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701.Plus d’information
Dans toute mise en valeur de régions sises au-delà de l'écoumène, où les accidents géographiques portent peu de noms, il est de nécessité de compléter la choronymie à peine commencée. Des régionymes bien établis, tels Charlevoix, Gaspésie et Mauricie, ou de création relativement récente, tels Estrie, Minganie et Hudsonie, côtoient d'autres régionymes qui viennent à peine d'être proposés, tels Sagamie (de Saguenay et Piécouagami, ou lac Saint-Jean) et Jamésie. Ce dernier nom s'appliquerait aux basses-terres adjacentes à la baie de James, et pour cause; l'adjectif serait jamésien(ne). En 1967, le régionyme Radissonie a été donné au territoire couvrant la baie de James, ses îles et son pourtour jusqu'à la ligne de partage des eaux; le mot s'applique ainsi à une grande portion du Québec, de l'Ontario et du Manitoba. La Jamésie ne recouvrirait donc que la partie centrale de ce vaste ensemble, tandis que l'équivalent québécois correspondrait surtout aux plaines d'argile jadis mises en place au sein des eaux post-glaciaires de la mer de Tyrrell, comme à la moitié orientale de la baie elle-même. Elle s'étendrait du nord de l'Abitibi à la pointe de Louis-XIV, là où débute la mer d'Hudson; vers l'est ou l'intérieur des terres, elle se terminerait au réservoir Boyd-Sakami récemment créé, ou coïnciderait en gros avec la route qui va de Matagami à LG 2.
Mots-clés : Toponymie, noms de lieu, néorégionymes, baie de James, Jamésie, Canada, Toponymy, place names, neoregionyms, James Bay, Jamesia, Canada
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702.Plus d’information
Paris est, avec peut-être New York comme seul rival, un des « personnages » les plus illustres de l'histoire du cinéma. Des « vues Lumière » jusqu'aux pérégrinations des héros de la Nouvelle Vague, de la psychogéographie de Debord aux cartographies affectives de Rohmer, en passant par les Paris vu par (1965, 1985) et autres Paris je t'aime (2006), peu de villes ont été autant filmées, et peu de villes ont eu autant d'influence sur l'imaginaire cinématographique. Il est notamment fascinant de constater la migration de cet imaginaire au sein des cinématographies asiatiques contemporaines. Cet article se penche sur le film Night and Day (2008) de Hong Sang-soo, tourné principalement dans le XIVe arrondissement à Paris, seul film de ce cinéaste sud-coréen à avoir été réalisé à l'extérieur de son pays. Le cinéma de Hong Sang-soo tourne autour d'un périmètre très limité et obsessif de lieux (cafés, bars, appartements), de quartiers et de situations (beuveries, triangles amoureux, vacances). Night and Day, avec le XIVe arrondissement comme toile de fond, en offre une énième variation, délocalisée, certes, mais totalement marquée par la présence du familier. Plutôt que d'être une expérience de la ville fondée sur le choc des cultures ou la rencontre avec l'autre, Night and Day propose un regard tout à fait décomplexé sur Paris, attentif aux « choses vues » les plus triviales, et marqué par un attachement aux lieux ordinaires, au commun, au quotidien, aux parcours du héros (qui n'y rencontre, à peu de choses près, que des Coréens). Par ailleurs, comme pour Tsai Ming-liang (Et là-bas, quelle heure est-il ? [2001], Visage [2009]) ou Hou Hsiao-hsien (Le Voyage du ballon rouge, 2007), l'appropriation de Paris est indissociable d'une culture cinéphilique (en l'occurrence, dans le cas de Hong Sang-soo, du cinéma de Rohmer). Il s'agira donc d'essayer de décrire les modes d'appropriation de l'espace de la ville dans ce film, et l'imaginaire culturel par lequel ils transitent.
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703.Plus d’information
L'objet de cet article est de montrer comment les voyages de Louis-Albert Bourgault-Ducoudray en Grèce en 1874 et 1875 ont été le point de départ d'une réflexion sur le style classique en musique, et d'articuler les éléments constitutifs de la méthode du compositeur-historien, dont le projet est de renouveler la musique contemporaine au contact des sources antiques. Ce projet ancré dans l'idée d'un hellénisme universel est forgé d'abord en Grèce. Bourgault-Ducoudray, prix de Rome en 1861, se livre à des études ethnographiques et il croit découvrir un héritage modal et rythmique conservé dans les chants traditionnels grecs, qu'il repère aussi dans le bassin méditerranéen et en France. S'appuyant sur l'idéologie de l'hellénisme, entretenant un rapport ambivalent avec l'académisme, il définit à partir de 1878 un canon classique et un corpus de musiciens classiques français dans une approche similaire à celle de Taine dans Philosophie de l'art en Grèce (1869). Comparé à Romain Rolland et Guido Adler, Bourgault-Ducoudray promeut au Conservatoire de Paris un style classique national dont les caractéristiques préfigurent celles du « néoclassicisme » des années 1920.
