique et, enfin, pour l'éditeur lorsqu'il orchestre le processus de publication. Lorsque la version électronique deviendra le cadre de référence premier, le centre de gravité sera décisivement déplacé. Une mutation profonde s'est engagée et le portail québécois pourrait l'accompagner, y participer et l'amplifier, pour peu que l'action publique soit avisée et que les ressources nécessaires soient mobilisées.

Pour cette dernière dimension, le portail de production et de diffusion constituerait une infrastructure au service de la valorisation de la recherche menée au Québec et des institutions de publication savante qui contribuent à sa diffusion. Ce devrait être, à terme - et il faut le prendre en compte concrètement dès le départ -, le lieu de convergence et le carrefour des différents genres d'écrits scientifiques, avec l'aménagement de zones distinctes pour les revues savantes, pour les prépublications et pour la littérature grise. Afin de répondre à la situation des revues et pour consolider ces institutions de publication savante, il est judicieux de s'appuyer, dans un premier temps, surtout sur les revues pour bâtir le portail. Cette structure d'accueil devrait agréger d'autres modes de communication scientifique et établir des passerelles à l'interne entre les corpus, comme avec des partenaires externes. La mission du portail devrait déborder le Québec par son rayonnement, il va s'en dire, mais aussi par son contenu. Ce qui importe c'est de doter le Québec d'une infrastructure de stature et de dimension internationale. D'ailleurs, on voit mal comment on pourrait imposer des restrictions ou des exclusives sur l'origine de la documentation, sans régionaliser le portail, ce qui serait de mauvais aloi.

Il s'agit, à n'en pas douter, d'un projet d'envergure, non seulement pour sa mission, mais aussi pour les ressources nécessaires. Nous avons dégagé des ordres de grandeur qui montrent qu'un portail semblable, même en se concentrant dans un premier temps sur les revues savantes, exige une injection de ressources significatives, non seulement pour la période de démarrage, mais aussi pour les dépenses de fonctionnement pour l'avenir prévisible. Cette conclusion est conforme aux expériences étrangères. Il s'agit d'un investissement dans une infrastructure au service de la valorisation et du rayonnement de la recherche. Même après la phase d'implantation, on peut difficilement imaginer, avec les informations dont on dispose aujourd'hui, que le portail se financerait grâce aux économies que dégagerait l'introduction des technologies de l'information dans la publication et de la diffusion électroniques. Il y aura un déplacement des dépenses et une réorganisation des pratiques, certes, mais aussi nécessité de ressources nouvelles pour les cinq premières années tout au moins. Par ailleurs, cette infrastructure de diffusion électronique de la recherche peut, en toute logique, être considérée comme un bien public qui devrait trouver un autre mode de financement que les recettes venant de la vente du produit de la recherche. Les différentes estimations montrent que la mise en place de mécanismes de filtrage d'accès, qui impose des frais non négligeables, donne un résultat net plutôt faible pour ce qui est des rentrées, si bien que le soutien public serait très peu affecté (à la baisse) par la présence de modes de paiement pour l'accès aux documents en ligne.

On comprend aisément que le Fonds FCAR, en raison de sa mission dans le développement de la recherche au Québec, soit l'initiateur de ce projet, mais on voit mal comment il pourrait suffire seul à supporter ce projet. Le Fonds FCAR peut être un fantastique levier, en étayant et en supportant les objectifs et les conditions de réalisation de ce projet, et en intéressant les autres agences gouvernementales, qui ont une responsabilité dans ce secteur ou qui peuvent y apporter un appui sous une forme ou une autre. Les récentes réformes substantielles de prestations de services dans le secteur public montrent qu'il est périlleux de s'engager dans cette voie en l'absence de ressources humaines et financières suffisantes. Non pas que l'immobilisme soit préférable, mais qu'il faille ajuster l'ampleur des transformations provoquées aux capacités réelles de les mener à terme. La sous-estimation des besoins réels est un trompe-l'œil qui ne résiste pas longtemps à l'épreuve de la mise en œuvre de réformes et qui peut donner des résultats bien éloignés de ceux qui sont escomptés. On peut penser qu'il faudrait une concertation et une collaboration fructueuses entre agences gouvernementales pour supporter cette transition vers la publication électronique et, ce faisant, pour mettre en place le portail. Pour aller vite, on peut parler de trois composantes dans le financement du portail et de la transition des revues à la publication électronique : 1° les coûts d'implantation du portail qui ne sont pas récurrents, 2° le financement adéquat des revues pour faire face à leurs obligations, en général, et pour s'adapter aux procédures de la publication électronique, 3° la participation aux frais de diffusion du portail. Ces trois composantes pourraient correspondre à des partenaires distincts, mais dont l'action complémentaire permettrait la réalisation de ce projet. En tout état de cause, le Fonds FCAR devrait pouvoir être le levier pour rendre possible ce montage.

On ne peut minimiser l'importance et la signification des transformations que suppose la transition vers la publication électronique pour les revues savantes. Fort heureusement, cette transition est supportée par les changements qui s'opèrent dans l'environnement général de la recherche et du milieu universitaire. Il s'agit d'une tendance lourde favorable aux actions à entreprendre dans les diverses sociétés. Pour une institution publique qui veut susciter ce mouvement dans une société particulière, il importe d'impulser cette transition sur un mode pro-actif, sans pour autant céder à la tentation volontariste. La politique de la table rase est mal avisée. Il convient plutôt, partant d'une bonne connaissance du milieu visé, de fixer des objectifs définis et spécifiques, qui pointent résolument dans la direction retenue. Parce qu'on ne peut engager, sur la base du plus faible dénominateur commun, une transition majeure mettant en cause les façons de faire, l'action publique exercera nécessairement une tension auprès du milieu. Il reste à savoir jusqu'où cette ligne de tension peut être poussée sans être rompue. La connaissance du milieu et une communication directe et franche avec les acteurs sont des guides précieux, mais une vision stratégique, prenant en compte la direction générale, les objectifs particuliers, les ressources disponibles, l'étalement des actions particulières et l'évaluation des résultats, possède de grands avantages pour clarifier les intentions, élaborer la politique d'intervention et définir les actions à entreprendre.


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