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1461.Plus d’information
Cet entretien avec Boubacar Boris Diop porte sur la littérature en langue wolof et sur les enjeux du recours à cette langue au Sénégal, en particulier dans le milieu de l'édition. L'auteur revient sur la prise de conscience qui a suivi son voyage au Rwanda et sur sa décision d'écrire et de publier dans sa langue maternelle. Il retrace l'histoire de la littérature en langue wolof, et parle des défis que le Sénégal devra relever afin de promouvoir l'enseignement et l'écriture en langues nationales. Il évoque au passage aussi le marché de l'édition au Sénégal, la place de la langue française dans l'enseignement, la question de la langue d'écriture des écrivains africains et les objections concernant l'écriture et la scolarisation en langues nationales.
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1462.Plus d’information
Le site éditeur Raconter la vie a constitué en deux ans d'existence une collection de six cents récits. L'abondance narrative ainsi suscitée déploie une mosaïque faite des fragments de vies multiples qui peut se prêter au regard sociologique au gré des angles de vue décelant tel ou tel motif ou thème. On peut encore s'essayer à identifier des types de récits : témoignage, récit de vie sociale ou même performance artistique. On a choisi, par l'enquête, de rencontrer quelques protagonistes de cette scène numérique, à commencer par la web éditrice pivot du site, ses collaborateurs, dits éditeurs communautaires, et les auteurs. L'intention était de situer la production de ces récits et leur proposition à l'édition numérique au regard des pratiques d'écriture et de lecture de leurs auteurs, prenant acte d'une culture de l'écrit, voire d'une culture littéraire en référence. Les auteurs évoquent des pratiques variées des carnets personnels à l'expérience d'ateliers d'écriture, en passant par les écrits professionnels. Beaucoup sont habiles à utiliser les ressources du numérique, blog, réseaux, plateforme. L'ombre d'une maison d'édition traditionnelle prestigieuse, l'engagement d'un professeur au collège de France, la compétence éditoriale — double lecture des textes, aide à la mise en forme technique — servent un désir latent de publication largement partagé par les auteurs. De quoi, pour ces derniers, se concevoir comme auteurs amateurs et caresser l'espoir d'une reconnaissance d'écrivain. À défaut d'impulser un impossible parlement des invisibles, le site éditeur préserve la forme narrative en même temps qu'il promeut une figure d'auteur amateur. Il pourrait s'apparenter à un atelier d'écriture grand format aux prismes du numérique ; on y est privé d'une sociabilité de lectures partagées mais autorisé aux jeux d'identités multiples, celles de ces personnages et auteurs appelés à raconter le roman vrai de la société et si fort en quête d'éditeurs.
Mots-clés : pratiques d'écriture et de lecture, culture de l'écrit, auteur amateur, sociabilités d'écriture, writing and reading practices, culture of writing, amateur writer, sociability of writing, prácticas de escritura y de lectura, cultura escrita, autor aficionado, socialización de la escritura
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1463.Plus d’information
De tous temps, les humains ont manifesté à l'égard des enfants une double attitude, en apparence contradictoire : le besoin de les protéger pour conserver à travers eux une bribe d'immortalité; et le besoin de s'en protéger car les enfants sont une menace puisque, comme le dit l'adage, ils nous enterront tous. Les cultures humaines ont toutes vécu avec cette double conception qui leur a inspiré des mouvements divers mais le deuxième terme de la contradiction l'a toujours emporté. Le besoin de mettre les enfants à distance, de les contrôler, même au prix de la violence, a dominé pendant des siècles jusqu'au moment où a émergé, non sans mal, l'idée que les enfants avaient des droits et que ces droits devaient être protégés par des textes, au même titre que les droits de l'homme dont ils sont issus. Mais ce chemin sera encore long.
Mots-clés : Droits de l'enfant, Jean-Jacques Rousseau, Janusz Korczak, Convention internationale des droits de l'enfant, Violence, Rights of the child, Jean-Jacques Rousseau, Janusz Korczak, UN Convention on the Rights of the Child, Violence
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1464.Plus d’information
Peut-on engager sa responsabilité criminelle suite à sa présence physique dans un endroit particulier ? Le présent texte répond à cette question en analysant les éléments essentiels à la commission réelle d'une infraction ou à la participation secondaire à une infraction commise par une autre personne.Le but de cet article consiste à démontrer que la présence en soi n'équivaut jamais à l'élément matériel des crimes prévus au Code criminel. Par contre, on y étudie aussi les conditions permettant de conclure que la présence dans un lieu peut correspondre aux modes de participation criminelle définis aux articles 21(1)b) ou 21(1)c) C.cr.
