1. Les pouvoirs publics, et plus particulièrement les organismes mandatés pour développer la recherche comme le Fonds FCAR, se doivent de soutenir, de façon générale, la numérisation des revues savantes et, en particulier, la transition des revues actuelles vers une publication et une diffusion électroniques. Il en va de la maîtrise des technologies de l'information dans l'exploitation des résultats de recherche, de la compétitivité des réseaux de recherche au Québec, du repérage et de la diffusion des travaux de recherche véhiculés par les institutions québécoises que sont les revues, et de la conservation et de l'archivage, en vertu des normes actuelles, de la documentation universitaire qui se présente sous forme d'article.
2. Dans ses principes et sa conception générale, tout programme de soutien doit prendre en compte que le processus d'appropriation de la publication électronique ira, dans de nombreux cas et pour une période indéterminée, de pair avec le maintien du support papier, simultanément à la diffusion électronique. Le volontarisme en la matière ne semble pas de bon aloi.
Cependant, il est approprié d'impulser une direction qui va dans le sens d'une transition, en fixant des objectifs et en évaluant les progrès réalisés par les directions de revue au cours des prochaines années. La durée du maintien du support papier sera conditionnée par de nombreux facteurs liés à l'ensemble des intervenants (individus avec différents statuts et institutions de diffusion ou de reconnaissance professionnelle). Que cette durée soit prolongée ou non, ce qui importe, c'est qu'à un moment charnière, l'imprimé soit considéré comme un sous-produit de l'électronique, et donc comme une version seconde (par les auteurs, les éditeurs, es diffuseurs et même les lecteurs), et non plus comme le cadre de conception et de référence lors de la rédaction et de l'édition. À ce moment, la version papier apparaîtra comme un document moins riche que la version électronique. Cette situation contribuera au point de rupture favorisant la primauté de l'électronique.
3. Un programme de subvention devrait s'adresser aux revues indifféremment de leur support. La distinction des revues en fonction de leur support (électronique ou papier) est en voie de perdre sa pertinence, du moins au regard des revues établies et déjà financées par le Fonds FCAR, qui s'engagent dans la transition vers l'électronique.
Par ailleurs, les revues électroniques récentes devraient devoir justifier leur demande de fonds en se référant, pour l'essentiel, aux mêmes critères d'évaluation que les revues imprimées. Cette démarche est aussi celle du Comité d'étude sur les nouvelles technologies de l'information qui remettait son rapport au début de 1997 au Fonds FCAR. Un effort d'adaptation des critères avait été présenté, lorsque cela avait été jugé nécessaire.
On pourrait citer plusieurs arguments soutenant cette position. Contentons-nous de souligner que, dans un contexte de rareté de ressources, il serait inapproprié de compromettre le financement et l'existence de revues imprimées qui ont rempli leur rôle d'institution dans la communauté, en raison d'appuis à de nouvelles initiatives motivées principalement par l'attrait de la nouveauté -- surtout si une politique conséquente est mise en place pour favoriser la transition des revues imprimées vers l'électronique. Le soutien à la transition de revues établies facilite, par ailleurs, la reconnaissance institutionnelle et la légitimité des publications électroniques, qu'elles soient ou non accompagnées d'une version imprimée.
4. Il est approprié, parallèlement, de favoriser la conception d'un nouveau modèle pour la revue savante et non une simple transposition du papier à l'écran. De même, les choix technologiques devraient être adéquats de manière à assurer la pérennité de la documentation dans un contexte de documentation numérisée.
Le choix des formats électroniques doit refléter et rendre compte de la qualité, des caractéristiques, de l'usage et de la « durée de vie utile » des articles publiés dans les revues savantes. Pour la production des textes, le document structuré (SGML/XML) offre les meilleures caractéristiques et permet de dériver des formats de diffusion adaptés aux besoins des lectorats. Cette option devrait être privilégiée, d'autant plus que, outre sa flexibilité et son adaptabilité dans un environnement en constante évolution, elle répond très bien au défi de la conservation à long terme, ce qui s'impose dans le monde de l'édition scientifique.
Le Fonds FCAR serait bien avisé de donner des indications claires sur ses attentes concernant la qualité et les conditions de cette transition vers l'électronique, en reliant le soutien à cette transition à des choix qui répondent aux besoins des revues, en termes de norme de publication, de structure de diffusion et de conditions de conservation et d'archivage.
5. L'action du Fonds FCAR devrait encourager la consolidation des ressources et des expertises, afin de rendre accessibles pour les revues les meilleurs standards de publication et de diffusion électroniques. Sa politique devrait induire un regroupement des infrastructures pour la publication et encourager la constitution de réseaux pour assurer la meilleure diffusion électronique et papier.
En plus des moyens d'une diffusion accrue, les réseaux de diffusion sont en mesure de se doter de moyens permettant de percevoir des revenus de la consultation de la version électronique de la revue, ce qui s'avère un enjeu d'importance pour le financement à court et à moyen terme des revues savantes.
Ces regroupements et réseaux, pouvant prendre la forme de Centre de services, devraient être en accord avec les intérêts et la raison d'être de la communauté scientifique, avec la conception privilégiée de l'édition électronique et papier pour la documentation scientifique, avec les normes enrichies de production, de diffusion et d'archivage électronique et, de préférence, se situer dans un environnement sans but lucratif. Compte tenu de l'évolution enregistrée dans le milieu des revues une structure semblable pourrait fournir des services aussi bien pour la version imprimée que pour la version électronique de la revue.