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La diffusion internationale d’idées commercialesUn programme de recherche

  • Alexander Nicolai et
  • Jantje Halberstadt

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Corps de l’article

Introduction

Dans les dernières années, la dimension internationale de l’entrepreneuriat a suscité un intérêt croissant de la part des chercheurs. Les stratégies d’internationalisation des jeunes entreprises, les différences culturelles notées dans le comportement de l’entrepreneur et les réseaux internationaux y sont étudiés.

Cependant, un autre aspect faisant partie de l’entrepreneuriat international ne suscite que peu d’attention : la diffusion internationale d’idées commerciales à travers leur imitation. Pourtant, la croissance de l’interdépendance internationale économique et les nouvelles technologies de l’information et de la communication accélèrent la diffusion globale des connaissances et, par conséquent, multiplient les possibilités d’imitation.

La recherche traditionnelle en entrepreneuriat, orientée essentiellement vers les créations d’entreprises innovantes a, jusqu’à présent, largement négligé le phénomène d’imitation (Fallgatter, 2004 ; Sarasvathy, 2004). À l’opposé, dans le champ de recherche sur la diffusion (Rogers, 2003), la divulgation d’idées, de technologies et de produits figure au premier plan. Bien que le champ de recherche sur la diffusion soit bien plus vaste – il s’étend de l’analyse de la diffusion de la culture de maïs génétiquement modifié à la diffusion de la musique rap -, il n’en demeure pas moins que la diffusion d’idées commerciales n’y a pas encore, à notre connaissance, été abordée [1].

Cette contribution vise à examiner comment les conclusions tirées de la recherche en entrepreneuriat et celles de la recherche sur la diffusion peuvent être combinées afin de parvenir à une meilleure compréhension de la diffusion internationale d’idées commerciales imitées. L’objectif est de présenter un programme qui contienne les questions de recherche les plus importantes concernant la diffusion de ce type d’idées.

D’abord, l’importance du processus d’imitation sera mise en évidence en expliquant pourquoi ce phénomène est négligé. Ensuite, après un aperçu de l’état actuel de la recherche en entrepreneuriat et sur la diffusion, le lien entre ces deux champs sera abordé. À cet effet, nous relèverons les particularités de la diffusion d’idées commerciales afin de faire ressortir les éléments clés de ce nouveau champ de recherche.

1. L’imitation : un phénomène négligé par la recherche en entrepreneuriat

L’imitation, comme l’ont montré les scientifiques dans différents domaines des sciences sociales, est l’un des aspects fondamentaux du comportement humain. Les théoriciens de l’organisation soutiennent que l’imitation est la réponse caractéristique à l’incertitude inhérente à tout processus de décision. Ainsi, le comportement approprié est déterminé à partir de l’observation du comportement des autres (Cialdini, 1993 ; Cyert et March, 1963 ; DiMaggio et Powell, 1983). L’heuristique qui détermine, en fonction des actions des autres, dans quelle mesure un comportement spécifique dans une situation donnée est ressenti comme correct, est nommée « social proof » : « Whether the question is what to do with an empty popcorn box in a movie theater, how fast to drive on a certain stretch of a highway, or how to eat chicken in a restaurant, the action of those around us will be important guides in defining the answer » (Cialdini, 1993, p. 95).

Les défenseurs du Rational Choice soulignent que les décideurs imitent surtout lorsqu’ils constatent que le comportement des imités est couronné de succès et approuvé, afin d’économiser sur les coûts de recherche d’informations et d’éviter les coûts liés à l’expérimentation (Fiske et Taylor, 1991). Aujourd’hui, des études montrent que des enfants imitent rationnellement dès l’âge de 12 à 18 mois en copiant des séries de mouvements d’adultes (Meltzhoff, 1995 ; Schwier etal., 2006).

Dans le champ de l’entrepreneuriat, l’imitation joue également un rôle central. En effet, la majorité des créations d’entreprises se basent sur l’adoption ou la modification de modèles commerciaux existants (Bhidé, 1994 ; Aldrich, 1999). Même dans le groupe des créations d’entreprises à taux de croissance élevé, il existe beaucoup de créations « imitatives » (Bhidé, 2000). Cependant, en entrepreneuriat et généralement dans la littérature sur l’économie et la gestion (Conrad, 1983 ; Haines, Chandran et Parkhe, 1998), l’imitation a plutôt une connotation négative, tandis que l’innovation est perçue positivement. Déjà Schumpeter (1961) distinguait les « entrepreneurs dynamiques » des simples imitateurs et accordait peu d’importance à ces derniers.

En outre, le fait que les stratégies d’imitation ne se limitent pas au simple copiage du déjà vu est souvent négligé. Pourtant, ce qui existe déjà dans un nouveau contexte technique, culturel ou géographique constitue un acte créatif et entrepreneurial ; c’est ce que Drucker (2004) appelle « creative imitation ». C’est ainsi que les idées commerciales peuvent être modifiées et développées dans le cadre de leur diffusion nationale et internationale.

