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Jean-Marc Larouche et Guy Ménard : Présentation
Jean-Marc Larouche et Guy Ménard
I. Traditions religieuses de l’Humanité
II. Textes sacrés et traditions religieuses anciennes
III. Nouvelles manifestations du religieux dans la culture
IV. Religion, pratiques sociales et productions culturelles

Présentation

Jean-Marc Larouche et Guy Ménard

Les tournants de siècles et, a fortiori, les passages à un nouveau millénaire, si discutable que puisse être l’importance que l’on tend à leur accorder, ont peut-être au moins une chose d’utile  : ils inspirent quasi spontanément le désir de quelque pause réflexive, en aval d’un passé dont ils appellent l’inventaire, et en amont d’un avenir qu’ils invitent déjà à prospecter. Et telle est bien là, très simplement, l’origine de cet ouvrage sur l’étude de la religion au Québec.

La religion, on le voit mieux aujourd’hui, est loin d’être disparue du paysage de notre modernité avancée — ou de notre déroutante postmodernité, comme on préférera —, contrairement à ce que pouvaient prophétiser d’aucuns, il n’y a pas si longtemps encore. Plusieurs de ses formes historiques et de ses visages traditionnels se sont certes transformés, subissant même, dans certains cas, une érosion aussi rapide que spectaculaire. De nouvelles formes ont en revanche vu le jour. Elles sont apparues dans le sillage d’une immigration qui a complexifié le visage de la société québécoise  ; elles se sont également manifestées à travers une créativité qui a multiplié sous nos yeux les «  nouvelles  » religions et les mouvements porteurs de spiritualités inédites. Mais, si elles ont pris corps dans notre paysage, c’est aussi pour une large part grâce au renouvellement du regard des sciences de la religion elles-mêmes, qui a permis d’entrevoir d’indéniables manifestations du religieux dans des sphères de la culture vers lesquelles celui-ci continue de «  se déplacer  », bien que nous ne soyons pas toujours habitués à l’y repérer.

Par ailleurs, les lieux de savoir institutionnels où l’on poursuivait son étude — en premier lieu les départements et facultés de plusieurs universités québécoises — se sont eux aussi considérablement transformés, notamment depuis les années de la Révolution tranquille. Naguère encore objet d’un quasi monopole théologique, l’étude de la religion s’est de plus en plus retrouvée sous le regard non-confessionnel des sciences humaines, mettant ainsi le Québec au diapason d’une tradition scientifique d’étude du phénomène religieux qui s’était élaborée ailleurs — principalement en Europe — depuis plus d’un siècle, dans la mouvance d’un savoir laïque, certes, mais également à travers l’évolution d’un certain protestantisme libéral. Cette «  charnière  » de la fin des années soixante, d’ailleurs bien mise en lumière par plusieurs contributions de ce collectif, nous a paru suffisamment significative pour déterminer — en gros — le point de départ de cette enquête.

La dynamique de ces transformations a par ailleurs considérablement accru l’intérêt pour l’étude du phénomène religieux dans son ensemble, c’est-à-dire aussi bien dans ses formes anciennes que dans la diversité de ses manifestations à travers les cultures de l’humanité. De même se sont multipliés les questionnements visant à mieux saisir les nouvelles formes de religiosité présentes dans la culture, aussi bien que les rapports du religieux à de nombreuses réalités de celle-ci — de l’art à la condition féminine, de la mort à la sexualité, de la littérature à l’éthique.

Pour diverses raisons, cependant, parmi lesquelles il y a sans doute lieu de signaler un tenace contentieux de la société québécoise avec son propre passé religieux, ce foisonnement d’intérêts diversifiés demeure encore fort peu — et souvent bien mal — connu. Force est en outre d’admettre que la période de turbulence économique qu’a traversée l’Université québécoise, ces dernières années, n’a pas forcément aidé une discipline aux effectifs déjà modestes et, de ce fait, peut-être plus menacée que d’autres par les resserrements budgétaires — et les «  rationalisations  » — de toute sorte. En dépit de cette conjoncture difficile qu’elle partage avec l’ensemble des sciences humaines, l’étude de la religion au Québec continue néanmoins de manifester une étonnante vitalité qui mérite d’être mieux connue — et que nous avons dès lors souhaité mieux faire connaître au moyen de cet ouvrage conçu comme un vaste coup de sonde à travers le passé, le présent et l’avenir de cette discipline.

