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Résumé exécutif

Cette étude de faisabilité s'inscrit dans le processus d'élaboration de la politique du Fonds FCAR qui manifeste la volonté de modifier son intervention en matière de soutien à la diffusion des résultats de la recherche en mettant à profit les technologies de l'information et de la communication. Un parcours des projets et centres de publication et de diffusion électroniques de revues savantes connus internationalement, ainsi que les récents développement des technologies du texte ont permis d'étayer la sélection des standards internationaux et de valider les choix technologiques et les procédures privilégiées.

Définir la vocation d'un portail de publication et de diffusion électroniques de revues ne doit entamer en rien l'autonomie éditoriale, ni l'indépendance administrative et la personnalité intellectuelle et physique dont s'est dotée une revue. En raison de la dispersion organisationnelle et institutionnelle des revues, le défi de l'électronique peut conduire à confirmer ou pousser encore plus loin le morcellement du mode de fonctionnement des revues et, de ce fait, à élaborer des solutions pour l'électronique sur une base individuelle et tenant compte des ressources limitées dont chacune dispose. Les solutions que l'on peut préconiser dans ce cas peuvent difficilement contribuer à un traitement de publication, de conservation et de diffusion en adéquation avec la vocation des revues savantes et avec la nature des documents publiés.

Le défi de la publication électronique peut être vu comme une occasion importante à exploiter, non seulement pour améliorer ses conditions de diffusion, mais aussi pour repenser la revue et le mode de formalisation et de communication de recherche. Le défi consiste à s'approprier les technologies de l'information afin de les mettre au service de la publication scientifique. En même temps, le chercheur et la revue savante doivent participer pleinement au renouvellement des conditions d'élaboration et de transmission des contenus, par lesquels ils communiquent les résultats de recherche.

L'architecture proposée pour le portail tient compte d'une diversité de services liés aux différentes formes d'expression de la communication savante. Premièrement, le portail s'appuie sur les revues qui devraient constituer une première zone. À ce premier noyau, une deuxième zone, comportant une collection de prépublications, pourrait se greffer. Les autres types de documents relevant de la littérature grise constituerait la troisième zone de ce portail. Sachant que ces différentes formes d'expression des résultats de la recherche répondent à des contraintes qui ne sont pas du même ordre, il importe de bien tracer les contours et les traitements qu'ils appellent. Ces distinctions permettent de définir des zones nettement identifiables avec leur cohérence propre, mais composant dans l'ensemble une collection riche et diversifiée.

Ajoutés à ces trois zones, des outils de diffusion, tel un outil de recherche performant, devront permettre d'exploiter de façon efficace les collections, en cherchant par différents critères de recherche à travers les documents des trois zones du portail. De plus, l'objectif de la diffusion sur le Web étant de porter les résultats de la recherche québécoise dans les créneaux de diffusion internationaux, des mécanismes et des protocoles assurant l'interopérabilité entre les différents portails de diffusion de revues savantes et de prépublications devront relier les collections du portail québécois à d'autres collections d'importance.

La technologie proposée pour le portail en ce qui a trait à la production des revues savantes a déjà fait ses preuves et est utilisée par plusieurs éditeurs sans but lucratif et commerciaux. Nous proposons une chaîne de traitement basée sur la norme XML, ce qui permet la fabrication des versions papier et électronique à partir d'un même processus. Des métadonnées (description de l'article : auteur, titre, résumé, volume, numéro…) devraient être générées automatiquement à partir de la chaîne de traitement. Un fichier Postscript, un fichier PDF ou un prêt-à-photographier seront préparés pour l'impression de la revue.

Le portail devrait offrir un service d'intermédiaire entre la revue et les entreprises de numérisation en plus de créer les métadonnées des articles et ainsi permettre aux utilisateurs de chercher par un même outil de recherche à travers les collections courante et rétrospective d'une revue.

En plus des services de production, le portail devra créer et maintenir une infrastructure permettant la diffusion des résultats de la recherche. Ces services doivent toucher la diffusion par le portail même tout autant que l'accessibilité et le repérage du contenu informationnel du portail dans les bases de données importantes, qui dépouillent le contenu des périodiques dans le domaine des sciences humaines et sociales. Finalement, le portail permettra de mettre en lien ses propres collections avec celles d'autres portails de revues savantes et d'autres types de documents universitaires.

La conservation et l'archivage du patrimoine culturel des revues sont au cœur du projet de portail. Cette tâche devra être menée à bien en utilisant les meilleures pratiques en la matière. En premier lieu, le site d'hébergement devra offrir des assurances de sécurité à la fine pointe des technologies disponibles. Le portail devra s'assurer de la redondance des données en collaboration avec des partenaires choisis et répartis géographiquement (autres portails, bibliothèques nationales du Canada et du Québec). Le portail devra poursuivre une veille technologique en matière d'intégrité et d'authenticité des textes électroniques. Notamment, les travaux des groupes de travail du W3C sur la signature numérique et les métadonnées devront être suivis.

Pour assurer une viabilité économique, le portail doit proposer une vision d'affaires réaliste et applicable. En raison de sa responsabilité à l'égard de tiers - revues et institutions auxquelles le service est offert, ainsi qu'usagers et clients du portail -, il doit pouvoir se constituer en entité institutionnelle et légale. Cet organisme devrait être une institution sans but lucratif qui repose, autant que possible, sur un partenariat entre diverses composantes du milieu universitaire ; il serait souhaitable que ces partenaires aient déjà un engagement dans la publication des revues. Le cadre institutionnel devrait retenir la formule coopérative et témoigner de la propriété du milieu universitaire.