Les stratégies d’imitation et d’innovation présentent toutes les deux des avantages et des inconvénients. Un innovateur peut profiter des avantages liés à sa position de premier entrant : obtenir des connaissances supplémentaires au niveau de la courbe d’expérience, construire sa réputation, créer des barrières à l’imitation, etc. (Lieberman et Montgomery, 1988). En somme, il peut compliquer l’entrée sur le marché à des imitateurs. Cependant, les coûts d’une stratégie d’innovation sont généralement plus élevés, en raison des dépenses de premier entrant, liées par exemple à la R-D. En outre, le risque lié à une stratégie d’innovation est supérieur, car la réaction des consommateurs est encore inconnue. En comparaison, le coût d’entrée sur le marché d’une stratégie d’imitation est relativement faible. En effet, le risque lié à un mauvais choix diminue avec le recours à des expériences transférables comme, par exemple, l’acceptation du marché. L’imitateur peut éviter les erreurs (observables) que l’innovateur a commises et échapper à ce qu’on appele les « erreurs de jeunesse ». D’un autre côté, il convient de prendre en considération la réputation éventuellement négative d’une imitation ou d’un imitateur déjà présents sur le marché, ainsi que les barrières à l’entrée que peuvent ériger ces imitateurs (Bolton, 1993 ; Guntram, 1984 ; Schewe, 1992).

L’idée selon laquelle les projets très innovants mènent forcément à un succès plus important ne tient pas suffisamment compte des avantages d’une imitation. Dans le domaine du développement de produits, par exemple, il existe déjà une multitude d’études et d’exemples qui montrent que le risque d’échec d’une innovation est très élevé et que les imitateurs peuvent rapidement compenser les avantages du premier entrant (Brose, 1982 ; Levitt, 1966 ; Schelker, 1978).

En ce qui concerne les idées commerciales, les études sont contradictoires quant au succès des créations innovantes comparé à celui des créations par imitation (Steinkühler, 1994 ; Brüderl, Preisendörfer et Ziegler, 1996). Ce constat vaut également pour les industries à effets captifs importants (lock-in), comme les idées commerciales qui reposent sur l’Internet (Lieberman et Montgomery, 1988).

Il faut savoir que stratégies d’imitation et stratégies d’innovation ne sont pas toujours en opposition. Les innovations ne surgissent pas du néant, mais de l’adaptation de ce qui est déjà connu dans un contexte nouveau. C’est donc parfois une question de point de vue si un produit est considéré comme une imitation ou une innovation. Rogers (2003, p. 12) écrit : « It matters little, so far as human behaviour concerned, whether or not an idea is “objectively” new as measured by the lapse of time since its first use or discovery. If an idea seems new to the individual, it is an innovation. » Les idées commerciales existantes qui sont transférées vers un nouveau marché géographique sont plus particulièrement visées par cette citation.

Outre l’attrait pour la nouveauté, le fait que l’aspect novateur d’une idée soit souvent mis en avant alors que l’aspect imitateur reste voilé explique pourquoi la recherche en entrepreneuriat n’étudie que rarement l’imitation. Dans cette optique, James Watt et Jeff Bezos (le fondateur de amazon.com) ont, par exemple, modifié des innovations et des modèles commerciaux existants, mais ils n’en étaient pas les auteurs (Drucker, 2004, p. 122), contrairement à ce que beaucoup d’observateurs pensent étant donné le succès de ces entrepreneurs.

Plusieurs raisons expliquent pourquoi les stratégies d’imitation ont gagné de l’importance ces dernières décennies. Si les produits et la technologie se propagent plus facilement avec la mondialisation des marchés et l’amélioration des technologies de l’information et de la communication, c’est aussi le cas des informations. Ce phénomène facilite l’imitation des idées et l’imitation des imitateurs. Les idées commerciales se diffusent ainsi plus vite autour du monde, de la même façon que le trafic aérien international ait pu causer l’augmentation des épidémies de grippe (Mangili et Gendreau, 2005). On a toutes les raisons de croire que ce processus accéléré de diffusion a un impact considérable sur les économies nationales.

Parallèlement, nous savons relativement peu de chose sur la diffusion globale d’idées commerciales. Bien que la recherche sur les diffusions transnationales se soit accrue (Canepa et Stoneman, 2004 ; Van Meijl et Van Tongeren, 2004), la diffusion d’idées commerciales n’a été que peu examinée jusqu’à présent. Il est bien possible que l’intérêt des gens pour la nouveauté, mentionné plus haut, en soit la cause.

2. Les champs classiques de la recherche sur la diffusion d’idées et de la recherche en entrepreneuriat

2.1. L’évolution et les centres d’intérêt de la recherche sur la diffusion

Le terme « diffusion » trouve ses origines dans les sciences physiques et naturelles. Dérivé du latin diffundere, le mot décrit la divulgation des particules dans les corps solides, les liquides et les gaz (Cussler, 1997). À partir du milieu du XIXe siècle, le terme a été utilisé dans le contexte de l’évolution culturelle des peuples ; aujourd’hui l’évolution des cultures entières (Murdock, 1949 ; Schmidt et Koppers, 1924) ne se trouve plus au centre des recherches sur la diffusion qui s’intéressent dorénavant à la diffusion de pratiques particulières, d’objets et de points de vue (Grattet, Jenness et Curry, 1998).