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705.Plus d’information
Gaétan Gervais sonde les fondements historiques de la fameuse « école mère » du fort Frontenac (aujourd'hui Kingston). Cette institution, que Cavelier de la Salle y aurait fait construire, en 1676 ou 1678, pour l'instruction de la population qui y séjournait et confiée aux récollets, aurait été le premier établissement d'enseignement de l'Ontario. Analysant tour à tour les caractéristiques qu'on supposait à cette petite école et les arguments avancés par Arthur Godbout, qui se fit le principal diffuseur de cette thèse, il en trouve les sources chez trois historiens de la fin du xixe et du début du xxe siècle (Louis Le Jeune, Camille de Rochemonteix et Benjamin Sulte) et la reconnaissance officielle par trois groupes de chercheurs de la mouvance pédagogique qui tous, à une exception près, ont accepté cette hypothèse sans sourciller (historiens, chercheurs et pédagogues) et l'ont colportée, jusqu'à tout récemment, en amplifiant même le « fait ». Après avoir aussi noté les « lourds silences » des groupes d'acteurs (militants, historiens, compilateurs et récollets) qui n'auraient pas manqué de relever une telle réalité, Gervais conclut qu'il n'y a jamais eu d'école au fort Frontenac et que cette thèse appartient au monde du mythe : elle s'accordait si bien aux revendications scolaires que défendait Godbout et qu'ont soutenues, après lui, d'autres chercheurs engagés, pourtant mieux outillés, que l'idée d'une remise en cause n'effleura aucun de ces militants.
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706.Plus d’information
Une question reste actuelle : un code, envisagé comme l'aboutissement ultime de la réflexion sur le droit en tant qu'objet de science, doit-il être un ensemble construit qui obéit à une logique à la fois pratique et préétablie, ou ne peut-il être qu'un ouvrage de compilation des sources normatives présentées sous un format compact et aisé pour la consultation ?Cette question reste toujours au fond des problématiques contemporaines de la codification et elle avait déjà été envisagée, presque dans les mêmes termes, à l'occasion de l'immense entreprise que devait constituer la consignation par écrit des normes du droit. Aussi, est-ce à un aperçu de la progression de cette réflexion que l'on invite le lecteur à travers quelques-unes des grandes étapes historiques de cette évolution.Le besoin ressenti de disposer d'un corpus offrant une mise à disposition aisée des normes juridiques donna idée à des praticiens, essentiellement des juges, de mettre par écrit les normes coutumières qu'ils devaient mettre en oeuvre dans leurs jugements dès la fin du XIIe siècle.Puis, de privée qu'elle était, cette initiative fut reprise à son compte par le pouvoir royal dès le milieu du XVe : le roi Charles VII prescrivait en effet la rédaction officielle des coutumes des différents pays du royaume.La mise à disposition de ces ensembles normatifs, dorénavant écrits et moins aléatoires, permit de passer à l'observation des normes envisagées maintenant pour elles-mêmes. Le droit devint ainsi un objet de science, suscitant tout un travail de comparaison, de recherche de la rationalité des règles et même, la formulation que pourrait bien présider à un ensemble assez disparate, une forme d'esprit commun. Cet esprit commun fut un des moteurs de la quête pour une unité juridique du royaume et la question de la confection de codes put alors être abordée. Un tel travail commença avec le règne de Louis XIV et fut partiellement continué sous les règnes de ses successeurs, mais il n'avait concerné que les lois du roi et non l'ensemble du droit coutumier.C'est avec la Révolution française que le principe de constituer un Code civil unique pour la nation fut posé; mais il ne devait déboucher qu'en 1804. Le nouveau Code s'inspirait de la tradition antérieure tout en intégrant les apports que lui avait fait subir le droit révolutionnaire. Ce Code, qui a deux siècles d'existence, voit régulièrement se poser la question de sa refonte qui est sans cesse reculée pour privilégier des refontes partielles. À cet égard, la Belle Province sut prendre le pari d'offir un nouveau Code civil en 1994 pour remplacer l'ancien de 1867. Par ailleurs, on voit se multiplier l'apparition de « codes » qui n'en sont guère dans la mesure où ils se bornent à opérer des compilations sans obéir à aucune logique d'organisation. L'idée de codification demeure avec des questions inchangées quant au fond pour savoir ce que doit être un code.Ce petit détour par l'histoire permet ainsi d'éclairer le contexte ancien de questions actuelles.
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707.
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709.Plus d’information
Un grand nombre de pièces du xviie siècle sont « encadrées » par des ornements parathéâtraux : prologues, épilogues, intermèdes et choeurs. Rarement représentés, ces encadrements sont pourtant des indices, laissés par les auteurs, qui nous fournissent des informations sur la pièce principale. En analysant les encadrements de George Dandin et de Cadmus et Hermione, nous illustrerons la façon dont ces ornements nous permettent de mieux comprendre non seulement les idées d'une pièce, mais aussi son style.
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710.Plus d’information
Une petite phrase à résonance politique se retrouve dans cinq textes datant de 1313 à 1359 : " Porchier mieus estre ameroie que Fauvel torchier " ( Kalila et Dimna, le Roman de Fauvel du BNF Ms. Fr. 146, le Confort d'ami et une complainte de Machaut, et " Griselda " du Décameron de Boccace). La circulation transtextuelle de la petite phrase révèle le monde de la chancellerie médiévale où se brassent la littérature et la politique et où on s'interroge sur le fondement moral du pouvoir. Elle dénonce l'abus de pouvoir, le mauvais conseiller, et la corruption de la cour en même temps qu'elle fige une parole fuyante qui éclaire toute une époque