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Éric Bellavance : Les traditions religieuses de l’Égypte et du Proche-Orient anciens
Jean-Marc Larouche et Guy Ménard
I. Traditions religieuses de l’Humanité
II. Textes sacrés et traditions religieuses anciennes
III. Nouvelles manifestations du religieux dans la culture
IV. Religion, pratiques sociales et productions culturelles

Les traditions religieuses de l’Égypte et du Proche-Orient anciens

Éric Bellavance

En Égypte, comme au Proche-Orient ancien, le monde divin s’intègre dans tous les domaines de la vie humaine. Aussi, la plupart des nombreux objets d’étude (la royauté, la littérature au sens large, l’économie, la politique, l’art, l’astronomie, etc.) de ces deux grandes civilisations antiques sont-ils liés, directement ou indirectement, au domaine religieux. Bien que les civilisations de l’Égypte et celles du Proche-Orient ancien se soient développées à peu près simultanément, de nombreuses différences subsistent entre celles-ci quant à leur conception du monde divin. Nous avons donc jugé préférable de les traiter séparément.

L’étude des traditions religieuses de l’Égypte ancienne

Au Canada1

Parmi le nombre déjà restreint de chercheurs canadiens anglais qui se sont intéressés aux multiples facettes de la civilisation égyptienne, seule une minorité s’est attardée à ses traditions religieuses. Dans la première moitié du XXe siècle, un seul égyptologue canadien se démarqua dans ce domaine. Samuel A.B. Mercer, qui enseigna à l’U. de Toronto des années vingt aux années cinquante, est l’auteur de plusieurs monographies sur la religion égyptienne. Parmi les plus célèbres, notons  : Growth of Religious and Moral Ideas in Egypt (1919)  ; Études sur les origines de la religion de l’Égypte (1929)  ; Egyptian Religion (1933), et The Religion of Ancient Egypt (1949). Mercer a également publié la traduction et les commentaires des textes des pyramides et des tablettes de Tell el-Amarna  : The Tell el-Amarna Tablets (1939), et The Pyramid Texts, in Translation and in Commentary  ; Literary Criticism of the Pyramid Texts (1952).

Au Canada, seule l’U. de Toronto enseigne tangentiellement les traditions religieuses de l’Égypte ancienne à l’intérieur du Department of Near and Middle Eastern Civilisations. Notons également que les départements d’études classiques, d’histoire de l’art et des civilisations du Proche et du Moyen-Orient de cette même université offrent un programme interdisciplinaire de 2e et 3e cycles intitulé «  Ancient Studies  ». Une dizaine de cours, couvrant entre autres la langue, la littérature et la religion égyptiennes, y sont offerts.

C’est également à Toronto que se trouve le siège social de la Society for the Study of Egyptian Antiquities. Cette société sans but lucratif fut fondée en 1969 et incorporée le 10 août 1970 sous les lois de la province de l’Ontario. La SSEA a pour mission de stimuler l’intérêt pour l’égyptologie, d’assister les professionnels et les non-professionnels dans leurs recherches en ce domaine et de promouvoir les expéditions archéologiques en Égypte. De plus, la SSEA publie annuellement une revue sur les aspects les plus divers de la civilisation égyptienne (Journal of the Society for the Study of Egyptian antiquities, JSSEA). Cette société est toujours active et possède maintenant des chapitres en Alberta — à Calgary, plus précisément — et au Québec, à Montréal.

Comme nous l’avons déjà mentionné brièvement, le nombre de publications s’intéressant à l’étude des traditions religieuses de l’Égypte ancienne est assez limité dans la première moitié du XXe siècle et le demeurera dans la seconde. Cependant, à partir des années soixante, Donald B. Redford, un des plus grands égyptologues canadiens, débuta sa carrière2. Il publia en 1965 sa thèse de doctorat de l’U. de Toronto (Redford, 1965) et enseigna, jusqu’à tout récemment, au Department of Near and Middle Eastern Civilisations de cette même université. Les recherches de D. B. Redford se sont surtout concentrées sur la période amarnienne, dominée par le règne controversé du pharaon Amenhotep IV (Akhenaton) (~1350-~1333), et qui fut marquée par l’adoption d’une nouvelle religion d’État, fondée sur le culte d’un dieu jusqu’alors inconnu, Aton, et le rejet systématique du panthéon polythéiste traditionnel. C’est à Karnak-Est que Redford dirige, depuis 1972, une mission archéologique intitulée «  Akhenaten Temple Project  ». Cette mission se concentre sur l’excavation d’un temple construit en l’honneur d’Aton avant le transfert de la capitale — et, donc, avant la réforme religieuse imposée par le pharaon3.