Dans ce domaine, la théorie de la diffusion du sociologue français Gabriel de Tarde (1890, 1895) peut être considérée comme une oeuvre fondamentale. En tant que juge, de Tarde observa tout d’abord que certains crimes apparaissaient comme des phénomènes de mode et qu’ils se diffusaient. Cela l’amena à s’intéresser à différents phénomènes sociaux comme la langue, la religion et l’art, et à constater dans son oeuvre principale les lois de l’imitation que le développement de la société est en premier lieu déterminé par des processus d’imitation. Il formula les premières règles concernant la diffusion et montra un idéaltype de tracé de courbes de diffusion en forme de « S », basé sur le fait qu’un phénomène social est d’abord repris par quelques-uns, puis par un nombre croissant d’imitateurs et qu’il existe un seuil à partir duquel le taux de croissance baisse et puis décline. Les apports de de Tarde ont ensuite été occultés par la publication des écrits du sociologue Durkheim, mais suscitent depuis un certain temps un regain d’intérêt.

Avec le développement des techniques de communication et l’utilisation accrue des médias de masse, la recherche sur la diffusion s’est bientôt concentrée sur la diffusion des informations et des messages ainsi que sur celle de différents phénomènes (voir, par exemple, Katz, 1960). Rogers (2003) souligne dans son oeuvre fondamentale que la communication est l’aspect central dans les processus de diffusion. Il définit la diffusion comme étant un processus par lequel une innovation est communiquée par certaines voies entre les différents membres d’un système social à l’intérieur d’un certain laps de temps (Rogers, 2003).

Les études ultérieures ont souvent mis en relief le comportement d’adoption des hommes. Un autre centre d’intérêt pour la recherche sur la diffusion réside dans la théorie des réseaux, où la structure des voies de communications et la prise en considération de la proximité physique, en tant que facteurs influençant la diffusion, jouent un rôle central (par exemple, Buskens et Yamaguchi, 1999 ; Hägerstrand, 1953).

Depuis ce temps, la diffusion des innovations est devenue un objet privilégié d’investigation. Les phénomènes naturels, les comportements, comme les formes de communication, ou les méthodes de l’éducation, ainsi que l’utilisation de certains produits et technologies forment aujourd’hui les principaux objets de recherche sur la diffusion. Dans les principales revues de diverses disciplines scientifiques, comme la sociologie, la médecine, l’anthropologie ou les sciences économiques, des articles sur la diffusion ont été publiés (Downs et Mohr, 1976 ; Rogers, 2003).

En nous appuyant sur Rogers, nous pouvons dégager les principaux centres d’intérêt de la recherche sur la diffusion dans le tableau suivant.

Dans le domaine des sciences de gestion, les contributions en marketing et distribution dominent (par exemple, Bradley et Stewart, 2003 ; Mahajan, Muller et Wind, 2000). Par ailleurs, il existe un certain nombre d’études sur la diffusion des pratiques de management (par exemple, Abrahamson et Fairchild, 1992). Quand des modèles d’affaires sont cités dans le contexte de la recherche sur la diffusion, on ne se focalise pas sur leur diffusion. Ainsi, les modèles d’affaires allant des jardins d’enfants aux écoles de conduite ont été analysés pour expliquer la diffusion de certaines méthodes d’éducation ou d’enseignement (Allen, 1956 ; Wollons, 2000), mais pas pour expliquer le comportement entrepreneurial.

2.2. Les développements et intérêts actuels de la recherche en entrepreneuriat

La recherche en entrepreneuriat possède une tradition moins longue que la recherche sur la diffusion. Même si le terme « entrepreneurship » apparaît déjà au XVIIIe siècle dans le contexte des créations d’entreprise, il ne devient objet de recherche qu’au milieu du XXe siècle. Selon Fallgatter, la recherche en entrepreneuriat ne s’est établie qu’à partir de 1990 aux États-Unis, en tant que discipline scientifique. L’un des premiers indices de cette institutionnalisation est la Division Entrepreneurship, fondée en 1987, de l’Academy of Management (Bygrave et Hofer, 1991 ; Fallgatter, 2004 ; Pleitner, 2001).

Au cours des dix dernières années, la recherche en entrepreneuriat a également gagné de l’importance en Allemagne (Dowling et Drumm, 2003 ; Pleitner, 2001). Son impact se manifeste entre autres par sa diffusion rapide dans les universités ; on soutient d’ailleurs qu’il s’agit de la discipline dont la croissance est la plus rapide (Klandt, 2004 ; Ripsas, 1998).