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De manière plus précise, en vue de dresser ce vaste et complexe tableau, nous avons fait appel à près d’une quarantaine de chercheurs à qui nous avons proposé des contributions relativement courtes et orientées par un double objectif  :

  • d’une part, nous avons demandé à chacun de faire le point dans son domaine particulier d’expertise, c’est-à-dire d’y dresser le bilan des principales avenues d’étude depuis une trentaine d’années, d’en indiquer les principales pistes de recherche, les approches les plus marquantes, les lieux de formation pertinents, les productions et les acteurs les plus significatifs (y compris au sein des jeunes chercheurs en formation), les enjeux importants ainsi que les éventuels débats  ;
  • d’autre part, nous avons invité chacun à mettre de l’avant les perspectives et les pistes de recherche qui lui paraissaient les plus prometteuses et les plus fécondes, pour les années à venir, dans ce domaine particulier de l’étude de la religion.

Au risque d’une précision sans doute inutile, ce projet ne visait donc pas, comme tel, la présentation des traditions religieuses elles-mêmes ou la description des «  nouvelles  » formes contemporaines de la religion — il existe déjà d’excellents ouvrages de ce type, dont certains réalisés ici même, au Québec1 — mais bien la manière dont la religion, à travers la diversité de ses formes et de ses manifestations, a été, au Québec, depuis la fin des années soixante, objet de recherche, d’étude et de programmes d’enseignement.

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Il y aurait assurément eu bien des façons d’aborder cette enquête et d’en découper les contenus. Nous y avons longuement réfléchi, testant diverses hypothèses. Ainsi, par exemple, il eût été possible d’opérer un clivage entre les approches de type confessionnel — ou théologique — et les perspectives non confessionnelles qu’a développées au fil des ans le regard des sciences humaines. Ou, encore, au vu de la riche diversité de ces dernières, il aurait été pensable d’orienter cet ouvrage le long des grandes avenues disciplinaires qui se sont donné la religion pour objet  : l’histoire, la philosophie, la psychologie l’anthropologie, la sociologie — bref, ce qu’on appelle souvent les «  sciences humaines de la religion  ». De même, on aurait également pu penser à un abord en quelque sorte plus thématique — ou structurel —, qui eût tenté de mettre en lumière l’étude des grandes caractéristiques du fait religieux à partir des catégories fondamentales d’une «  science de la religion  » — cette Religionswissenschaft de la tradition allemande, que la créativité langagière du Québec des années soixante et soixante-dix, bien qu’elle n’ait pas elle-même inventé le terme, proposa néanmoins audacieusement d’appeler religiologie  : l’expérience fondatrice du sacré, l’univers des pratiques et des représentations (mythes, dogmes et croyances), le phénomène rituel, la dynamique de l’institutionnalisation, la fonction et le rôle des «  professionnels  » de la religion, l’impact des codes de morale, etc.

Pour toutes sortes de raisons — y compris, et si l’on ose dire, le souci d’une sorte d’«  oecuménisme  » épistémologique —, nous avons finalement privilégié une approche essentiellement pragmatique, empirique et inclusive, centrée sur des objets — ou champs — d’étude concrets, ceux-ci recouvrant aussi bien les perspectives confessionnelles que la diversité des regards disciplinaires déployés autour de chacun de ces objets ou à l’intérieur de chacun de ces champs.