En s’appuyant sur plus d’un siècle de recherche à Karnak-Est, et grâce à certaines nouvelles informations fournies par les fouilles qu’il dirige, Redford (1984) publia un ouvrage faisant le point sur le règne controversé du pharaon Akhenaton. L’auteur considère le pharaon hérétique comme un monarque faible et incompétent qui imposa une réforme religieuse non voulue par les Égyptiens et sans véritable contenu éthique ou intellectuel.

Ronald J. Leprohon, qui enseigne présentement l’histoire, les langues et la religion de l’Égypte ancienne au Department of Near and Middle Eastern Civilisations de l’U. de Toronto, est l’auteur de quelques articles sur divers aspects de la religion égyptienne. Il est entre autre le co-auteur d’une étude des traditions religieuses de l’Ancien Empire et d’une autre sur le thème de la mort selon la religion de cette même période (Haynes et Leprohon, 1993).

La période d’Amarna a également été étudiée par Vincent Ariah Tobin. Auteur de plusieurs articles sur la religion et la culture égyptienne, il enseigne présentement l’histoire de l’Égypte et les langues anciennes à l’U. Saint Mary’s d’Halifax. Dans un ouvrage intitulé Theological Principles of Egyptian Religion (1989), Tobin propose une analyse théologique de la religion de l’ancienne Égypte. L’auteur considère le corpus mythologique égyptien non pas comme une collection de légendes et de traditions à propos des dieux, mais plutôt comme un système de symbolisme mythologique soigneusement construit. L’auteur démontre que le système mythologique égyptien était l’articulation d’une intuition théologique hautement sophistiquée et intellectuelle, intuition qui a produit et intégré des perceptions de la réalité et exprimé l’ordre de base apparenté à la mentalité égyptienne — et ce, dans tous les domaines de l’existence (Tobin, 1993). Outre cet ouvrage, Tobin (1990) a publié entre autres un excellent article sur les principaux thèmes de la religion de l’ancien empire, de la psychologie et de l’expérience religieuses, «  The Bicamenal Mind as a Rationale of Egyptian Religion  ».

Au Québec

L’histoire de l’étude des traditions religieuses de l’Égypte, au Québec, est très courte. Si l’on exclut Bruce Trigger, professeur au département d’anthropologie de l’U. McGill, aucun chercheur québécois n’a abordé de manière approfondie le domaine des traditions religieuses de l’Égypte ancienne. Toutefois, l’arrivée de l’égyptologue Jean Revez, chargé de cours au département d’histoire à l’U. du Québec à Montréal, permettra vraisemblablement de développer l’étude de la civilisation égyptienne, et par le fait même de sa religion.

La ville de Montréal possède, à l’instar de celle de Calgary, un chapitre de la Society for the Study of Egyptian Antiquities (SSEA). C’est en 1995 que Robert Chadwick, professeur au collège John Abbott, entama les démarches pour mettre sur pied la branche québécoise de la Société pour l’étude de l’Égypte ancienne (SÉÉA). Cette dernière fut finalement inaugurée en novembre 1999.

Bruce Trigger est le co-auteur d’un ouvrage complet et ambitieux portant sur l’histoire sociale de l’ancienne Égypte (Trigger, Kemp, O’Connor et Lloyd, 1983). Par contre, les traditions religieuses n’y sont abordées qu’indirectement4. Dans un livre construit autour de quatre conférences intitulées «  Ancient Egypt as an Early Civilisation  », données à l’U. américaine du Caire, Trigger (1993) propose une étude comparative entre sept civilisations anciennes ou contemporaines, parmi lesquelles se trouvent l’Ancien et le Moyen Empire égyptien. Trigger soutient qu’il a découvert une certaine uniformité dans les croyances religieuses des sept civilisations dont il propose l’étude.

Finalement, dans une thèse de doctorat en égyptologie, publiée à l’U. de Paris-Sorbonne, Jean Revez (1998) analyse l’idéologie royale dans les modalités de succession, en mettant l’accent sur le rôle des frères du pharaon. Par le biais de l’étude du mythe de Seth, le frère-assassin du grand dieu Osiris, Revez apporte une lumière nouvelle sur la parenté royale et plus précisément sur celle du frère — ou des frères — du pharaon. De plus, Revez publiera sous peu, aux éditions MNH, un petit ouvrage sur les pyramides.

