Documents repérés
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182.Plus d’information
En racontant, vers 1812, sa vie professionnelle et amoureuse au Québec puis au Bas-Canada, Pierre de Sales Laterrière défie les préjugés de ses contemporains, au point que l'édition posthume de ses Mémoires sera expurgée des détails jugés trop « scabreux » par l'abbé Casgrain. Certains de ces passages échappèrent toutefois à la censure. Ils concernent les dessous de la formation médicale, les expériences cliniques et les dissections auxquelles se livraient alors les carabins, tant à Paris qu'à Boston ou à Trois-Rivières. En examinant la façon dont le mémorialiste met en scène le « sujet » médical à des fins satiriques et polémiques, on observera les seuils de tolérance de la société canadienne sous le Régime anglais, alors que la colonie s'éveille aux Lumières sur fond de révolutions (américaine et française), puis de guerres napoléoniennes.
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183.Plus d’information
En racontant l'histoire de l'écriture d'un livre ayant pour terrain la littérature, cet article tente de mettre en évidence les différentes catégories d'obstacles (non seulement conceptuels mais aussi institutionnels, relationnels et affectifs) qui se dressent au cours de l'élaboration d'un travail de recherche, ainsi que, parallèlement, les moyens qui permettent de les surmonter. Parmi ces moyens le matériau même du livre — à savoir la littérature — a compté parmi les plus puissants, en ouvrant les voies de réflexion, en débloquant les résistances, en éclairant les points aveugles. Il en ressort que, à rencontre d'une conception « académique » de la division des disciplines et des catégories de compétences, la proximité est sans doute beaucoup plus grande qu'on ne croie entre la dimension conceptuelle de la description sociologique de la réalité et la dimension intuitive et affective de sa mise en forme imaginaire par la littérature. Et si le romancier est, souvent, en prise directe avec l'inconscient, il n'est pas incongru de penser que le sociologue peut l'être aussi — ou du moins le devrait.
Mots-clés : sociologie, littérature, livre, roman, identité, femme, introspection, psychanalyse, mythe, oedipe féminin, sociology, literature, book, novel, identity, woman, introspection, psychoanalysis, myth, feminine oedipus, sociología, literatura, libro, novela, identidad, mujer, introspección, psicoanálisis, mito, edipo femenino
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185.Plus d’information
Le Chef-d'oeuvre inconnu de Balzac raconte le drame du peintre Frenhofer, créateur devenu stérile, qui, par la rencontre d'une jeune modèle, croit pouvoir surmonter l'échec et réaliser « le » chef-d'oeuvre. Mais la toile devient écran illisible à force de repentirs et préfigure la mort du peintre. La Belle Noiseuse de Rivette, inspiré du texte de Balzac mais aussi des toiles de Bernard Dufour, met en scène le temps réel de la peinture et le temps fictif du cinéma : rejouant, avec la question de la mimèsis, l'aporie qui frappe le rapport du modèle à sa représentation et porte à l'image manquante du film. C'est celle de l'impossible tableau, c'est-à-dire de ce que l'art ne peut prendre à la vie que sous peine de mort.
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186.Plus d’information
Cet article analyse la tragédie de la Renaissance (Des Masures, Rivaudeau, La Taille, Garnier, Matthieu) et ses rapports avec la notion d'histoire. Si l'histoire garantit la vérité du discours tragique, elle est aussi un principe d'incertitude que la tragédie tente de dissiper. La tragédie de la Renaissance, plus pathétique que didactique ou dramatique, ne parvient que très imparfaitement à donner sens à l'histoire contemporaine, mais elle réussit à enregistrer le sentiment d'emballement qui accompagne la perception de l'histoire. Pour intégrer un discours sur l'histoire passée autant que présente, la tragédie, protestante en particulier, doit sacrifier l'orthodoxie générique.
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187.Plus d’information
Au début du XXe siècle, le répertoire des salles « françaises » de Montréal est principalement composé de pièces qui glorifient l'image du bon père de famille. Oscar Wilde assimile d'ailleurs cette vision du monde à une sorte d'« âge des pères ». Ce paternalisme commence toutefois à être remis en question par un petit nombre d'auteurs. Ainsi, les drames d'Alexandre Dumas fils, d'Eugène Brieux et d'Henri Bernstein sont fréquemment représentés dans la métropole de 1900 à 1918. Ces « semeurs de désordre » en viennent à modifier l'horizon d'attente du public montréalais grâce à des oeuvres dramatiques controversées qui divisent la critique francophone naissante. Sont alors débattus dans les journaux des problèmes sociaux habituellement bannis de la discussion publique. L'analyse de la réception du théâtre de ces trois auteurs montre qu'avant la Première Guerre mondiale, la montée du mélodrame social fait reculer les limites du socialement représentable, contribue à lézarder le conservatisme d'une fraction de l'élite canadienne-française et ouvre la voie à un nouveau réalisme.
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188.Plus d’information
Le romantisme peut être considéré comme un phénomène conflictuel. Avec De l'Allemagne, Mme de Staël proposait aux Français des modèles littéraires fondés sur l'esthétique dérivée des doctrines de Platon. D'ailleurs le platonisme constituait l'horizon conceptuel des œuvres de Victor Hugo, de Lamartine, de Ballanche et de beaucoup d'autres. Quelques écrivains se sont cependant opposés à ce système esthétique, et Flaubert occupe une place centrale dans la lignée des auteurs que réunissait leur commun refus des doctrines platoniciennes. Ainsi Flaubert montre dans l'Éducation sentimentale que les idéaux trompeurs prônés par le traité De l'Allemagne sont esthétiquement stériles. Et l'originalité de l'Éducation sentimentale consiste aussi à ne pas dissocier, dans la démonstration, l'amour et l'art : la destinée de Frédéric Moreau illustre que les idéaux platonisants des romantiques ont eu pour effet d'aveugler les jeunes gens sur leurs sentiments amoureux.
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189.Plus d’information
RésuméCet article examine quelques réinterprétations du mythe d'Alphée et d'Aréthuse depuis l'Arcadia de Sannazar (1504) jusqu'aux opéras-ballets du début du XVIIIe siècle. Le motif des eaux, — plus particulièrement celui de la légende ovidienne de la course du fleuve amoureux sous la mer, depuis le cour du Péloponnèse jusqu'en Sicile —, a joué un grand rôle dans l'invention du mythe pastoral ; elle a permis de figurer le décentrement, l'idéalisation et l'universalisation de l'Arcadie géographique. L'Arcadia de Sannazar, où le trajet du narrateur, entre sa terre natale et l'Arcadie, suit la route sous-marine de l'Alphée, marque un infléchissement majeur du sens symbolique de la petite fable hydrographique. Lorsqu'elle est transposée sur la scène de théâtre, au début du XVIIe siècle, l'allégorie du lien invisible et de la profondeur se perd, tandis que l'Arcadie se résout de plus en plus à un pur décor. À travers les métamorphoses de la légende, il s'agit de montrer comment l'espace pastoral passe, à la fin de la Renaissance, d'un mode de représentation allégorique au régime de la fiction avant d'être recyclé dans l'univers de la féerie : ce qui se joue dans ce passage, c'est la disparition de l'Arcadie comme métaphore.