Ceux-ci, par ailleurs, et pour des raisons tout aussi pragmatiques, ont été regroupés, à l’intérieur de cet ouvrage, au sein de quatre grands ensembles  : les traditions religieuses de l’humanité, en premier lieu, incluant aussi bien celles que l’on trouve depuis longtemps présentes dans le paysage québécois (les traditions autochtones et inuit, le christianisme et le judaïsme) que celles dont la présence y est devenue plus récemment significative (l’islam et le bouddhisme, notamment) et celles qui, tout en y étant pratiquement inexistantes (on songe entre autres aux cultes afro-brésiliens), ont néanmoins fait l’objet de travaux de recherche au Québec.

Une seconde section présente pour sa part l’étude de quelques traditions religieuses anciennes (Égypte et Proche-Orient anciens, Europe médiévale) et celle d’un certain nombre de textes sacrés qui ont historiquement constitué, chez nous, des champs d’étude relativement autonomes et d’ampleur considérable  : ceux de la Bible hébraïque, du Nouveau Testament et de la bibliothèque copte de Nag Hammadi.

Ce que, de manière sans doute plus commode que précise, on peut appeler les nouvelles formes contemporaines de la religion fait l’objet d’une troisième grande subdivision de cet ouvrage. On y trouvera bien sûr l’étude des «  nouvelles  » religions et des «  nouveaux mouvements spirituels  » qui se sont multipliés au Québec au cours des dernières décennies, notamment dans la mouvance du «  Nouvel Âge  » et à travers la prolifération des «  sectes  ». On y abordera également l’étude des formes de religiosité présentes dans la culture de manière beaucoup plus implicite et, de ce fait, souvent peu reconnues comme telles dans les perceptions courantes de nos contemporains.

Une quatrième et dernière section aborde un certain nombre de thèmes permettant de circonscrire la manière dont la religion a été étudiée dans ses rapports avec diverses sphères de la vie individuelle et sociale aussi bien qu’avec divers types de productions culturelles  : la sexualité, la mort, la condition féminine, la mystique, la littérature, etc. Les thèmes retenus ici l’ont été, une fois de plus, pour des raisons nettement plus empiriques qu’idéologiques, dans la mesure où ils correspondent à des champs d’étude concrets, au Québec, et permettent d’éclairer diverses transversalités qui se laissent difficilement réduire à l’étude de telle ou telle tradition particulière.

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On ne s’étonnera sans doute pas que, dans un pays comme le nôtre, se soit posée d’emblée la question de l’aire géo-culturelle et linguistique visée par le projet  : Québec  ? Québec francophone  ? Canada français  ? Des ouvrages récents, présentant des analogies avec celui-ci2, ont privilégié un découpage avant tout linguistique, centré sur la production en langue française dans l’ensemble canadien. Nous avons pour notre part opté pour considérer dans son ensemble la recherche produite au Québec (quitte à déborder un peu, à l’occasion, du côté de la frontière outaouaise), ceci incluant dès lors aussi bien la recherche francophone que le travail réalisé par des chercheurs et dans des institutions de langue anglaise. Ce choix nous a paru aller d’autant plus de soi que d’importants secteurs de l’étude de la religion, au Québec, ont jusqu’à présent été principalement le fait de la recherche anglophone. Ce défi nous semble avoir été, dans l’ensemble, relevé avec assez de conviction et de bonheur, encore que l’on puisse sans doute retrouver ça et là de vieux réflexes «  canadiens-français  » moins enclins à pousser l’investigation du côté de «  l’autre solitude  ». Ce problématique pays demeure décidément bien complexe…

Cela étant, on comprendra que le choix de centrer cette enquête sur le Québec n’ait traduit aucun désir de repliement insulaire ou de patriotisme chauvin  : il est évident que, dans le domaine de l’étude de la religion comme dans n’importe quel autre, la recherche québécoise ne se réalise pas en vase clos. On constatera d’ailleurs — et il y a tout lieu de s’en réjouir — que la plupart des collaborateurs n’ont pas hésité à signaler, au passage, les auteurs étrangers ou les courants venus d’ailleurs dont bien des travaux québécois se sont inspirés et avec lesquels se sont noués, au fil des ans, de nombreuses, étroites et fécondes collaborations.