Les thèmes dans ce domaine de recherche relativement jeune sont variés et interdisciplinaires. Cette interdisciplinarité ressort notamment dans la classification de la recherche en entrepreneuriat proposée par Stevenson et Jarillo (1990). À l’époque, ces auteurs différenciaient trois courants théoriques : l’approche gestionnaire, l’approche économique et l’approche sociopsychologique. Aujourd’hui, une multitude de questions sont étudiées dans différents sous-domaines. Fallgatter (2004) esquisse un cadre de référence (exposé ci-dessous) pour la recherche et l’enseignement en entrepreneuriat en s’appuyant sur les travaux de Bygrave (1989, 1997), Shane et Venkataraman (2000) et Timmons (1999).

Figure 1

Les domaines de la recherche en entrepreneuriat

Source : Fallgater, 2004.
Les domaines de la recherche en entrepreneuriat

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Force est de constater que la diffusion de nouvelles idées commerciales n’est pas un thème central dans les recherches en entrepreneuriat, mais figure plutôt parmi les thèmes relevés dans des sous-domaines ou des domaines connexes.

2.3. Les formes de diffusion d’idées commerciales

Les idées commerciales peuvent être diffusées de différentes façons sans forcément donner lieu à une création d’entreprise. En principe, on peut distinguer entre la diffusion induite par l’innovateur et celle induite par d’autres. Dans le premier cas, l’innovateur reproduit lui-même ailleurs son idée commerciale ; les filiales dans le commerce ou l’expansion à l’international en sont des exemples. Cette forme de diffusion est analysée dans la littérature sur le management international (Gimeno etal., 2005) et l’entrepreneuriat international (Zacharakis, 1997). Dans ce contexte, la franchise joue un rôle important. Cette forme hybride de diffusion est initiée par l’innovateur (ou par l’un des premiers adopteurs), mais réalisée en collaboration avec d’autres entrepreneurs. Les recherches sur la franchise constituent désormais un champ de recherche en entrepreneuriat (Blair et Lafontaine, 2005) et les stratégies d’internationalisation y jouent un rôle très important (Wright et Ricks, 1994). Les imitations qui émanent des autres visent surtout les imitations de modèles d’affaires par des entrepreneurs indépendants. Une variante est l’imitation « prévue », qui se produit lorsque deux (ou plus) entreprises sont fondées à partir de la même idée commerciale, à l’insu des acteurs.

Puisque la diffusion d’idées commerciales, comparée aux autres types de diffusion, joue un rôle mineur dans la littérature, nous exposerons ci-après des questions de recherche potentielles qui peuvent apparaître à la jonction de la recherche sur la diffusion et de celle sur l’entrepreneuriat.

3. Le lien entre la recherche sur la diffusion et sur l’entrepreneuriat

3.1. Les particularités de la diffusion d’idées commerciales

La recherche en entrepreneuriat peut être enrichie par des méthodes et des idées issues de la recherche sur la diffusion. Néanmoins, toutes les méthodes ne peuvent pas être adoptées entièrement (pour ne pas dire imitées). La diffusion d’idées commerciales se distingue sur bien des plans de la diffusion de produits ou de technologies, principal objet de la recherche sur la diffusion en gestion. Le tableau 2 montre les différences les plus importantes.

Tandis que les imitateurs de produits ou de technologies sont en général des usagers finaux, ceux qui adoptent des idées commerciales sont des entrepreneurs. En règle générale, le processus de diffusion se dévoile uniquement au chercheur, quand un créateur d’entreprise transpose une idée commerciale en modèle d’affaires, puis le réalise. Le modèle d’affaires surpasse l’idée commerciale dans la mesure où l’on y détermine la mécanique des revenus (le choix qui détermine la structure des coûts et qui influence donc les revenus) et l’on y définit quels processus de création de richesse seront opérés par l’entrepreneur même et lesquels seront exécutés par les fournisseurs, les clients ou les partenaires de coopération.

Comme les imitateurs de produits ou de technologies, les entrepreneurs se font concurrence, et cela les incite à la différenciation. Ainsi, à l’encontre de ce que l’on postule dans la recherche classique sur la diffusion, la proximité géographique ne peut pas être considérée comme un facteur propice à la diffusion. Il faut alors s’attendre à ce que l’effet de « voisinage » (Cliff, 1968) n’apparaisse pas (ou pas de la manière prévue lorsque des idées commerciales sont concernées.

Les processus d’adoption se distinguent également de façon marquée. Si l’adoption de technologies ou de produits s’accompagne généralement d’une appropriation cognitive et/ou d’un processus d’achat, l’offre des imitateurs d’idées commerciales doit être, quant à elle, adoptée par le consommateur final. L’adoption d’une idée commerciale est accompagnée d’un processus complexe de création d’entreprise. Par conséquent, le concept d’adoption possède davantage de dimensions dans le cas d’une création d’entreprise. De nombreuses études sur la diffusion de produits ou de technologies utilisent finalement une conception dichotomique de l’adoption (oui/non). Cependant, dans le cadre de la diffusion d’idées commerciales, le succès de l’adoption, voire de l’entreprise, joue un rôle primordial, de sorte que les considérations sur la performance constituent un élargissement important de ce champ de recherche.

