Le projet pilote pour l'édition de revues électroniques a été confié aux Presses de l'Université de Montréal par décision du Conseil d'administration du Fonds FCAR à la fin novembre 1997. Le projet a été mis en oeuvre à la fin janvier 1998 et a duré un an comme prévu. Il consistait à publier électroniquement et à diffuser les numéros de cinq revues au cours de l'année courante. Au terme de l'année, tous les numéros avaient été publiés, mis en ligne et diffusés sur le site Web (<URL : http://www.erudit.org >) portant le nom du projet, soit Érudit.[ 1 ]
Il appartenait au Fonds FCAR de sélectionner les revues qui participeraient au projet pilote. Un concours a été lancé afin de solliciter les candidatures et de retenir celles qui se qualifiaient le mieux en fonction des critères retenus. Le comité de sélection a choisi cinq revues (Géographie physique et Quaternaire, Loisir & Société, Meta, Relations industrielles, Revue d'histoire de l'Amérique française) et, dans sa sagesse, a identifié une sixième revue (Sociologie et Sociétés) pour faire face à un éventuel désistement. L'équipe des publications électroniques des Presses de l'Université de Montréal a travaillé étroitement avec toutes les revues sélectionnées. Une formation a été donnée aux secrétariats des revues pour lesquelles les Presses n'agissaient pas comme éditeur. Dans ce projet, en effet, les Presses ont développé la « structure » Érudit, afin que cette dernière fournisse les services de publication et de diffusion aux revues, sans que les Presses n'interviennent dans le travail d'édition. Cette distinction est exposée plus précisément dans les pages qui suivent, mais disons tout de suite qu'elle a permis d'établir de très bons rapports avec les revues extérieures aux Presses. Nous avons regretté cependant qu'en dépit de la volonté de sa direction, la revue Loisir & Société ait dû se retirer à la fin de l'été 1998, en raison des réserves majeures de leur éditeur, les Presses de l'Université du Québec. La sixième revue sélectionnée s'est de ce fait jointe au projet, à la rentrée d'automne 1998, et ses deux numéros réguliers ont été publiés.
Tout au cours de l'année, les revues continuaient la publication de leurs numéros en version imprimée, selon la procédure normale. En parallèle, le projet Érudit se chargeait de publier électroniquement la revue, en préparant aussi une mise en page identique à la version imprimée. Le but visé était de démontrer la capacité de la chaîne de traitement électronique de produire divers formats électroniques et une version imprimée de haut niveau professionnel ; en ce sens, la chaîne de traitement électronique devant, à terme, se substituer à la chaîne de traitement conventionnelle pour le papier, il importait de démontrer que cette unicité de la chaîne de traitement n'imposait pas de compromis, y compris pour le support papier.
L'objectif principal du projet pilote consistait à obtenir des recommandations ou des réponses à certaines interrogations, afin que le Fonds FCAR puisse offrir « un soutien efficace et cohérent aux revues électroniques dans le cadre [du] prochain concours destiné aux revues scientifiques. [ 2 ] Depuis le temps où ces lignes ont été écrites, le Fonds FCAR a informé les directions des revues savantes que le concours prévu pour l'automne 1999 était reporté d'un an, afin de tirer profit du rapport déposé par les Presses de l'Université de Montréal pour conclure le projet pilote. De plus, dans le document de réflexion, soumis cet hiver 1999 par le Fonds FCAR à la communauté universitaire, il était indiqué, au sujet du programme de soutien aux revues universitaires, que l'on entendait « examiner la pertinence » du programme.
L'action concernant le projet pilote, posée à l'initiative du Fonds FCAR, s'inscrivait dans la durée, tout en privilégiant des normes de qualité. C'est ainsi que l'on notait, au moment du coup d'envoi du projet, que « ce projet permettra à cinq de nos meilleures revues, intéressées à l'édition électronique, de bénéficier d'une expertise développée au Québec. » Et, on enchaînait : « Ainsi, il leur sera permis de créer une structure stable tout en s'assurant d'un certain standard de qualité, tant dans l'édition électronique que dans la diffusion. »[ 3 ] Ces deux dimensions sont présentes dans le rapport et se situent dans le sillage des expériences poursuivies récemment par plusieurs presses universitaires et sociétés savantes aux États-Unis.