L'organisme serait dirigé par un conseil d'administration regroupant les partenaires qui se sont engagés dans le projet. Il faudra considérer la mise en place d'un comité " des clientèles " qui réunirait les revues desservies par le portail et des représentants des principaux utilisateurs du portail, comme les bibliothèques ou centres de recherche, et, le cas échéant, des bailleurs de fonds.

Les partenaires auraient une responsabilité professionnelle (qualité de service, stabilité et atteinte des objectifs) et financière dans la réalisation du plan d'affaires. Les contributions financières pour soutenir le portail pourraient être de plusieurs ordres. Les coûts d'implantation du portail devraient faire l'objet d'une subvention spéciale. Les services de production technique aux revues devraient être facturés sur une base d'autofinancement et soutenus par la politique de financement public des revues. Les coûts d'exploitation de la structure de diffusion du portail seraient assurés par les pouvoirs publics en association avec les partenaires.

Dans le but d'utiliser au mieux les compétences existantes et d'offrir un service proche des aires géographiques des directions de revue, l'architecture organisationnelle du portail devrait prévoir, d'une part, une structure de production distribuée avec un lieu de production à Québec et un à Montréal et, d'autre part, un portail de diffusion unique qui voit à l'ensemble des responsabilités de rayonnement et de visibilité des revues sur le Web.

L'organisme devrait être reconnu par le ministère de l'Éducation, par le ministère de la Recherche, de la Science et de la Technologie, et par le ministère de l'Industrie et du Commerce.

Un aperçu des coûts de démarrage du portail chiffre l'investissement selon deux scénarios, le premier représentant un investissement de 347 000$ et le deuxième de 233 000$. La différence entre les deux scénarios se justifie entre autres, par des questions de choix d'équipement. Les choix techniques sont invariablement faits en fonction d'un cadre institutionnel, des ressources dont on dispose pour la réalisation du projet et de l'expertise de l'équipe chargée de la mise en œuvre. Toutefois, nous soulignons l'importance de faire le choix d'équipement et de technologies de qualité pour le développement à long terme du portail. Il ne faut pas ici sous-estimer les possibilités d'acquisition en collaboration entre les différentes institutions et agences concernées par la diffusion des résultats de la recherche.

Le total des dépenses de fonctionnement du portail avant la gestion des abonnements d'élève à 344 000$ par année. De cette somme, 182 000$ représentent les coûts de production techniques qui seraient assumés par les revues à même leurs subventions, éventuellement ajustées, qu'elles obtiennent. La différence, soit 162 000$, serait ainsi dédiée à la diffusion.

Deux scénarios sont proposés pour le financement du portail. Le premier propose de faire des revues savantes québécoises un bien public, donc diffusées gratuitement en version électronique sur le Web. C'est certainement la voie qui offre les meilleures conditions pour valoriser la publication électronique et pour échapper aux règles de la commercialisation, auxquelles on note peu d'attachement de la part des éditeurs de revues. Le financement de la gratuité serait assuré d'une part, par le paiement des coûts de production technique par les revues à même leurs subventions, et d'autre part, sur une subvention à la diffusion qui serait accordée au portail. Ce scénario ne nécessite pas la mise en place d'un système de gestion des accès au serveur, pas plus d'un service de gestion des abonnements électroniques.

Le deuxième scénario est celui de l'accès payant. Ici encore, la production technique des différentes versions doit être assumée par les revues. Toutefois, il nous faudrait augmenter les revenus pour permettre de financer le système de diffusion. Compte tenu de la situation financière des revues québécoises, on peut difficilement penser à une solution qui ferait en sorte que leurs revenus en seraient diminués. S'appuyant sur des expériences diverses, les pratiques se situent autour d'une augmentation de 30% des tarifs d'abonnement reliée à l'accès à la version électronique des revues. Notons que la moyenne des tarifs d'abonnements aux revues québécoises est de 60$, l'augmentation serait donc négligeable. En estimant que 90% des bibliothèques abonnées présentement aux revues s'abonneraient à la version électronique, le portail devrait tout de même s'appuyer sur d'autres sources de financement pour combler le manque à gagner.

On ne peut minimiser l'importance et la signification des transformations que suppose la transition vers la publication électronique pour les revues savantes. Fort heureusement, cette transition est supportée par des changements qui s'opèrent dans l'environnement général de la recherche et du milieu universitaire. Il s'agit d'une tendance lourde favorable aux actions à entreprendre dans les diverses sociétés. Pour une institution publique qui veut susciter ce mouvement dans une société particulière, il importe d'impulser cette transition sur un mode pro-actif, sans pour autant céder à la tentation volontariste. La politique de la table rase est mal avisée. Il convient plutôt, partant d'une bonne connaissance du milieu visé, de fixer des objectifs définis et spécifiques, qui pointent résolument dans la direction retenue. Parce qu'on ne peut engager, sur la base du plus petit dénominateur commun, une transition majeure mettant en cause les façons de faire, l'action publique exercera nécessairement une tension auprès du milieu. Il reste à savoir jusqu'où cette ligne de tension peut être poussée sans être rompue. La connaissance du milieu et une communication directe et franche avec les acteurs sont des guides précieux, mais une vision stratégique, prenant en compte la direction générale, les objectifs particuliers, les ressources disponibles, l'étalement des actions particulières et l'évaluation des résultats, possède de grands avantages pour clarifier les intentions, élaborer la politique d'intervention et définir les actions à entreprendre.

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