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D’aucuns, sans doute, se demanderont si le projet dont ils ont aujourd’hui en main l’aboutissement offre un portrait exhaustif de l’étude de la religion au Québec au cours des trente dernières années. Il est probablement inutile de dire que si c’est bien ce que nous souhaitions au départ — et ce à quoi nous nous sommes employés avec énergie —, le réel, selon ses vieilles habitudes, s’est chargé de mitiger quelque peu nos ambitions… Un certain nombre de secteurs demeurent, ainsi, absents de cet ouvrage  ; le plus souvent, en raison du fait que les chercheurs pressentis pour les aborder n’ont pas été en mesure d’accepter notre invitation. Quelques autres sur qui nous comptions — heureusement peu nombreux — nous ont cependant fait faux bond trop tard pour qu’il ait été raisonnablement envisageable de les remplacer. (Comme quoi les sciences religieuses n’en sont pas moins elles aussi, pour le meilleur comme pour le pire, des sciences vraiment… humaines.) On peut toutefois se rassurer en considérant que la plupart de ces dossiers étaient liés à des objets ou à de champs d’étude relativement peu développés chez nous (ce qui explique d’ailleurs, dans certains cas, la difficulté que nous avons eue à y trouver des collaborateurs disponibles) et dont l’absence, dès lors, si regrettable qu’elle puisse être, n’empêche cependant pas ce collectif d’offrir au bout du compte un tableau d’ensemble largement fidèle à la réalité de l’étude de la religion au Québec. Ceci dit, il nous faut tout de même signaler l’absence de dossier sur l’étude des rapports entre religion et politique, un domaine qu’il serait assurément difficile de considérer d’importance «  secondaire  ». Due à une assez regrettable défection au finish, celle-ci, faut-il le dire, nous désole singulièrement.

D’autres absences relèvent davantage de notre propre responsabilité, compte tenu des choix de découpage privilégiés au départ et, en particulier, de celui d’offrir un traitement relativement égal à chacune des traditions et des réalités religieuses considérées. Il est certain, à cet égard, que l’étude du catholicisme, vu l’importance particulière de cette tradition dans l’histoire du Québec, aurait pu donner lieu à de plus amples développements. On notera ainsi, par exemple, l’absence des études sur la patristique, florissantes au Québec pendant de longues années, quoiqu’elles y soient beaucoup moins fréquentées aujourd’hui. Nous aurions volontiers accueilli une section sur l’étude de la vie et des communautés religieuses si nous avions pu compter sur certaines collaborations sollicitées. On signalera également, dans un autre ordre d’idées, l’absence de dossier sur l’histoire et le développement des sciences de la religion, qui compte pourtant chez nous d’importantes figures de proue — dont nos collègues Louis Rousseau et Michel Despland. Le premier, à titre de président de la Société québécoise pour l’étude de la religion, nous a fait l’honneur de préfacer cet ouvrage  ; nous avons par ailleurs confié au second la rédaction d’une sorte de libre postface qui situe fort opportunément les choses dans une ample et vaste perspective.

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Tout en insistant fortement auprès des collaborateurs de cet ouvrage pour que ceux-ci en conservent à l’esprit le double objectif de bilan et de prospective, nous avons néanmoins souhaité — ne serait-ce que pour éviter au lecteur l’ennui d’une trop scolaire uniformité — laisser à ceux-ci le plus de latitude possible dans le traitement, l’organisation et la facture de leurs contributions. De ce fait, on constatera que certains ont choisi une approche plus descriptive et factuelle alors que d’autres ont davantage privilégié la forme de l’essai. Certains articles — notamment lorsqu’ils couvraient des domaines relativement peu fréquentés par la recherche québécoise — ont pu procéder à des inventaires pratiquement exhaustifs  ; d’autres proposent plutôt un vaste survol plus sélectif des problématiques, des productions et des acteurs les plus significatifs. Dans tous les cas, les contributions s’accompagnent d’importantes bibliographies soigneusement choisies qui enrichissent et complètent les articles eux-mêmes, et dont on peut espérer qu’elles constitueront elles-mêmes de très précieux outils pour la recherche à venir aussi bien par rapport à l’ensemble du champ de l’étude de la religion qu’en regard de chacune de ses composantes.