Prospective

Les études comparatives entre les traditions religieuses égyptiennes et celles de civilisations qui leur sont ou non contemporaines semblent vouées à un avenir florissant. Il pourrait donc être intéressant pour les égyptologues de poursuivre et d’approfondir les études comparatives entreprises par B. Trigger. En mettant leur expertise en commun avec des assyriologues, biblistes et anthropologues, les égyptologues pourront ainsi dresser un portrait beaucoup plus complet des traditions religieuses de l’Égypte ancienne. À notre avis, seule une approche interdisciplinaire permettra de dépasser et d’améliorer les résultats obtenus en deux cents années d’égyptologie.

Les traditions religieuses de l’Ancien Empire de même que celles des époques amarnienne et grecque ont été bien étudiées à ce jour, principalement par les auteurs allemands. Par contre, l’étude des traditions religieuses des dynasties royales étrangères n’a guère été abordée. Il semblerait que les dynasties libyennes (XXIIe-XXIVe), éthiopienne (XXVe) et saïte (XXVIe) aient apporté des transformations à l’intérieur des traditions religieuses égyptiennes qui mériteraient d’être analysées avec attention.

En terminant, mentionnons qu’en dépit du fait que le corpus religieux de l’ancienne Égypte ait été bien étudié, la richesse de la documentation permet d’anticiper de nouvelles découvertes.

L’étude des traditions religieuses du Proche-Orient ancien

Au Canada

L’étude des traditions religieuses du Proche-Orient ancien n’est guère plus développée que celle de l’Égypte. Dans l’ensemble du Canada, seule l’U. de Toronto, ici encore, possède un département consacré à l’étude des civilisations du Proche-Orient ancien. Le Department of Near and Middle Eastern Civilisations fut fondé le 1er juillet 1996, résultant de la fusion de deux départements jusqu’alors séparés, c’est-à-dire le département des Near Eastern Studies (NES) et celui des Middle East and Islamic Studies (MEI). Ces départements, sous plusieurs désignations successives, ont existé à l’U. de Toronto depuis plus de cent cinquante ans.

La Société canadienne des études mésopotamiennes, présidée par Grant Frame de l’U. de Toronto, est une organisation sans but lucratif qui a pour objet de stimuler l’intérêt dans le grand public pour la culture, l’histoire et l’archéologie de la Mésopotamie. La Société publie un bulletin bilingue deux fois par année et regroupe des articles de spécialistes canadiens mais, aussi, d’un peu partout à travers le monde.

Au Québec

Malgré le nombre restreint de spécialistes au Québec, l’étude des traditions religieuses du Proche-Orient est toujours vivante, quoiqu’assez marginale. Aucune université québécoise ne possède l’équivalent du Department of Near and Middle Eastern Civilisation de l’U. de Toronto. Cependant, la faculté de théologie de l’U. de Montréal offre depuis quelques années une option «  Religions du Proche-Orient ancien  » à l’intérieur de ses programmes de cycles supérieurs en études bibliques et en sciences de la religion.

Toujours au Québec, l’Association des études du Proche-Orient ancien, fondée par Marcel Leibovici au début des années quatre-vingt-dix, est une société à but non lucratif qui regroupe des chercheurs, des professeurs et des étudiants s’intéressant à la civilisation du Proche-Orient ancien (Asie mineure, Croissant fertile, Égypte et Grèce). L’association était présidée par Aldina Da Silva, historienne du Proche-Orient ancien, bibliste et professeure agrégée à la faculté de théologie de l’U. de Montréal, jusqu’à son décès survenu prématurément en décembre 20005.

Un des premiers spécialistes québécois à s’intéresser aux traditions religieuses du Proche-Orient ancien fut Marcel Leibovici, qui enseigna au département d’histoire de l’U. de Montréal jusqu’en 1993. Dans sa longue et prolifique carrière, M. Leibovici fut le co-directeur de deux ouvrages classiques sur la création du monde et la divination. La naissance du monde (Garelli et Leibovici, 1959) se veut un essai ambitieux, regroupant les principales traditions cosmogoniques d’une dizaine de civilisations, d’endroits et d’époques diverses. Garelli et Leibovici y sont responsables de l’article sur les cosmogonies akkadiennes. Dans un autre ouvrage, tout aussi ambitieux que le précédent, M. Leibovici, en collaboration cette fois avec le renommé spécialiste français André Caquot (Cacquot et Leibovici, 1968), présente une série d’études sur les traditions divinatoires anciennes et modernes. Le résultat de cette analyse est significatif  : il semblerait que la consultation divinatoire soit associée à certaines périodes critiques auxquelles sont confrontées la majorité des civilisations humaines  : à la veille d’une guerre, lors d’une épidémie, avant un mariage, au sujet de la construction ou de la restauration d’un édifice public ou privé, etc. On consulte le devin en état de crise, d’angoisse, de doute, d’incertitude et ce dernier recherche l’occasion, le lieu et le temps propices qui conviennent à l’action6.

