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Le thème de l'innocente menacée, récurrent dans l'oeuvre de Prévost, fait l'objet d'une même anecdote rapportée dans les Mémoires d'un honnête homme (1745) et dans le Monde moral (l 760), anecdote racontée respectivement par la victime et par le libertin séducteur. Ces deux versions, apparemment complémentaires, correspondent pour Prévost à deux manières d'appréhender le phénomène libertin, à des moments différents de sa production. Leur comparaison permet d'interroger le discours oblique qui est tenu sur le libertinage dans ces textes, en particulier les non-dits et les résistances des narrateurs vertueux (qui s'érigent en juges du « désordre ») et la fantasmagorie de ces épisodes (la figure du père libertin, séducteur incestueux, ressort de l'histoire des Mémoires d'un honnête homme , tandis que le récit du Monde moral exhibe la faillite de tout libertinage conquérant). Prévost propose en termes de séduction et de censure une vision critique d'un libertinage contaminé, en quelque sorte, par le moralisme des deux narrateurs qui ne savent que gémir sur la dépravation des moeurs. N'est-ce pas un moyen pour Prévost de traduire certaines angoisses liées au comportement libertin - exhibition phallique, si l'on considère le modèle de Don juan ? Cette hypothèse permettrait de reconsidérer le libertinage immature de des Grieux ou le libertinage velléitaire de l'ambassadeur de l'Histoire d'une Grecque moderne. Après 1740, les tentations libertines apparaissent chez Prévost sous forme d'obsessions et de désirs de violences sexuelles plus ou moins refoulés.