Dans la même veine, nous avons également souhaité accompagner cet ensemble d’un index nominal destiné à y faciliter la recherche. Un certain nombre de possibilités s’offraient à nous. Compte tenu des orientations de fond de l’ouvrage — sur l’étude de la religion au Québec —, nous avons choisi de n’y signaler que le nom des chercheurs québécois ou, alors, de ceux et celles qui ont effectué au Québec une partie importante de leurs travaux (des étudiants d’origine étrangère, par exemple, ayant produit une thèse dans une université québécoise, ou des chercheurs non québécois ayant séjourné professionnellement au Québec de manière quelque peu significative). On n’y retrouvera donc pas les noms de penseurs étrangers — dans le temps comme dans l’espace — qui, de Platon à Durkheim, et de Thomas d’Aquin à Weber, ont laissé une marque indéniable sur l’étude du phénomène religieux chez nous. On comprendra par ailleurs que l’application d’un tel critère nous ait, dans un certain nombre de cas, conduits à des choix — d’inclusion ou d’exclusion — assurément discutables. Il nous aurait, par exemple, paru assez cavalier d’annexer Étienne Gilson ou Henri Desroche au contingent des chercheurs «  québécois  » — bien que ceux-ci, comme de nombreux autres, soient à maintes reprises venus enseigner au Québec, et qu’ils y aient significativement animé la recherche dans leur discipline respective. En revanche, il ne nous serait pas venu à l’esprit d’exclure Thierry Maertens, Marie-Dominique Chenu ou Wilfred Cantwell Smith, pour ne nommer que ceux-là, à l’instar de tous ces chercheurs qui, sans être nés au Québec ou y avoir pris leur retraite, ont néanmoins enraciné chez nous une partie importante de leur carrière séminale. Mais s’y retrouveront aussi, à cette aune, des chercheurs qui, voyant leur nom dans cet index, fronceront peut-être les sourcils d’étonnement. Que ceux-ci n’y voient aucune velléité de les annexer contre leur gré à l’univers des «  sciences de la religion  » mais bien plutôt une reconnaissance du rôle qu’ils ont de quelque manière joué dans le déploiement de ce complexe objet d’étude. Si la politique, selon l’adage, est trop importante pour être laissée aux seuls politiciens, la religion l’est vraisemblablement trop, elle aussi, pour être concédée en apanage aux théologiens et aux religiologues.

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Rattachés au département des sciences religieuses de l’Université du Québec à Montréal et, de ce fait, bien conscients de ne pouvoir prétendre adopter le point de vue de Dieu — ou celui de l’Étoile polaire —, les responsables de ce projet ont d’emblée tenu à y associer un grand nombre de chercheurs appartenant à d’autres établissements où se pratique l’étude de la religion, de manière à rendre justice à la riche diversité du paysage institutionnel québécois. Si, par ailleurs, dans certains cas, le choix des collaborateurs a pu s’imposer quasiment de lui-même — ne serait-ce qu’en raison du très petit nombre de chercheurs actifs dans un certain nombre de domaines —, dans d’autres, il s’est effectué plus difficilement, parmi plusieurs dont nous aurions sans nul doute pu attendre de remarquables contributions. Les choix retenus, dans de tels cas, ont pour l’essentiel été guidés par notre désir de refléter aussi bien la diversité des milieux institutionnels que celle des générations actives dans ce champ d’étude. De telle sorte que se côtoient, dans ces pages, aussi bien de «  vieux routiers  » reconnus que de plus jeunes chercheurs qui, sans nécessairement disposer de la notoriété des premiers, ne manifestent pas moins déjà un dynamisme et une compétence qui nous ont paru parfaitement indiqués pour l’entreprise.

