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Pour saluer Eva Le Grand

  • Max Roy et
  • Monique Moser-Verrey

Corps de l’article

Le décès d’Eva Le Grand nous a tous bouleversés. Les assauts de la maladie subis par Eva nous le faisaient prévoir, tandis que sa manière personnelle d’y résister, son comportement général suggéraient tous le s espoirs. Nous connaissions son appétit de vivre, sa détermination et son courage. Toutes celles et tous ceux qui l’ont côtoyée ces dernières années en ont été fortement impressionnés. Il faut dire qu’Eva Le Grand était impressionnante !

Entrée au département d’Études littéraires de l’UQAM en 1987, elle s’est imposée rapidement par sa personnalité. Femme de caractère, elle faisait montre d’un dynamisme peu commun et d’un enthousiasme attachant. Sa joie de vivre et sa générosité — son hospitalité aussi — ont favorisé, au-delà des relations professionnelles, des liens d’amitié. Les collègues se souviennent de son humour, de son apparente légèreté, des réceptions festives qu’elle organisait. Plusieurs reconnaissent aussi son apport au développement des études supérieures.

Si Eva Le Grand était parfois très exigeante, elle était aussi, aux dires des étudiants, une professeure passionnée et passionnante. Quelqu’un a écrit qu’elle était une véritable encyclopédie, ce qui pouvait être intimidant. Les étudiants se disaient grandis par son enseignement, qui se faisait toujours dans une ambiance chaleureuse. On appréciait sa souplesse et sa grande disponibilité ; on parlait d’elle comme d’une amie. Elle a suscité d’ailleurs beaucoup d’intérêt pour ses thèmes et objets de recherche. En l’occurrence, nous sommes reconnaissants à la famille d’avoir souhaité que les dons en souvenir d’Eva servent à constituer une ou des bourses d’études pour des étudiants en études littéraires, en provenance de l’Europe centrale ou de l’Est.

Parmi les choses qu’Eva Le Grand a apportées au département d’Études littéraires, il faut souligner son champ de spécialisation qui ouvrait sur les littératures de l’Europe de l’Est, qu’elle lisait en version originale. Ses publications sont réputées. Vient en tête, bien sûr, Kundera ou La mémoire du désir, Paris — Montréal, L’Harmattan — XYZ éditeur, 1995, qui a été traduit plusieurs fois. Puis, elle a signé avec Gaëtan Lévesque la première Anthologie du roman québécois contemporain en langue tchèque Hledání Ameriky. Anthologie Soucasného Quebekého Románu (1980-2000), Brno — Montréal, Host — XYZ éditeur, 2003 — ouvrage paru également en espagnol. À titre de directeur de publication, elle a fait paraître Séductions du kitsch, Montréal, XYZ éditeur, 1996 et Aux frontières du pictural et du scriptural : Hommage à Jiri Kolár, Québec, Nota bene, 2000 sans compter plusieurs contributions à des revues ici et ailleurs, notamment Spirale dont elle a assumé la codirection. On connaît nombre d’autres réalisations d’Eva Le Grand. Ainsi, elle a participé à plusieurs émissions culturelles à Radio-Canada et elle a été l’auteure d’une série dramatique à Radio-Québec (1987). Rappelons qu’elle a écrit le scénario d’un spectacle sur l’histoire et la culture tchèques, qu’elle a aussi coorganisé dans l’enceinte du château de Prague, et qui a été inauguré par le président et dramaturge Vaclav Havel. C’était au printemps de 1990.

Les réalisations d’Eva Le Grand ont eu et ont encore une portée internationale. Notre collègue cultivait d’ailleurs de multiples relations professionnelles à l’étranger où elle se faisait ambassadrice de l’UQAM et de notre Département. Elle a initié notamment des échanges avec des universités roumaines et tchèques. Tout récemment, elle s’affairait à l’organisation d’un colloque sur l’imaginaire dans le roman québécois qui aura lieu en République tchèque en 2005. Ce sera le premier du genre dans son pays natal et ce projet lui tenait particulièrement à coeur. Si la question de l’exil retenait son attention, la culture et la littérature québécoises l’intéressaient beaucoup aussi et il fallait les découvrir à travers sa sensibilité et ses connaissances.

Outre le souvenir de sa joie et de sa persévérance, il nous reste les écrits d’Eva Le Grand et la leçon de vie qu’elle nous a donnée.

Max Roy
Directeur du Département d’Études littéraires,UQAM
(juillet 2004)

De 1989 à 1999, Eva Le Grand a fait partie du comité de rédaction d’Études littéraires. Son dynamisme, sa cordialité, son ouverture sur le monde et ses avis tranchés ont soutenu et orienté les questionnements pluriels abordés dans nos pages au cours de cette dernière décennie du XXe siècle. Véritable noeud dans les nouveaux réseaux littéraires québécois, qui s’étendent vers la France, mais aussi bien au-delà, Eva a réalisé pleinement dans sa trop courte vie l’idéal de recherche et d’échanges sur les fins et les formes du littéraire qui porte depuis ses débuts le projet de notre revue.

Merci, Eva, de ton engagement exemplaire. Qu’il demeure vivant parmi nous !

Monique Moser-Verrey
Directrice de la revue Études littéraires
(novembre 2004)