3.2. Centres d’intérêt possibles dans le champ de recherche sur la « diffusion d’idées commerciales »

En alliant les champs de recherche sur la diffusion et sur l’entrepreneuriat, de nouvelles questions de recherche se profilent. Le schéma suivant montre les questions qui, à travers un processus de diffusion, peuvent émerger.

Figure 2

Domaines de recherche sur la diffusion de modèles d’affaires

Origine

  • Ordre de diffusion

  • Canaux de communication

  • Modification

  • Rétroaction

  • Caractéristiques de l’« adopteur »

  • Environnement

Domaines de recherche sur la diffusion de modèles d’affaires

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3.2.1. L’origine

En rétrospective, ceux qui ont exploité avec succès une idée commerciale apparaissent souvent comme ses inventeurs et ce n’est qu’en y regardant de plus près qu’on se rend compte que le succès du early adopter éclipse souvent l’origine véritable de l’idée. Un exemple célèbre en est Jeff Bezos, créateur de amazon.com, qui n’a pas inventé le commerce de livres par Internet, mais seulement modifié une idée commerciale déjà existante. Toutefois, les idées commerciales qui se diffusent avec succès autour du globe peuvent être attribuées à un auteur, auquel tous ceux qui l’adoptent ultérieurement se réfèrent directement ou indirectement. Mais elles peuvent aussi avoir de multiples origines et être attribuées à plusieurs innovateurs indépendants et géographiquement éloignés. Enfin, une innovation peut être incrémentale et, dans ce cas, son origine peut être difficile à retracer.

La question de l’origine de l’idée commerciale est importante pour plusieurs raisons. D’abord, elle incite les chercheurs à se demander si l’innovateur se distingue par certaines caractéristiques ou si certains environnements sont plus propices que d’autres à la genèse d’une idée commerciale (par exemple, des métropoles). Par ailleurs, la question sur l’origine entraîne des implications théoriques importantes.

Parmi les théoriciens de l’évolution qui estiment qu’il existe un processus d’évolution dominant, l’idée que toutes les entreprises subissent plus ou moins parallèlement la même évolution est défendue. L’évolutionniste classique suppose que les développements innovateurs résultent inévitablement de certaines évolutions de l’environnement (Steward, 1955). Dans une perspective anthropologique, cela signifie que les êtres humains sont par définition inventifs et qu’ils peuvent réagir, indépendamment l’un de l’autre, à leur environnement.

En revanche, les partisans du diffusionnisme considèrent la diffusion de phénomènes à partir d’un endroit, d’une culture ou allant d’une personne vers une autre et reconnaissent donc implicitement que les êtres humains ne sont pas des inventeurs mais des imitateurs (Marschall, 1990). La question de savoir si un modèle d’affaires comporte une ou plusieurs origines est liée à une autre question : Existe-t-il certains développements dans l’environnement qui suscitent des innovations ou est-ce que ce sont les caractéristiques uniques de l’entrepreneur qui mènent à un comportement d’innovation ? S’il existe plusieurs origines pour un même modèle, les approches qui soulignent l’importance de l’environnement s’y voient renforcées, puisque les approches classiques de la diffusion, de la « great man theory » (Borgatta, Bales et Couch, 1954), se fondent généralement sur l’idée d’un seul point d’origine.

3.2.2. Les modèles de diffusion

La diffusion d’idées commerciales peut emprunter plusieurs voies. La question qui se pose ici est alors de savoir si les voies de diffusion d’idées commerciales se distinguent du tracé classique en forme de S de la courbe de diffusion et de quelle manière. Sur la base de ces courbes de diffusion, des types d’« adopteurs » (early adopters, early majority, late majority, laggards) peuvent être distingués (Rogers, 2003). D’une manière générale, deux groupes d’« adopteurs » peuvent être distingués : les « adopteurs » de l’idée commerciale même et les « adopteurs » de l’offre qui en résulte, c’est-à-dire les usagers finaux. Les deux processus de diffusion sont interdépendants, car la diffusion d’idées commerciales dépend de son acceptation par les usagers finaux et inversement.

La question des avantages du « first/early mover » est également importante. Le manque d’essais d’une idée commerciale nouvelle et les prétendues « erreurs de jeunesse » peuvent constituer un désavantage pour les premiers « adopteurs ». Pourtant, on peut penser que les idées commerciales ne sont pas adoptées avant que l’on en constate le succès [2]. En outre, il est nécessaire de distinguer le « primo-adopteur global » du « primo-adopteur national ». Il se peut que ces derniers réussissent à réaliser un modèle d’entreprise dans un pays donné, en profitant des avantages liés à leur position (par exemple, atteinte d’une masse critique de clients), sans souffrir d’inconvénients spécifiques.