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Ce projet — nous en sommes bien conscients — exigeait de tous et chacun de ses collaborateurs une réelle ascèse. Si, en effet, nous avions encouragé chacun à se «  laisser aller  » un peu librement dans le volet prospectif de l’enquête, nous avions préalablement exigé de tous qu’ils s’astreignent d’abord au «  devoir d’inventaire  »  ; c’est-à-dire, en somme, qu’ils s’emploient en premier lieu à dresser un bilan sans complaisance, aussi objectif et complet que possible du secteur qui leur avait été confié — et qui, dans la plupart des cas, débordait largement leur champ d’intérêt privilégié et leur domaine de spécialisation plus spécifique. Ce défi, croyons-nous, représentait sans doute l’un des éléments les plus méritoires du «  contrat  » proposé. Nous sommes extrêmement touchés, au terme de l’aventure, de constater qu’il a été relevé avec une honnêteté, un enthousiasme et une rigueur dignes de louanges.

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Que conclure, finalement, des résultats de ce vaste effort collectif de mémoire, d’analyse et de prospection de l’avenir  ? Aux lecteurs, assurément, d’en juger par eux-mêmes. On nous permettra seulement d’ajouter que nous avons été nous-mêmes souvent fascinés par le portrait qui se dessinait peu à peu, au fur et à mesure où s’assemblaient les pièces du puzzle. Nous, qui pratiquons pourtant les sciences de la religion depuis de nombreuses années, avons été plus d’une fois étonnés — et, en général, de manière plutôt agréable — par ce que nous y découvrions encore.

Ce portrait demeure certes celui d’une discipline encore relativement jeune, et d’une ampleur plutôt modeste dans le concert des sciences humaines québécoises  ; il nous apparaît malgré tout comme celui d’un champ d’étude riche, dynamique, innovateur et audacieux, largement ouvert sur le monde comme sur l’ensemble des savoirs actuels qui s’intéressent à l’être humain dans ses dimensions individuelles et collectives.

Il faut donc espérer que cet ouvrage puisse être utile aux lecteurs qui, de manière professionnelle ou non, s’intéressent au phénomène religieux et à son étude. Il faut aussi espérer qu’il puisse l’être — et pour ainsi dire «  en creux  » — jusque dans les lacunes et les zones encore inexplorées qu’il révèle, et dans lesquelles — qui sait — de jeunes chercheurs, au cours des années qui viennent, auront peut-être envie d’investir leur curiosité.

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Il nous reste encore l’agréable devoir d’exprimer notre gratitude à tous ceux et celles qui, d’une manière ou d’une autre, ont rendu possible cet ambitieux projet  : aux collaborateurs et aux collaboratrices, en premier lieu, qui ont accepté de relever le défi que nous leur avions lancé et qui l’ont fait en livrant le meilleur d’eux-mêmes. Nous osons espérer que le fait, pour eux, de s’être retrouvés partie prenante de cette aventure leur aura procuré autant de plaisir et de satisfaction qu’il nous a inspiré, à nous, d’enthousiasme et de fierté. Nous tenons bien sûr à y inclure les étudiants que certains des auteurs ont associés à la production de leur texte, notamment en ce qui concerne la recherche documentaire. On ne nous en voudra pas, à cet égard, de signaler avec une émotion particulière la contribution de M. Éric Bellavance, assistant de recherche de notre collègue Aldina Da Silva, décédée le jour de Noël de l’an 2000, et à qui l’on doit finalement l’article de ces pages sur les traditions de l’Égypte et du Proche-Orient anciens — Aldina elle-même ayant été dans l’impossibilité de s’y consacrer en raison de la maladie qui devait l’emporter beaucoup trop tôt. On nous permettra également de signaler avec une singulière gratitude la contribution de MM. Gabriel Lefebvre et Robert Verreault, respectivement étudiants à la maîtrise et au doctorat en sciences des religions de l’UQÀM, qui ont accepté — à pied levé, et dans des délais auxquels nul spécialiste du champ n’aurait pu décemment se prêter — de se partager le dossier sur les traditions religieuses amérindiennes, que nous avons attendu en vain de la personne qui s’était pourtant engagée à le produire. Ni l’un ni l’autre n’était d’emblée familier avec ce domaine d’étude, dont ils ont pourtant tous les deux réussi à rendre compte avec une pénétrante perspicacité et une émouvante ferveur. Preuve, tout au moins, s’il en était vraiment besoin, que notre discipline peut d’ores et déjà compter sur une relève douée, polyvalente — et qui n’a pas froid aux yeux.

