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301.Plus d’information
Cet article propose une lecture de Louis-Ferdinand Céline éclairée par le concept de « trolling ». Le trolling est un phénomène relativement nouveau désignant la pratique visant à susciter de fortes réactions négatives chez autrui par la provocation ou l’incitation. Indissociable des plateformes numériques qui lui ont donné naissance, le trolling repose sur certains dispositifs rhétoriques facilement identifiables : ironie, autoréférence, impertinence, agression, etc. Les trolls visent à cultiver une réputation fondée sur l’hostilité qu’ils se délectent à provoquer. Je voudrais suggérer que Céline a adopté une stratégie similaire dans la période d’après-guerre, et plus précisément dans la série d’entretiens qu’il a accordé à quelques journalistes dans sa maison de Meudon, juste avant sa mort. Alors que certains affirment que Céline, en se repentant, essayait de regagner la sympathie du public après sa condamnation pour avoir publié trois pamphlets furieusement antisémites, je propose que sa véritable intention était d’instrumentaliser sa notoriété pour son propre avantage, car, pensait-il, une part de son lectorat s’intéressait à lui, non pas en dépit de, mais pour son infamie. Mon analyse mobilise un ensemble d’études récemment publiées portant sur l’humour, les nouveaux médias et l’extrême droite.
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304.Plus d’information
Revendiquant une filiation avec les compositeurs de l'âge d'or hollywoodien et faisant valoir des conceptions relativement similaires quant à la place et au rôle de la musique au sein du film, John Williams est souvent représenté dans la littérature spécialisée comme l'héritier direct des pionniers du symphonisme.Tandis que les études des partitions de Williams restent souvent focalisées sur le synchronisme, il apparaît au contraire intéressant d'analyser les procédés de mise à distance entre la musique et l'image. Cette étude de la musique composée pour Jurassic Park, laquelle n'a encore fait l'objet d'aucune recherche musicologique véritablement approfondie, interroge l'apport et la singularité de Williams au regard des pratiques antérieures de la dissociation musique/images. Cette approche permet aussi de faire ressortir les lacunes du discours dominant sur un compositeur contemporain.En effet, une analyse méticuleuse de la partition de Jurassic Park permet de mettre au jour un hiatus entre ce discours dominant et la pratique effective du compositeur. Williams ne se contente pas de reprendre les types de décalage musique/images employés par les pionniers du symphonisme, mais élargit les procédés et réévalue leur utilisation. En outre, certains modes de dissociation apparaissent comme spécifiques au compositeur. Dans plusieurs scènes, Williams renforce la discontinuité du montage afin de mettre en valeur un changement dramatique soudain. Une distance musicale est aussi créée par rapport aux dialogues, aux réactions des personnages et aux références visuelles. Se démarquant du 100 pour cent musical, la partition accorde une place importante au silence, la musique étant absente aux moments dont l'accompagnement est traditionnellement convenu. Enfin, s'écartant des pratiques du symphonisme hollywoodien, Williams se livre à un traitement relativement inattendu et personnel de la mort, tandis que sa musique nuance la perception d'un happy end en nimbant les derniers plans d'un voile triste et mélancolique.
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305.Plus d’information
Ki Gendeng : un sorcier en politique. Réflexions sur les dimensions occultes de l'espace public en Indonésie Romain BertrandL'article analyse l'existence dans l'Indonésie contemporaine, en particulier dans l'Est et le centre de Java, de croyances politiques populaires, selon lesquelles la vie sociale « visible » se double d'un « monde invisible » où de puissantes forces sont capables tout à la fois d'aider ou de faire obstacle aux activités humaines. En ce qui concerne la légitimité politique, locale ou nationale, la publicité donnée à ses relations avec de tels pouvoirs occultes peut servir à discréditer ou, au contraire, à rehausser le prestige d'un homme politique. La première partie traite des utilisations positives du langage de la magie. Des politiciens célèbres en Indonésie font appel à des experts du paranormal et accomplissent des rituels magiques dans le but de justifier leur droit à gouverner. Les deuxième et troisième parties s'attachent aux aspects négatifs ou illégitimes de l'usage de la magie (noire) et des dispositifs du pouvoir spirituel. Les rumeurs sur ses liens avec des créatures diaboliques peuvent aboutir à mettre fin à la carrière d'un politicien arrogant (c'est le cas de Ki Gendeng). La peur de la sorcellerie a aussi à voir avec la manière dont les villageois réorganisent leur univers de représentations dans des périodes de troubles, en se débarrassant de ceux qui sont en dehors des hiérarchies sociales locales (les migrants, les vagabonds, les fous). L'étude des « dimensions secrètes » permet ainsi de donner sens aux explosions de violence et aux protestations qui se manifestent actuellement à Java.
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306.Plus d’information
Mots-clés : multimodality, literacy, semiotics, meaning-making, drawing and play
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307.Plus d’information
Les imageries ambiantes qui dessinent la féminité, la femme belle, mince, sexy ou maternante des magazines de mode, des spots publicitaires, des séries télévisées, etc., empêchent de penser conjointement le mortifère et l’efféminé, la mort et le féminin, contrairement à celles de la virilité. Si elles permettent aux sociétés modernes d’offrir à leurs membres une vision du monde pacifiée et ordonnée pour les rassurer dans leur sentiment d’être, ces imageries hédonistes axées sur la retenue du corps imposent en revanche d’immenses sacrifices au féminin radicalement inscrit dans le «procès d’effémination» de ses apparences et de ses conduites afin d’authentifier socialement son identité de genre, l’adolescente.
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308.Plus d’information
Partant de la définition du jeu de Johan Huizinga et de la taxinomie de Roger Caillois, cet article examine les relations entre le jeu, la fiction et le récit. La dimension ludique de la fiction tient dans le fait qu'elle repose sur un acte de faire semblant. Inversement, un jeu possède une dimension fictionnelle quand son terrain représente un monde et quand les actions du joueur, au lieu de suivre des règles abstraites et conventionnelles, imitent des actions concrètes dont le but répond à des intérêts authentiquement humains. Caillois pensait que la fiction est incompatible avec les jeux de type ludus, basés sur les règles et la compétition, mais les jeux vidéo, ainsi que les diverses tentatives, dès le XVIIe siècle, d'associer le jeu de l'oie à des thèmes narratifs démentissent son opinion. La réconciliation du jeu et de l'histoire ne se réalisera toutefois pleinement que lorsque deux conditions seront remplies : 1. le joueur sera motivé par l'intérêt pris à l'histoire; 2. le joueur construira l'histoire par ses actions, et chaque fois qu'il jouera, il produira une nouvelle histoire.
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310.