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2512.
Catégorisations et appropriations autour de l'« allophonie » de jeunes migrants scolarisés en France
Plus d’informationLa scolarisation des jeunes migrants en France s'accompagne de leur catégorisation en tant qu'élève « allophone » présentant des « besoins éducatifs particuliers » vis-à-vis de leur apprentissage de la langue française. Issue d'une catégorie d'action publique, l'« allophonie » est mobilisée par les enseignants du secondaire pour réifier des figures de l'étranger, réunissant les conditions d'une stigmatisation qui dépasse le cadre scolaire. Face à la catégorisation dont ils font l'objet, les jeunes migrants scolarisés mettent en place des stratégies d'adaptation par le discours, leur permettant de mettre en cohérence les produits de leurs socialisations antérieures avec la réalité de leur immigration. Toutefois, ces jeunes sont inégalement dotés en ressources pour construire leur identité narrative : à la suite de leurs enseignants, ils s'approprient et retraduisent cette catégorie selon des modalités diverses, plus ou moins légitimes. Leurs récits donnent alors à voir divers effets du processus migratoire sur la construction identitaire, influençant notamment leur rapport à la vie en France.
Mots-clés : allophonie, France, processus migratoire, ressources, socialisation, Allophones, France, migration process, resources, socialization
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2513.Plus d’information
Cet article montre les limites de la démarche épistémologique privilégiée par la théorie de la reconnaissance d'Axel Honneth. Pour interroger cette démarche, l'auteur s'intéresse à la conception anthropologique du droit d'Alain Supiot qui subordonne, tout comme la théorie de la reconnaissance, la possibilité du droit à une condition qui lui est extérieure, à une métarègle, une loi de la loi. En s'appuyant sur un principe extérieur qui en garantirait l'opérativité et l'effectivité, le droit ainsi pensé présuppose la capacité du social à s'auto-transformer en fonction des exigences de la raison. Chez Honneth, l'existence de l'opération d'apprentissage des sujets individuels et collectifs demeure supposée, tandis que chez Supiot, la loi de la loi est assurée par ce Tiers garant mis en position de condition transcendantale de tout ordre juridique. Tout en insistant sur le caractère problématique du modèle de la loi de la loi, le présent article propose un déplacement épistémologique prenant acte de la dimension pragmatique de l'indétermination. La finitude de la raison implique qu'il n'est pas possible, ni dans la perspective de la norme elle-même ni dans celle du juge au moment interprétatif, de formaliser les conditions de l'application. La possibilité du droit à se réaliser effectivement dépend plutôt à la fois de l'usage qui en est fait par ceux qui ont charge de l'appliquer et de sa construction coopérative par tous les acteurs concernés.
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2515.Plus d’information
Cette étude est basée sur les notes ethnographiques prises pendant les mois durant lesquels j'ai accompagné mon père de 90 ans à l'admission aux urgences, pendant l'hospitalisation qui s'en est suivie et pour des soins médicaux, risqués vu son âge, mais vitaux en raison de la détérioration rapide d'une jambe inférieure gangrenée. L'étude explore les rapports de force, complexes, entre les dispositifs institutionnels de prise en charge des patients, d'une part, et, d'autre part, la trajectoire continue du devenir de l'individu et sa production de savoirs existentiels, une fois qu'il est confronté aux facteurs sociodémographiques ainsi qu'aux normes en jeu dans un hôpital urbain d'aujourd'hui. Les choix de fin de vie auxquels les première et deuxième générations de migrants intra-européens doivent faire face ont mobilisé une culture transnationale et transgénérationnelle au quotidien, au sein d'un accompagnement personnel des émotions et des corps, ainsi qu'une prise en charge relationnelle et de proximité. Cet aspect peu étudié de la prise en charge informelle des migrants dans les centres hospitaliers peut combler un vide au sein des structures normatives médicales concernant les patients en fin de vie, surtout ceux appartenant à une culture différente de la culture locale. En tant que corps des plus âgés, les déplacés et migrants intra-européens contemplent désormais les « frontières » spatiales et temporelles de leur propre vie. Loin d'expérimenter la mort solitaire, culturelle et sociale que les hôpitaux leur proposent, les patients migrants intra-européens deviennent alors des véhicules incarnés, engagés dans des processus ouverts de transmission de la mémoire, et contribuent ainsi à de nouvelles histoires, déterrées d'un passé interdit, inconnu et muet jusqu'à très récemment.