Guy Couturier, professeur récemment retraité, enseigna à la faculté de théologie de l’U. de Montréal. Bien qu’il soit principalement un bibliste, Couturier a néanmoins contribué à l’étude des traditions religieuses du Proche-Orient. Il a, entre autres, co-dirigé avec Guy Durand et André Charron (1985) un ouvrage collectif regroupant les études faites dans le cadre d’un séminaire de recherche sur la mort par un groupe de professeurs de la faculté de théologie de l’U. de Montréal, au cours des années 1978-1982. Couturier (1985) y signe un article intitulé «  La mort en Mésopotamie et en Israël  : phénomène naturel ou salaire du péché  ?  ». L’auteur y étudie la mort dans les religions mésopotamiennes uniquement en tant qu’elle est la destinée de tout humain comme être créé à l’origine du monde. Cette étude offre une excellente synthèse des principaux récits de création mésopotamiens et bibliques.

Dans une thèse de doctorat publiée sous la direction de M. Leibovici, au département d’histoire de l’U. de Montréal, Robert Chadwick propose une étude des principales croyances et pratiques célestes de l’histoire mésopotamienne, et plus spécialement celles de la fin de l’époque néo-assyrienne (~722-~612), qu’il analyse dans le contexte de l’histoire des religions (Chadwick, 1986). Il est clair, selon Chadwick, qu’il existait, dans le dernier empire assyrien, plusieurs cultes vénérant les divinités célestes, principalement le Soleil, la Lune, les cinq planètes visibles (Mercure, Mars, Vénus, Jupiter et Saturne), les Pléiades ainsi que plusieurs autres étoiles et constellations individuelles. Cependant, il semble que ces cultes aient été indépendants les uns des autres, si bien qu’il n’y aurait jamais eu de religion cosmique unifiée ou coordonnée durant la période des Sargonides.

Aldina Da Silva, de la faculté de théologie de l’U. de Montréal, était la seule spécialiste des traditions religieuses du Proche-Orient ancien au Québec. Trois de ses articles retiendront notre attention. Un premier, consacré aux rêves (Da Silva, 1993a — voir également 1999), démontre qu’au Proche-Orient ancien, les rêves et les cauchemars étaient assimilés à de menaçantes expériences nocturnes qui s’emparaient de l’humain alors que celui-ci était le plus vulnérable au monde surnaturel. De plus, les mauvais rêves étaient placés sous le signe du démon et considérés comme des maladies, tous deux étant causés par une punition divine ou les machinations malveillantes d’un sorcier. Sans être exhaustif, cet article a l’avantage de permettre une éventuelle comparaison entre la conception mésopotamienne de l’expérience onirique et celles des littératures égyptienne, grecque, biblique, talmudique et patristique.

Un autre article d’A. Da Silva s’attarde à la valeur symbolique des vêtements dans certains rites mésopotamiens et bibliques (Da Silva, 1993b — voir également 1991). Selon la mentalité mésopotamienne, le vêtement n’a rien d’une mode vestimentaire et exprime beaucoup plus que la simple protection du corps. Selon l’auteure, le vêtement est en relation intime avec celui qui le porte, pouvant même dans certains cas être considéré comme le substitut de la personne. De plus, comme c’est le cas dans le mariage, le geste du mari qui couvre sa femme de son manteau symbolise une certaine prise de possession. En dehors du monde biblique et mésopotamien, l’étude de la valeur symbolique des vêtements n’a toutefois pas encore été entreprise. Cet article pourrait donc servir éventuellement de base afin de bâtir une étude comparative sur le sujet.

