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Book ReviewsCompte-rendus

The Urban Homesteading Cookbook. Michelle Catherine Nelson, Douglas & McIntyre, 2015, 256 p.

  • Luna Bégin

Corps de l’article

Incarnant l'élégance urbaine, Michelle Catherine Nelson est photographiée dans une cuisine, entourée de quelques poules et d'un lapin ayant l'air de se demander ce qu'ils peuvent bien y faire. Ce portrait signé Alison Page illustre brillamment le contenu de l'ouvrage : Nelson se base sur son expertise en biologie de la conservation et en agriculture durable pour nous initier à une panoplie de moyens visant à améliorer notre autonomie alimentaire. En quatre grandes sections, soit Cueillette, Élevage, Culture et Conservation (Foraging, Keeping, Growing, Preserving), elle fait un tour d'horizon des principes de base, méthodes et techniques et propose des recettes simples et gastronomiques. Le tout est agréablement parsemé d'anecdotes relatant son parcours de découverte alimentaire.

La première partie est des plus accessibles et porte sur la cueillette de plantes et de fruits sauvages des campagnes et des villes. Si Nelson nous en donne une liste comprenant noms communs et latins, habitat, parties comestibles et méthodes de cuisson, ces informations ne suffisent pas à l'identification des plantes. En effet, ce livre nous incite à intégrer de nouveaux aliments, mais son application nécessitera la consultation d'ouvrages complémentaires. À cet égard, Nelson met à notre disposition une liste d'ouvrages de référence et nous conseille de consulter les groupes experts locaux. Plus inspirant, elle classe les plantes selon leur usage culinaire : thé, salades poivrées, citronnées ou amères, légumes cuits, fleurs, baies, racines, cornichons et assaisonnements. Nous y apprenons notamment que l'on peut prendre notre revanche sur l'herbe à poux en la mangeant! Eh oui, il suffit de se munir de gants et de manches longues, de la récolter et de la faire cuire à l'eau ou à la vapeur pour la manger, comme des épinards. « Manger le problème » est d'ailleurs un principe écologique fort pertinent qui traverse l'entièreté du livre : « [...] in the case of invasive species, you can aid in conservation by collecting as much as you can to minimize their damage to the native environment. » [1] La biologiste nous explique comment différencier les espèces végétales et animales qui sont indigènes ou invasives. Elle propose également de débusquer et de cuisiner les crustacés et les algues marines, les grenouilles et les plantes d’eau douce. Par exemple, nous apprenons à fermenter en kimchi des algues qui ne sont pas communément mangées [2], comme celles de la famille des fucus, très commune sur les côtes est et ouest du Canada.

Que nous les pêchions, les achetions ou les élevions dans des barils sur notre balcon, l'auteure propose des critères éthiques pour guider nos choix, notamment en matière de poissons. Les deux prochaines sections portent par ailleurs sur les diverses méthodes d'élevage de petits animaux terrestres ou aquatiques, de culture de plantes, et ce, sans oublier les insectes. Que ce soit pour l'élevage de cailles, de lapins ou de vers, les étapes à suivre, les coûts et le temps à y consacrer sont clairement explicités et accompagnés de recettes tant alléchantes qu'intrigantes, comme celle de cupcakes au chocolat noir et à la farine de ... criquets!

La dernière section traite des méthodes de conservation qui, à notre grand plaisir, ne se limitent pas aux confitures. C'est ainsi que nous sommes incités à tenter des expériences de déshydratation, de confisage, de congélation, de fumage et de fermentations alcoolique et lactique. Même ceux qui ont l'habitude de faire leur pain, cornichons, fromages frais, kombucha, kéfir, bière, cidre ou vin maison y découvriront de nouvelles idées. Pensons à la recette de betteraves marinées non au traditionnel vinaigre, mais à la kombucha vieillie qui aurait autrement été gaspillée.

Petit bémol, il aurait été pertinent de fournir davantage d'informations sur les notions de sécurité sanitaire [3], par exemple sur le niveau d'acidité minimum requis pour une mise en conserve domestique sécuritaire, ou sur les raisons pour lesquelles ses recettes de charcuteries ne requièrent ni sulfites, ni nitrates, ni extrait de céleri. De plus, si les principes véhiculés ici se veulent accessibles à tous dans une optique d'empowerment, que « [homesteading is] about empowering ourselves to do what we think is right [...] » [4], nous nous questionnons sur la mise en pratique concrète qu'ils susciteront chez le commun des mortels. En effet, dans le contexte actuel où l'agriculture urbaine est en vogue, nous avons l'impression que les notions présentées par Nelson ont bel et bien le potentiel d’être utiles pour tous, mais que ce sont surtout les foodies [5] de ce monde qui s'en délecteront.

Somme toute, cette conception ludique de l'activité nourricière [6] comme espace où les notions de travail et de loisir se chevauchent, où l'on exerce sa créativité et sa liberté tout en communiquant ses valeurs morales, est ici des plus inspirantes! Nelson réussit avec éloquence à nous donner le goût d'explorer éthiquement notre alimentation et à repenser notre rapport quotidien à l'environnement urbain comme rural.

Parties annexes