La recherche quantitative sur la diffusion a développé une multitude de modèles, généralement basés sur le modèle de Bass (1969), pour l’analyse formelle des modes de diffusion (Sabel et Weiser, 1998). Pour mesurer la diffusion, différentes variables peuvent être utilisées (Dwyer, Mesak et Hsu, 2005 ; Van den Bulte, 2000). Des valeurs de densité de la diffusion peuvent être calculées en opposant la diffusion actuelle d’une innovation dans une certaine région géographique à une valeur qui décrit la concentration la plus forte possible ou probable dans cette région (Mahajan, Muller et Wind, 2000). La vitesse de diffusion peut être mesurée à l’aide du taux de diffusion (Bass, 1969 ; Mansfield, 1963, 1968). Des travaux comme celui de Mansfield, Schwartz et Wagner (1981) montrent que même les innovations qui sont protégées par des brevets sont souvent et rapidement imitées.

Le taux de diffusion devrait également être lié aux propriétés du modèle d’affaires utilisé. Ainsi, la possibilité de copier un modèle commercial devrait se répercuter sur sa vitesse de diffusion. De même, une autre propriété qui influence la diffusion est sa faisabilité. Les ressources tangibles et intangibles nécessaires à la réalisation des idées commerciales peuvent constituer une protection contre l’imitation (Dierickx et Cool, 1989). Dans cette optique, l’approche stratégique centrée sur les ressources (resource-based view ou RBV) peut donner des explications sur les différences de vitesse de diffusion.

3.2.3. Les canaux de communication et les réseaux

Une multitude d’études sur la diffusion s’intéressent à la communication et aux flux d’informations au sein du processus de diffusion (Mansfield, 1968 ; Shao, 1999 ; Stoneman, 1986). Les approches épidémiques, en particulier, soulignent l’importance des informations pour la diffusion (Mahajan, Muller et Bass, 1990 ; Mansfield, 1968). L’importance des réseaux personnels est mise en évidence non seulement dans la recherche sur la diffusion mais également en entrepreneuriat. Dans la diffusion d’idées commerciales, les voies d’information et de communication utilisées semblent intéressantes. D’un point de vue de la gestion, l’influence de l’utilisation de certaines voies d’information et de communication sur le succès d’un modèle d’affaires est considérable. En recherche sur la diffusion des produits et des technologies et également dans certaines approches sociologiques de la diffusion, il est admis que les imitateurs s’appuient sur les décisions d’adoption des autres membres du système social pour prendre leur propre décision d’adoption. Les raisons en sont, entre autres, qu’ils possèdent alors un degré élevé d’informations sur les innovations et sur sa qualité et qu’ils profitent des effets d’expérience.

À l’avenir, la question de savoir qui les adopteurs/imitateurs d’une idée commerciale imitent peut être examinée. S’il est peu probable qu’une pression sociale soit exercée pour encourager l’adoption d’une idée commerciale, le degré croissant d’information et la disponibilité d’expériences d’autrui devraient, quant à eux, jouer un rôle central au regard de l’imitation d’idées commerciales.

S’agissant de la transmission d’informations, il faut distinguer entre les médias publics et les communications interpersonnelles (Rogers, 2003). Ce dernier type de communication vise les contacts avec les personnes appartenant à l’entourage immédiat (strong ties) et ceux que l’on établit avec des membres du cercle social élargi (weak ties), par exemple, les connaissances ou les collègues de travail. Selon la théorie, les informations privées, contrairement aux informations publiques, peuvent procurer un avantage face à la concurrence (Barney, 1986 ; Birley, 1985). Les sociopsychologues ont montré que le comportement des êtres humains est moins influencé par les médias qu’on ne le supposait et que les interrelations humaines sont des variables à prendre en considération (Mikl-Horke, 2005). Les leaders d’opinion sont également importants, comme ils transmettent les informations aux « suiveurs » potentiels ou influencent la décision d’adoption des autres par leurs actions (Black, 1982 ; Evans et Fill, 2000). À ce stade de notre exposé, il n’est pas clair si ces connaissances peuvent aussi s’appliquer à la diffusion d’idées commerciales.

La théorie des réseaux nous permet d’examiner le tissu relationnel des « suiveurs ». Selon Aldrich et Zimmer (1986), il existe aujourd’hui une série d’études soulignant l’importance des réseaux pour la création d’entreprises. En général, ces approches s’appuient sur l’hypothèse selon laquelle le succès des entrepreneurs est favorablement influencé par la taille de leur réseau social et sa diversité (Aldrich, Rosen et Woodward, 1987 ; Brüderl et Preisendörfer, 1998 ; Hansen, 1995). D’une manière générale, la création d’entreprises requiert plus d’informations que celles dont l’entrepreneur dispose lors de sa décision de création (Cooper, Folta et Woo, 1991). Plus précisément, lors de l’imitation de modèles d’affaires existants, les chances de réussite doivent d’abord être comparées aux risques encourus. Ensuite, au cours de la réalisation du modèle d’affaires, des informations complémentaires doivent être recueillies. Des contacts peuvent être mobilisés pour obtenir des informations introuvables ou disponibles mais à des coûts élevés.

