Documents repérés
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2833.Plus d’information
RésumeÀ l'inverse de leurs prédécesseurs, qui n'y voyaient qu'accident de l'histoire, les sociologues Pierre Bourdieu et Nathalie Heinich ont accordé une importance majeure à la Bohème littéraire et artistique dans le processus de constitution d'un champ littéraire autonome, pour l'un, et d'un régime de singularité, pour l'autre. Mais n'ont-ils pas accrédité, ce faisant, une représentation de la Bohème qui prévalait déjà dans les histoires littéraires les plus traditionnelles ? Sous la plume des frères Goncourt, en 1857, on découvre une Bohème à la fonction et à l'aspect tout différents : la Bohème apparaît ici munie d'un pouvoir dévorant (et non plus sympathiquement marginale), vénale (et non plus amoureuse de sa pauvreté), bref symptomatique d'un mal littéraire moderne. Analysant ce portrait en regard de la posture des frères Goncourt et de leur idéologie d'une littérature pure, cet article interroge, au-delà, le statut des prises de position des acteurs en tant que documents sociologiques.
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2837.Plus d’information
RésuméLa politique sur l'alcool au Nouveau-Brunswick dans les années postérieures à 1945 a été controversée. Après la défaite politique de la prohibition, la province créa en 1927 des magasins d'alcool contrôlés par l'État, mais elle refusa pendant plus de trois décennies d'émettre des permis de vente d'alcool aux établissements publics. Les cercles de la Légion et les clubs privés jouissaient d'un statut quasi légal, mais pendant les années 1950, les travailleurs et les entrepreneurs durent exercer des pressions pour ouvrir des tavernes; ils bénéficiaient de l'appui moral de la classe moyenne, qui se montrait favorable à l'ouverture de bars et de restaurants avec permis d'alcool. Au cours des années 1960 et au début des années 1970, on légalisa l'accès à la boisson : les tavernes et les salles à manger purent obtenir unpermis d'alcool ; l'ivresse publique fut décriminalisée ; et l'âge légal de consommation d'alcool abaissé à 19 ans. La santé publique, le service social, des groupes de bénévoles et des associations juridiques firent pression sur le gouvernement pour qu'il établisse des programmes de prévention et de traitement qui partiraient du principe que l'alcoolisme est une maladie et qui s'éloigneraient de l'approche moralisatrice traditionnelle préconisée par le mouvement de la tempérance. En effet, vers 1975, le Nouveau-Brunswick avait ceci de commun avec les autres provinces canadiennes qu 'il tenait à ses citoyens deux discours contradictoires : d'une part, il leur disait que boire était un divertissement moderne, acceptable et à la mode ; d'autre part, il leur rappelait que l'alcoolisme entraînait d'énormes coûts sociaux et constituait l'un des problèmes d'accoutumance les plus répandus dans la société.
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2839.Plus d’information
La Revue du droit a été le plus important périodique de doctrine publié avant la Seconde Guerre mondiale à l'intention des avocats du Québec. Dans une étude précédente, Sylvio Normand a montré que ce périodique fut une manifestation de nationalisme juridique voué à la défense de la tradition civiliste du Québec. Le présent article veut montrer que La Revue du droit fut aussi l'instrument privilégié d'une croisade intégriste menée par une élite d'avocats catholiques contre le positivisme juridique libéral du début du siècle. Le périodique s'opposait à la séparation du droit et de la morale au nom d'une philosophie thomiste rigide. Refusant l'identification complète du droit et de l'État, la revue favorisait un pluralisme juridique du type théocratique. Peu après la disparition de La Revue du droit, le Barreau du Québec commençait la publication de La Revue du Barreau avec l'intention de favoriser une doctrine d'orientation plus professionnelle qui s'afficherait politiquement neutre. Bien qu'il s'agisse d'un tournant majeur dans l'histoire de la pensée juridique québécoise, cette évolution ne signifie pas que les idées défendues par La Revue du droit aient perdu toute importance. La philosophie thomiste et iantiétatisme purent, au contraire, continuer d'imprégner fortement la culture juridique même si les institutions de la communauté juridique cessèrent de les promouvoir officiellement.
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2840.Plus d’information
Au Québec, aucune théorie féministe n'étudie la perception juridique de la sexualité et ses répercussions sur les femmes. Aussi, un examen futur de la question demande que l'on importe une théorie de la sexualité comme point de départ à toute critique. La théorie de la sexualité de Michel Foucault, qu'il élabore dans l''Histoire de la sexualité, peut sembler appropriée pour amorcer une telle réflexion. Mais le discours de Foucault cache sous une forme anarchique un traitement arbitraire de l'histoire et une perception patriarcale de la sexualité féminine. Son étude présente une vision dogmatique du passé, c'est-à-dire une déformation moderne de la réalité historique et documentaire des siècles qu'il étudie, soit les XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles et l'Antiquité. De plus, Foucault, en raison de sa conception du pouvoir, ne désigne pas comme un rapport de force le contrôle de la sexualité féminine dans l'Antiquité. Tout comme les Anciens, il exclut les femmes de sa recherche sur la sexualité, sauf dans le cadre institutionnel du mariage, et entérine mythes et préjugés misogynes comme s'il s'agissait de la normalité. Foucault perpétue la vision de l'homme dominant à l'égard des femmes. En ce sens, il est préférable de rejeter une telle théorie comme base d'une critique féministe du traitement juridique de la sexualité.