Deux autres étudiants au doctorat en sciences des religions de l’UQÀM ont mis leur remarquables compétences et leur exceptionnel souci de rigueur au service de la préparation du manuscrit de ce collectif. On doit ainsi à Eve Paquette une minutieuse révision éditoriale et textuelle de l’ensemble des contributions, et à Jacques Cherblanc l’entreprise — quelque peu vertigineusement bénédictine  ! — de la confection de l’index. Qui n’a jamais eu l’occasion de mettre sérieusement la main à la pâte d’une entreprise éditoriale de quelque envergure peut difficilement imaginer le temps, l’énergie, le souci de perfectionnisme, voire carrément l’ascèse et l’abnégation que représente ce genre de travail — dans l’ombre modeste et bien peu valorisée des «  coulisses  ». Que l’un et l’autre sachent au moins à quel point nous leur sommes reconnaissants pour la qualité de cette très «  belle ouvrage  ».

Bien qu’une entreprise de ce genre soit à des lieues de toute ambition «  lucrative  », il reste que la production d’un tel ouvrage implique des coûts importants et que nous ne disposions pas, au départ, des ressources pour y faire face. C’est donc avec une sincère reconnaissance que nous remercions les divers organismes qui ont cru suffisamment à ce projet pour lui offrir leur support financier, sans lequel celui-ci eût vraisemblablement été condamné à rejoindre les limbes des «  beaux projets  » morts-nés faute de moyens adéquats pour les conduire, comme eût pu dire Victor-Lévy Beaulieu, «  jusque dans leurs grosseurs  ».

En tout premier lieu, nous remercions le fonds Gérard-Dion, qui n’a pas hésité à nous manifester son appui dès la première heure, et qui nous l’a réitéré fort précieusement par la suite. Nous remercions en outre, pour leur appui moral et leur support financier, la Société québécoise pour l’étude de la religion ainsi que la Corporation canadienne des sciences religieuses qui ont également cru à ce projet et nous ont fait l’honneur de le trouver inspirant.

Notre gratitude va également au département des sciences religieuses de l’UQÀM, non seulement pour l’aide matérielle et financière qu’il nous a généreusement consentie malgré ses modestes moyens, tout au long de l’élaboration de ce projet, mais également pour avoir cordialement accepté que deux de ses membres y investissent pendant plusieurs mois une part considérable de leur énergie et de leur temps.

Fidèles à leur réputation aussi bien qu’à leur mission de diffusion de la recherche de haut niveau, les Presses de l’Université Laval nous ont énormément obligés en accueillant ce collectif avec enthousiasme dans leur déjà prestigieux catalogue, aussi bien qu’en ne ménageant aucun effort pour en faire un fort beau livre et pour assurer à celui-ci une diffusion adéquate auprès des publics lecteurs visés.

Merci enfin, et par avance, à tous les lecteurs qui nous feront l’honneur et le plaisir de s’intéresser à cet ouvrage, et d’en tirer quelque profit — voire quelque inspiration pour leurs propres travaux ou pour leur réflexion personnelle  : ce sera assurément là, pour nous, la plus gratifiante des récompenses.

Jean-Marc Larouche et Guy Ménard

1. On songe notamment, dans le premier cas, à la série Un monde de religions parue en trois tomes sous la direction de Mathieu Boisvert aux Presses de l’Université du Québec et, dans le second, à plusieurs numéros de la revue Religiologiques consacrés à l’exploration des transformations contemporaines de la religion.

2. Par exemple, l’imposant collectif La pensée philosophique d’expression française au Canada, paru en 1998 aux Presses de l’Université Laval, sous la direction de Raymond Klibansky et de Josiane Boulad-Ayoub.

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