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1465.Plus d’information
L'oeuvre littéraire de l'écrivain et peintre français Pierre Klossowski (1905-2001) présente d'importantes récurrences sur le plan thématique. Le bain de Diane (1956), Les lois de l'hospitalité (1965) et La monnaie vivante (1970) forment le corpus ici à l'étude. C'est au personnage de Diane/Roberte que nous nous intéressons plus particulièrement, en tant qu'elle est le « signe unique » et le symbole organisateur de la scène fantasmatique dans l'oeuvre littéraire klossowskienne. Nous profitons de la parution récente de feuillets inédits de l'écrivain rassemblés sous le titre Du signe unique (2018) pour revisiter sa pensée et tâcher de cerner les propriétés singulières de ce « signe unique », de même que le rôle que tient celui-ci dans l'économie du fantasme klossowskien. C'est aux aspects proprement sémiotiques de cette oeuvre que nous voudrions accorder une attention particulière. La mise en rapport des propriétés singulières du signe unique klossowskien avec l'utopie de la monnaie vivante envisagée par l'écrivain en 1970 nous fournit l'occasion d'interroger le signe du point de vue de la valeur et des moeurs pour repenser à nouveaux frais la fameuse loi d'hospitalité formulée par Klossowski en 1956. En nous intéressant à la notion de signe dans la pensée klossowskienne, nous pensons contribuer à une mise en rapport productive entre les écrits « fictionnels » et les écrits « notionnels » de l'écrivain, dont la connexion n'est pas toujours aisée.
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1467.Plus d’information
Ce texte cherche à cerner l'étendue de la compétence législative provinciale sur la moralité publique. La difficulté vient du fait que la Loi constitutionnelle de 1867 attribue au Parlement fédéral une compétence exclusive en matière de droit criminel. Il s'agit ainsi de voir jusqu'où les provinces et les municipalités peuvent réglementer des sujets tels la prostitution, les revues érotiques, les salons de massage, etc., sans empiéter sur la compétence fédérale.
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1468.Plus d’information
Dans le domaine cinématographique, la métaphore du miroir trouve dans les mots de Maurice Merleau-Ponty l'un des plus précieux soutiens herméneutiques, surtout en ce qui concerne l'explicitation de la relation « chiasmatique » des individus avec eux-mêmes et avec le monde autour d'eux. L'image cinématographique nous permet de déchiffrer et de prélever, comme si on était face à un miroir, les individus et leurs modes d'agir. Mais le cinéma n'est pas que l'espace de la duplication par lequel le spectateur prend conscience de sa propre subjectivité et de son corps en tant qu'objet ; la métaphore spéculaire met également en avant certains traits de l'échange transtextuel et des mécanismes qui lui sont sous-jacents, tout en diffusant ses propres capacités dioptriques sur un plan dialogique, dans un jeu de renvois et reflets autotextuels assez complexe. J'analyserai ici le phénomène de l'autocitation cinématographique en m'appuyant sur les principaux chapitres de la filmographie de João César Monteiro (1939-2003), dont l'oeuvre se caractérise par la pratique systématique des différentes stratégies appartenant au domaine de l'autoréflexivité. En ce qui concerne l'étude des occurrences autoréférentielles, j'identifierai plusieurs sous-articulations intertextuelles, soulignant la mise en abyme et ses modalités réflexives spécifiques. En effet, le but de cet article est de faire une analyse sémiotique des différentes stratégies par lesquelles l'autoréflexivité se manifeste, afin que je puisse délimiter une casuistique sommaire de ses manifestations filmiques, essayant de dévoiler la duplicité, les stratifications sémantiques et la réversibilité spéculaire de l'image autoréférentielle qui se voit soi-même tandis qu'elle voit autre chose.