Le rapport se veut une réponse, ou à tout le moins une discussion approfondie, aux principales questions et aux enjeux soulevés par le Comité d'étude sur les nouvelles technologies de l'information, qui a déposé son rapport au début de l'année 1997. L'équipe des Presses de l'Université de Montréal a aussi bénéficié, en plus de l'expérience acquise au cours de la réalisation du projet, des discussions et avis qui ont émergé des rencontres du Comité aviseur, qui s'est réuni à quatre occasions en cours d'année.[ 4 ]
Pour les Presses de l'Université de Montréal, la réalisation du projet s'inscrit dans la foulée d'un engagement dans le domaine des publications électroniques. Il est utile de rappeler rapidement les principaux jalons qui ont marqué cet engagement et qui guident toujours son activité.
En 1997, les Presses ont été chargées par Industrie Canada de concevoir et de développer le prototype d'une chaîne de publication et de diffusion électroniques de revues savantes. Au cours de l'année 1998, les Presses se sont vu confier par le Fonds FCAR la mise en oeuvre de cette chaîne de traitement pour la publication en série de toutes les parutions de cinq revues au cours d'une année. Le Centre de services Érudit a alors été mis sur pied. Au cours de l'année 1999, les Presses collaborent avec deux presses universitaires canadiennes : Wilfrid Laurier University Press et University of Toronto Press, afin de développer une structure d'édition électronique des revues en réseau. Ce projet est soutenu par le CRSH avec la collaboration d'Industrie Canada.
Les Presses, de concert avec le ministère de la Culture et de la Communication de France, ont travaillé au début de l'année de1999 à l'élaboration de modèles de publication de littérature grise et de diffusion sur le Web et par cédérom. Depuis, il a été entendu qu'elles seront les producteurs d'une nouvelle revue électronique en architecture, parrainée par le CNRS et le ministère de la Culture et de la Communication français.
Par ailleurs, de septembre 1998 à février 1999, les Presses, en collaboration avec le Service des bibliothèques et la Faculté des études supérieures de l'Université de Montréal, ont développé un prototype de publication électronique des thèses de doctorat (<URL : http://www.pum.umontreal.ca/theses/ >). Avec le soutien du Fonds francophone des inforoutes, les Presses développeront avec l'Université Lumières-Lyon 2 une structure de publication des thèses et d'autres corpus de recherche.
Concurremment, les responsables et membres de l'équipe des Presses ont été invités, par des présentations, conférences, communications, articles, etc., à livrer leurs analyses, réflexions et états des travaux dans des forums très variés, qu'il s'agisse de réunions professionnelles, de colloques universitaires, de rencontres avec des administrateurs publics ou de séances de formation professionnelle continue. Ces forums ont été tenus au Québec, au Canada et en France. Relevons, pour ce printemps 1999, une présentation circonstanciée au ministère de la Culture en France, deux communications à l'ACFAS, deux communications au Congrès des Sociétés savantes, deux articles dans une revue spécialisée, un article en préparation, deux conférences, la nomination du directeur scientifique des Presses, à titre de membre, au Comité scientifique du Programme de numérisation Enseignement et Recherche en France, etc. Il s'agit de signes d'une reconnaissance de la valeur et de la qualité des travaux à la fois conceptuels, techniques et pratiques menés par notre équipe.
Dans le présent rapport, nous cherchons à cerner les principaux enjeux, à développer une problématique d'ensemble et à exposer le processus de publication et de diffusion, tout en dégageant certaines hypothèses concernant les façons de faire pour l'avenir. Le rapport est composé de cinq chapitres. Le premier soulève, à un niveau plus général, les principaux enjeux concernant les publications électroniques et puise volontairement dans une documentation qui a pour cadre de référence principal les États-Unis. Le deuxième aborde la situation des revues savantes au Québec et traite des perspectives de transition vers la publication et la diffusion électroniques, tout en mettant en relief les dimensions organisationnelles de la question. Le troisième se penche davantage sur les normes et caractéristiques de la publication, de la diffusion et de la conservation électroniques de la documentation universitaire. Le quatrième s'applique à exposer la chaîne de traitement mise en place avec Érudit, et souligne les procédures et contraintes dans les échanges avec les revues. Enfin, le cinquième chapitre passe rapidement en revue la question des formes de sécurité électronique et présente l'expérience des Presses dans la signature électronique des articles. Pour conclure, nous présentons une série de recommandations qui découlent du traitement des enjeux et de la problématique qui lie l'ensemble du rapport.
1. À noter que le nom du projet, entre son dépôt et l'octroi de la subvention, avait changé d'Iris à Érudit, le premier sigle étant déjà largement utilisé dans des contextes apparentés.
2. Projet pilote pour l'édition de revues électroniques. Cahier des charges, Doc. 97-CA-112-11, p. 1.
3. Ibid.
4. La liste des membres du Comité aviseur apparaît en annexe.