En nous appuyant sur les niveaux d’observation de Lincoln (1982), on devrait, pour l’examen des réseaux utilisés par les imitateurs, identifier les acteurs du réseau (personnes, groupes, institutions), le type de lien qui les relie et les caractéristiques de ce réseau (par exemple, sa structure hiérarchique). Ainsi, il serait possible d’examiner à l’aide d’approches mathématiques et quantitatives les effets des caractéristiques structurelles de la communication au sein de réseaux sur la diffusion et le succès d’idées commerciales.

3.2.4. La modification

Aux côtés de la diffusion d’idées commerciales, la diffusion de leurs modifications semble également intéressante. Ce sont surtout les approches évolutionnistes (par exemple, Nelson et Winter, 1982 ; Tushman et Rosenkopf, 1992) qui mettent en évidence la modification de produits, de procédés ou d’idées en tant que conséquence de processus de sélection et de stabilisation sociales.

Certains arguments indiquent que les derniers « imitateurs » modifient davantage car, pour eux, la modification n’engendre pas de coûts irrécupérables. En outre, on peut penser que la pression à modifier augmente lorsque les « adopteurs » se trouvent dans une situation de concurrence directe - ce qui est le cas lorsque la densité de la diffusion est élevée. On pourrait alors vérifier si le taux de densité de la diffusion est relié positivement à la fréquence de modification des idées commerciales.

3.2.5. Implications

Comme les derniers « adopteurs » modifient le plus les idées commerciales, ils peuvent influencer les entreprises qu’ils ont imitées initialement. Par conséquent, des rétroactions au sein du réseau de diffusion se développent puisque les modifications reviennent vers l’innovateur initial ou les premiers « adopteurs ». Pour cette raison, les idées commerciales nouvelles ne devraient pas être appréhendées dans la perspective d’un acteur isolé, mais plutôt en tant que produit d’un réseau d’innovation plus vaste, composé d’acteurs s’observant mutuellement. La théorie des réseaux peut être utilisée pour les analyser (Knoke et Burt, 1983). Déjà de Tarde (1890) soulignait que l’imitation était un processus réciproque et que même l’imitateur donnait un exemple pour l’imité. Cela soulève la question de l’évolution de la diffusion des modifications. Ainsi, il conviendrait de chercher à savoir si les modifications se rediffusent des derniers « adopteurs » vers les « premiers adopteurs » ou si l’innovateur initial (ou les innovateurs initiaux) reste la source primaire des innovations.

3.2.6 Les caractéristiques d’adopteur

Depuis ses débuts, les traits de caractère des entrepreneurs sont au centre de la recherche sur l’entrepreneuriat (Wortmann, 1987). La recherche sur la diffusion essaie également de cerner les caractéristiques des « adopteurs » qui influencent le cours de la diffusion (Rogers, 2003), en particulier, celles qui favorisent le succès. La prévision du chiffre d’affaires joue un rôle central dans la recherche sur la diffusion en marketing.

Dans les études ultérieures, l’analyse des caractéristiques des imitateurs devrait également constituer un point central de la recherche. On pourrait, par exemple, vérifier si un imitateur d’idées commerciales innovantes possède des qualités particulières.

Ainsi, les caractéristiques d’un créateur d’entreprise et imitateur comme, par exemple, l’âge, la situation familiale, la religion, le sexe ou la nationalité seraient à examiner. Outre cela, les traits personnels des « adopteurs » de modèles d’affaires comme leurs motivations, leur tolérance au risque et leur quête d’autonomie peuvent aussi être étudiées. En s’appuyant sur la théorie du « locus of control » de Rotter (1966), on pourrait examiner dans quelle mesure la croyance au succès influe sur ce succès ainsi que sur la diffusion d’idées commerciales. Il existe, par exemple, des études qui s’intéressent au lien entre le désir d’indépendance professionnelle et l’appartenance à un groupe ethnique (Shapero et Sokol, 1982 ; Storey, 1994).

3.2.7. L’environnement

Dans la recherche classique sur la diffusion, comme en entrepreneuriat, on relève des travaux théoriques et empiriques sur les facteurs environnementaux qui influencent les activités de création d’entreprises et la diffusion (par exemple, Aldrich et Wiedenmayer, 1993 ; Aiken et Alford, 1970 ; Baum, Locke et Smith, 2001 ; Berry et Berry, 1990). Ces études montrent que les facteurs environnementaux macroéconomiques et politico-juridiques influencent fortement les processus de diffusion ; on peut présumer que cela vaut également pour les idées commerciales. Dans le Global Entrepreneurship Monitor, on décrit les conditions de création dans divers pays (GEM, 2005). Ainsi, il est possible de connaître les pays dans lesquels les conditions sont propices à la création et d’autres où elles ne le sont pas. Il est fort possible que ces facteurs influencent également la diffusion.

D’un point de vue juridique, les idées commerciales innovantes présentent un intérêt particulier puisque la protection contre les imitateurs d’un modèle d’affaires ne se limite pas à la protection par des brevets d’invention relatifs à des produits et à des technologies (Helpmann, 1993). En effet, il existe des règlements internationaux visant à protéger la propriété intellectuelle des imitations, qui posent des défis juridiques et se répercutent sur le processus de diffusion d’idées commerciales innovantes.