Enfin, dans un ouvrage collectif sur le messianisme dirigé par Robert David (1998), A. Da Silva (1998) soutient que les figures messianiques du Premier Testament semblent tirer leurs origines de l’univers plus vaste du système royal en vigueur dans le Proche-Orient ancien, bien avant l’émergence historique du peuple d’Israël. L’utilisation possible de l’onction, les titres de «  fils d’un dieu ou d’une déesse  », l’idée d’enfantement divin, de même que certaines attitudes morales attendues de la part du roi (justice, sagesse, équité) sont autant d’indices qui permettraient de tracer, à rebours, les origines de l’idée de messie dans la Bible.

Notons en terminant la thèse de doctorat de Lourik Karkajian (1999) qui, par sa méthodologie, se situe dans le domaine de la sociologie des religions. En utilisant l’approche weberienne comme assise analytique, l’auteure étudie le concept de la mort à Ougarit entre les IIIe et IIe millénaires avant notre ère, et plus particulièrement le modèle de la maisonnée patrimoniale du dieu de la mort, Môt (Voir également Karkajian, 2000). Les perspectives ouvertes par cette thèse se situent au niveau de l’application du modèle de la maisonnée patrimoniale dans le champ des études du Proche-Orient ancien et du monde biblique. Il pourrait donc être intéressant d’analyser d’autres figures divines selon les paramètres établis par ce modèle.

Prospective

Nos propres recherches (Éric Bellavance, thèse de doctorat en cours), entreprises sous la direction d’A. Da Silva, s’orientent vers l’étude de l’utilisation polémique du motif de la création de l’univers dans les chapitres 40-55 du livre biblique d’Isaïe. Cette analyse se veut pluridisciplinaire puisqu’elle a pour but d’éclairer l’univers biblique à la lumière de son contexte proche-oriental — et vice versa. L’originalité de notre thèse se situe principalement au niveau de la méthode  ; nous avons l’intention d’intégrer certains concepts des études post-coloniales (principalement ceux de «  l’imitation  » et de la «  moquerie  »), ce qui apportera vraisemblablement une meilleure compréhension de la formation d’un discours religieux dans le cadre d’un contexte de libération nationale (chute de Babylone et retour vers Jérusalem). Si cette approche se révèle concluante, elle pourra apporter d’importantes précisions sur la construction d’un discours religieux dans l’antiquité proche-orientale.

Il paraît indéniable que l’étude de la religion du Proche-Orient ancien permet une meilleure compréhension de la pensée religieuse biblique. Inversement, les textes bibliques peuvent également nous en apprendre beaucoup sur les traditions religieuses du Proche-Orient ancien. La poursuite d’une étroite collaboration entre les spécialistes de l’Orient ancien et les biblistes nous paraît non seulement souhaitable, mais indispensable. À l’instar des égyptologues, les assyriologues auront donc avantage à mettre leurs connaissances en commun avec d’autres disciplines connexes  : archéologie, anthropologie, histoire de l’art, etc.

Une quantité importante de tablettes non déchiffrées, d’époques et de lieux divers, dorment dans les sous-sols de plusieurs musées à travers le monde. Il est probable que le déchiffrement de ces tablettes apportera des informations complémentaires à notre compréhension du phénomène religieux de cette longue et riche période. De plus, de nombreux tell, non encore fouillés de façon systématique, parsèment le territoire du Moyen-Orient actuel. L’espoir de retrouver des tablettes inédites ou complémentaires à celles déjà trouvées est donc bien réel. À titre d’exemple, la ville d’Akkad, capitale du grand roi Sargon qui influença profondément toute la Mésopotamie, n’a pas encore été retrouvée  ! De plus, malgré une moisson déjà impressionnante de tablettes d’argile, la ville de Mari n’a pas encore livré au jour de bibliothèques, où la plupart des textes religieux devaient se trouver… En terminant, notons qu’en dépit de son sujet d’étude, qui se situe aux confins de l’histoire, l’études des traditions religieuses du Proche-Orient ancien (comme celles de l’Égypte) est somme toute une discipline encore jeune chez nous et, donc, ouverte à de nombreuses découvertes, tant sur le matériel déjà existant que sur d’éventuelles trouvailles archéologiques.

Bibliographie

Égypte ancienne

Haynes, J. L. et R. J. Leprohon, 1993, «  The Royal Ontario Museum Shahtis Project  », dans G. Zaccone et al., Sesto Congresso Internazionale Egittologia, p. 197-202.

Mercer, Samuel A. B., 1919, Growth of Religious and Moral Ideas in Egypt, Milwaukee, Morehouse Pub. Co., 105 p.

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_______, 1949, The Religion of Ancient Egypt, Londres, Luzac, 460 p.