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1469.Plus d’information
Comme le note Valérie Mailhot dans son article « La “dislocation révolutionnaire” des corps chez Josée Yvon », l’autrice et son œuvre poétique sont « en décalage par rapport aux groupes et aux mouvements idéologiques de son époque. En décalage parce que [Yvon] publie son premier recueil, Filles-commandos bandées, en 1976, c’est-à-dire au moment où la contre-culture québécoise est en passe de s’institutionnaliser, mais également parce qu’au sein même de la mouvance contre-culturelle Yvon demeure une figure à part, tant ses textes dérangent par leur radicalité et leur violence. » Autrice décalée, rangée par Isabelle Boisclair et Catherine Dussault-Frenette dans la catégorie des « vilaines filles » qui « se montrent rebelles […], parlent fort, vocifèrent, crient leur rage, […] boivent, n’ont peur de rien et risquent tout. […] Vilaines filles [qui] parlent de sexe, et crûment », Josée Yvon semble de prime abord irrécupérable, infréquentable, irrecevable. Or c’est justement ce caractère rétif de l’autrice et de sa poésie qui est au cœur des nombreuses relectures proposées par les critiques et les écrivain.e.s contemporains. Hériter de Josée Yvon, c’est aussi – et surtout – hériter de sa légende, de sa réputation sulfureuse de vilaine fille. Qu’en est-il de cette légende? Quels sont les thèmes qui reviennent avec insistance sous la plume des héritiers et des héritières ? On évoquera volontiers le silence critique autour de son œuvre, l’occultation de ses textes et de sa figure par celle de Denis Vanier, les scandales qui ont défrayé la chronique, l’abus de drogues, la prostitution, le sida, les textes marqués par la violence, tant dans l’expression poétique que dans le choix de thèmes récurrents qui recoupent certains aspects de sa biographie. Ces aspects de la légende, s’ils sont souvent récusés, mis à distance par les critiques et les écrivains, sont pourtant au fondement de plusieurs des relectures et des mises en scène de Josée Yvon dans les textes contemporains. Afin de donner un aperçu de ces relectures, nous nous attacherons aux apparitions de l’autrice et de son œuvre dans un corpus de textes divers, comptes rendus, essais, textes critiques, témoignages et fictions parus depuis 2000. Notre propos s’articulera plus particulièrement autour des apories liées au legs yvonnien, voire aux contradictions et aux paradoxes qui accompagnent l’appropriation d’une œuvre considérée comme imprenable. Nous observons dans les œuvres étudiées une filiation yvonnienne principalement thématique, mais somme toute assez rarement esthétique ; peu d’écrivain.e.s récentes se revendiquant explicitement de Josée Yvon ont un style ou un univers rappelant celui de la « fée des étoiles ». La multitude des présences dans les textes contemporains nous permet toutefois de penser un renouvellement du legs yvonnien, marqué par la profusion des hommages et des citations, des esthétiques et des filiations parfois inattendues, où c’est souvent le commun qui prime sur l’individuel, le pluriel sur le singulier, la série sur l’unité. Bien que les textes d’Yvon connaissent encore des problèmes de diffusion, n’étant pour la plupart pas édités, la poète s’impose néanmoins, et contre l’oubli, comme une référence littéraire commune, largement partagée dans le paysage culturel récent, et dotée d’une certaine aura, voire – paradoxalement – d’un prestige ; bien qu’issus de la contre-culture, ses textes n’évoluent pas que sous le manteau, dans des circuits illicites. Des mémoires et des thèses s’écrivent ou se préparent sur elle ; des articles de journaux et des articles savants lui sont consacrés ; des spectacles hommages lui sont dédiés. Les héritières et les héritiers d’Yvon opèrent un tri dans le legs, en choisissent les aspects qui résonnent encore au présent et qui peuvent se conjuguer à un discours de résistance aux normes dominantes.
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1470.Plus d’information
Depuis la fin des années 70 une nouvelle approche a été utilisée pour l′étude de l′organisation industrielle, notamment celle de la culture d′entreprise. Parallèlement à cela, une approche culturelle a été employée pour l′étude des organisations ouvrières informelles. Il existe des différences marquées entre ces deux approches, étant donné d′abord que la culture d′entreprise cherche généralement à présenter l′entreprise comme une communauté d′intérêts, tandis que l′approche de la culture ouvrière présente la création d′une culture autonome unissant les travailleurs indépendamment de la gestion. Il y a toutefois, et c′est ce que le présent article tente d′analyser, des similitudes importantes entre les deux approches, la plus marquée étant celle d′une tendance récurrente vers une définition fonctionnaliste de la culture.