Mots-clés : le soin humaniste () des patients en fin de vie, choix de fin de vie, hôpitaux urbains, ethnographie médicale, corps âgés, patients migrants, cultures transnationales du soin (), atención humanista a pacientes al final de la vida (), hospitales urbanos, etnografía médica, cuerpos ancianos, pacientes inmigrantes, culturas transnacionales del cuidado ()
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2516.Plus d’information
Puisque le droit s'exprime d'abord par la langue, à la fois écrite et parlée, et parce que chaque langue est véhicule de droit et de notions juridiques, le droit et la langue sont évidemment inséparables, indissociables. Lorsque des juges s'expriment sur la définition de leur rôle, sur leurs fonctions et pouvoirs, de même que sur leurs pratiques, ils le font en fonction de leur système juridique propre et des lois applicables, bien sûr, mais aussi de la langue parlée ou du médium de communication en cause. Sont analysées dans cet article les perceptions de juges francophones et anglophones de quatre systèmes juridiques différents, quant au rôle qu'ils exercent lors de l'approbation des règlements hors cour conclus dans le cadre de recours collectifs. En conclusion, l'usage d'une formulation plus universelle de ce rôle est préconisé.
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2517.Plus d’information
Publier une retraduction à deux de Poète à New York (1929-1930) de Federico García Lorca en 2023 aux éditions Robert Laffont, à partir de l'édition définitive du manuscrit, est un projet visant plusieurs objectifs : offrir au lectorat francophone une version conforme à la volonté de l'auteur; respecter une oeuvre complexe fondée sur la perplexité et le décentrement; traduire une énonciation qui reflète la crise du sujet lyrique grâce à un système d'impersonnalité subjective; développer un dispositif de retraduction intégrant progressivement la mise en tension de plusieurs ethos et subjectivités dans la retraduction à plusieurs. Ce travail présentera dans un premier temps les caractéristiques de l'impersonnalité subjective dans les poèmes new-yorkais : la subjectivité dans les textes se partage entre plusieurs instances énonciatives et se vaporise dans des tournures impersonnelles ou des disparitions ponctuelles. Son intermittence et sa polymorphie sont essentielles à la polyphonie structurelle d'un recueil qui donne à entendre la crise du sujet lyrique. La retraduction à deux renforce l'intersubjectivité de poèmes essentiellement dialogiques, ce que cherchera à monter l'analyse stylistique de plusieurs des choix des retraductrices. Dans un deuxième temps, c'est l'atelier de l'alliance intersubjective pour une dépersonnalisation lyrique qui fera l'objet de cet article. L'accueil de la voix de l'autre se fonde sur la mise en tension des subjectivités, rendue créatrice par l'établissement d'une méthode de traduction reposant sur une reconnaissance des compétences complémentaires et des rôles de chacune des traductrices et sur un appel à l'appréhension de la poésie par l'émotion et le « grain de folie [duende] » des retraductrices. Leur légitimité et le respect de leurs deux subjectivités en tant qu'agentes cocréatrices du texte traduit se nourrissent en effet de la part de jeu et de duende nécessaire à une combinaison intégratrice des différences, en adéquation avec la poétique énonciative du recueil. Le résultat en est une communauté vocale, et non une voix commune, obtenue par l'alliage de divers matériaux émotionnels, référentiels et cognitifs.
Mots-clés : Federico García Lorca, retraduction, subjectivité, dialogisme, Federico García Lorca, retranslation, subjectivity, dialogism
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