_______, 1952, The Pyramid Texts, in Translation and in Commentary  ; Literary Criticism of the Pyramid Texts, Londres, Luzac, 124 p.

Redford, Donald B., 1965, A Study of the Chronology of the Eighteenth Egyptian Dynasty, Toronto, University of Toronto Press, 354 p.

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Redford, Donald B. (dir.), 1976, The Akhenaten Temple Project, Forest Grove, Aris & Phillips, 170 p.

Revez, Jean, 1998, «  Frère du Roi. L’évolution du rôle des frères du roi dans les modalités successorales en Égypte ancienne  », thèse de doctorat (égyptologie), U. de Paris-Sorbonne.

Tobin, Vincent A., 1989, Theological Principles of Egyptian Religion, New York, P. Lang, 223 p.

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Trigger, Bruce C., 1993, Early Civilisations. Ancient Egypt in Context, Cairo, The American University in Cairo Press, 158 p.

Trigger, Bruce C. et al., 1983, Ancient Egypt  : A Social History, Cambridge, Cambridge University Press, 450 p.

Proche-Orient ancien

Bellavance, Éric (dir.), 2000, La peur. L’éthique de la décision tragique, Québec, MNH.

Caquot, André et Marcel Leibovici (dir.), 1968, La divination, tome 1, Paris, Presses Universitaires de France, 356 p.

Chadwick, Robert, 1986, «  Celestial Observation and Celestial Cults in the Late Assyrian Period  », thèse de doctorat, U. de Montréal.

Couturier, Guy, 1985 «  La mort en Mésopotamie et en Israël  : Phénomène naturel ou salaire du péché  ?  », dans Guy Couturier, Guy Durand et André Charron (dir.), Essais sur la mort, Montréal, Fides, p. 51-98.

Da Silva, Aldina, 1991, «  La symbolique des rêves et des vêtements dans les mythes sur Dumuzi  », Bulletin de la Société canadienne des études mésopotamiennes, 22, p. 31-35.

_______, 1993a, «  Le rêve comme expérience démoniaque en Mésopotamie  », Sciences Religieuses / Studies in Religion, 22, 3, p. 301-310.

_______, 1993b, «  La symbolique des vêtements dans les rites du mariage et du divorce au Proche-Orient ancien et dans la Bible  », Bulletin de La Société canadienne des études mésopotamiennes, 26, p. 15-21.

_______, 1998, «  Les rois au Proche-Orient ancien  : leurs rapports avec les dieux et avec leurs sujets  », dans Robert David (dir.), Faut-il attendre le messie  ? Études sur le messianisme, Montréal, Médiaspaul, p. 15-33.

_______, 1999, Les clefs de songes dans l’Antiquité proche-orientale, Québec, MNH / Anthropos, 86 p.

Garelli, Paul et Marcel Leibovici (dir.), 1959, La naissance du monde, Paris, Seuil, 506 p.

Karkajian, Lourik, 1999, «  La maisonnée patrimoniale divine à Ougarit  : une analyse wébérienne du dieu de la mort, Môt  », thèse de doctorat, U. de Montréal.

_______, 2000, «  «  Môt entre par les fenêtres  ». Rapport à la mort d’après des textes mésopotamiens et ougaritiques  », dans Éric Bellavance (dir.), La peur. L’éthique de la décision tragique, Québec, MNH, p. 25-48.

1. Compte tenu du caractère encore assez restreint de la recherche proprement québécoise sur les traditions religieuses de l’Égypte et du Proche-Orient anciens, il a paru utile de rappeler ici le plus vaste contexte canadien de ces deux champs d’étude.

2. Précisons toutefois que l’apport principal de Redford à l’égyptologie se situe plutôt au niveau de l’archéologie et non pas à celui de la religion proprement dite.

3. Pour une première présentation partielle des résultats des fouilles, voir D. B. Redford (dir.), The Akhenaten Temple Project, 1976. Redford est toujours le directeur de ce projet bien qu’il ne participe plus aux fouilles sur le terrain.

4. Soulignons qu’en dépit d’intéressantes conclusions, B. Trigger est plutôt un anthropologue qu’un véritable spécialiste des traditions religieuses égyptiennes.

5. Jean Revez en est devenu le président à la suite du décès de Madame Da Silva.

6. La divination babylonienne y est étudiée par l’assyriologue français Jean Nougayrol (dans Cacquot et Leibovici, p. 25-81).

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