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Dans ses thèses sur le concept d'histoire, Walter Benjamin a créé, s'inspirant de l'Angelus Novus de Klee, une allégorie désormais célèbre. Le progrès, depuis la perspective de l'Ange de l'histoire, ne donnerait à voir qu'une catastrophe interminable et un amoncellement indéfini de ruines. Pour saisir dans toute son ampleur la genèse culturelle de cette allégorie et sa signification politique, il est nécessaire de la resituer au coeur du projet d'une archéologie du xixe siècle français dont nous sont parvenus les fragments du Livre des passages et d'en reconnaître les sources littéraires. À la lumière du topos des ruines futures de Paris tel qu'il apparaît dans L'An 2440 de Mercier et Le Dernier Homme de Grainville, ainsi que de la philosophie bergsonienne à travers laquelle Benjamin définit la crise de l'expérience propre à la modernité, on peut relire l'allégorie des ruines du progrès et y découvrir, au-delà du nouage entre marxisme et messianisme, une critique des effets mémoriels pathologiques de l'anticipation futuriste. S'esquisse alors une politique du présent qui prend le contre-pied d'une mélancolie induite selon Benjamin par la pensée progressiste.