Le type et l’intensité des liens qui existent entre les pays suscitent également beaucoup d’intérêt. Il semble évident que les informations peuvent être échangées plus aisément entre des pays ayant des liens étroits. Cette proximité devrait également avoir un impact sur la diffusion d’idées commerciales innovantes. On pourrait donc examiner dans quelle mesure la proximité entre les pays favorise cette diffusion. Mais la proximité géographique n’est pas le seul facteur à considérer ; en effet, les barrières linguistiques et culturelles, l’intensité du commerce extérieur, l’interdépendance de la technologie de communication ou le degré des échanges personnels sont d’autres facteurs qui expriment la proximité entre deux pays. Il serait donc intéressant d’analyser si ces facteurs accélèrent l’adoption d’idées commerciales.

Une multitude d’autres caractéristiques reliées à l’environnement sont à prendre en considération pour déterminer quels pays sont pionniers dans l’adoption d’idées commerciales ; ces caractéristiques incluent la densité de la population, le PIB, l’infrastructure de communication, la diffusion d’Internet ou l’attitude de la population face à l’imitation.

Conclusion et perspectives

La diffusion globale d’idées commerciales, qui se trouve à la jonction de la recherche sur la diffusion et de celle sur l’entrepreneuriat, est un thème important et jusqu’à présent fortement négligé. Dans cette contribution, un programme de recherche pour ce champ a été établi. L’analyse a montré que la diffusion d’idées commerciales diffère clairement des objets classiques de la recherche sur la diffusion. L’effet de « voisinage » n’existe pas toujours et/ou l’adoption ne consiste pas uniquement en un processus cognitif relativement passif, voire en un processus d’achat, mais elle est également un processus de création actif et complexe. Le processus de diffusion d’idées commerciales est plus complexe, puisque l’innovateur et les entreprises qui l’imitent, ainsi que les clients de ces entreprises constituent des acteurs additionnels. Cela démontre aussi que la recherche classique sur la diffusion était déjà indirectement liée à l’entrepreneuriat. En effet, lorsque dans des études classiques (par exemple, celle de Ironmonger, Lloyd-Smith et Soupourmas, 2000), la diffusion internationale de fours à micro-ondes ou l’accès à Internet ont été analysés, cela impliquait nécessairement une activité entrepreneuriale. Miller et Garnsey (2000) soutiennent à juste titre que la recherche sur la diffusion a également à apprendre de la recherche en entrepreneuriat.

Le programme de recherche présenté dans cette contribution a posé quelques défis théoriques et empiriques. Les défis théoriques incluent l’examen des questions classiques de la recherche sur l’entrepreneuriat – des thèmes comme l’avantage du premier entrant, les caractéristiques du créateur et de l’imitateur, les conditions générales nationales, l’importance des plans d’affaires et l’existence d’aides à la création en font partie – et la possibilité de les transposer à la recherche sur les imitations créatives. Parmi les défis empiriques à relever, nous pouvons compter le développement de méthodes d’enquête sur l’activité imitative comme la transposition des méthodes de la théorie résiliaire aux réseaux internationaux d’entrepreneurs. À côté de ceci, quelques vides méthodiques restent à combler. Par exemple, dans les études classiques sur la diffusion, le nombre d’imitateurs potentiels est une variable de référence importante. Une telle variable manque aux recherches sur la diffusion d’idées commerciales et empêche de déterminer quand les effets de saturation ralentissent le processus de diffusion.

L’origine des idées commerciales constitue également une question théorique fort intéressante. Si l’on découvrait que les idées commerciales ne se développent pas dans un seul endroit, mais qu’elles apparaissent parallèlement à plusieurs endroits dans le monde, cela modifierait considérablement la perception que l’on a de l’entrepreneur. Le programme de recherche exposé ici comporte aussi des aspects pratiques. D’ailleurs, des données descriptives sur la vitesse de diffusion des idées commerciales auraient déjà une importance significative pour les entreprises innovantes ou qui imitent. La question de savoir si les premiers entrants nationaux réussissent à combiner les avantages des premiers entrants (par exemple le manque de concurrence, le marché captif) avec ceux des entrants tardifs (par exemple éviter les « erreurs de jeunesse ») est également significative. À un plan plus macroéconomique, il importe d’explorer la diffusion d’idées commerciales. La vitesse de la diffusion des idées commerciales et les barrières qui l’entravent renseignent sur les conditions dans lesquelles un avantage compétitif national (Porter, 2000) peut être maintenu. D’autres questions intéressantes concernent les conditions régulatrices, économiques, culturelles ou politiques favorisant, d’un côté, les innovations et, d’un autre, l’imitation créative. Devant ces divers constats, il est surprenant que, jusqu’ici, la diffusion des idées commerciales n’ait pas été étudiée ni en entrepreneuriat ni en recherche sur la diffusion. À l’aide de ce programme, un premier pas vers l’exploration de ce phénomène complexe nous semble avoir été franchi.

Parties annexes