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Anthropologie et Sociétés

Volume 39, numéro 1-2, 2015, p. 251-268

Liaisons animales : question d'affects

Sous la direction de Frédéric Laugrand, Michèle Cros et Julien Bondaz

Connecting with Animals : the Dynamics of Affects

Vínculos con los animales : cuestiones de afecto

Direction : Frédéric Laugrand (directeur)

Éditeur : Département d’anthropologie de l’Université Laval

ISSN : 0702-8997 (imprimé)  1703-7921 (numérique)

DOI : 10.7202/1030848ar

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Article

TaxidermiesLe trouble du vivant

Lucienne Strivay

Anthropologie de la nature, Université de Liège, 7, Place du 20-août, Bâtiment A1, 4000 Liège, Belgique

Lucienne.Strivay@ulg.ac.be

Résumé

La taxidermie est une pratique d’entre-mondes. Au service d’une perspective « simple » d’identification et de monstration des espèces en collections dans les muséums ou les cabinets, témoignage de la preuve dans le monde des chasseurs à travers l’alignement des trophées, à l’oeuvre pour la mémoire toujours déçue des compagnons disparus chez les particuliers ou les soigneurs, elle s’élabore toujours à l’interface de plusieurs attentes que le vivant seul pourrait concilier : la vérité du type, la justesse individuée, la grâce d’une rencontre. Qu’elle serve à la reconstitution d’espèces disparues ou à la construction de spécimens chimériques, à la conservation, à la publicité ou au marché kitsch, elle négocie sans cesse entre visible et invisible, elle saisit ce qui s’échappe et le perd dès qu’elle croit se l’être approprié. Elle trouble le regard et autorise un toucher inespéré mais pour le trahir aussitôt. Alors même qu’on s’attendrait à voir cette pratique s’effacer au profit du film, elle rencontre un nouvel engouement. On la trouve de plus en plus souvent intégrée aux dispositifs de l’art contemporain pour servir un discours critique sur la relation au vivant ou l’incarnation revendiquée d’une sensibilité proprement animale. La conscience des extinctions des espèces lui rend des vertus exceptionnelles. Elle est le plus souvent abordée selon sa réception. Mais cette étude s’attache prioritairement à la perspective du taxidermiste lui-même, dans son atelier, aux prises avec les corps, les techniques et les attentes. En Belgique (contrairement à ce qui se passe en France), il n’existe pas de formation au métier : la taxidermie fait l’objet d’une transmission intergénérationnelle dans certaines familles ou d’un compagnonnage où chacun affine ses observations anatomiques, éthologiques et ses compétences pragmatiques au « rendu ». Partant toujours de l’extériorité même du vivant, de l’indice, elle a vu se transformer ses savoir-faire et la demande qui lui était adressée. Elle témoigne des modifications de perception du monde animal comme des régimes d’identification ontologiques des hommes. Qu’est-ce que la pratique de la taxidermie fait au naturalisme dont elle est issue ? Quels liens, quels désirs, quelles connaissances et quelles passions met-elle en jeu ?

Mots clés : Strivay, affects, animal, anthropologie de la nature, art, artisanat, instauration, ontologies, science, taxidermie

Abstract

Taxidermies

Confusion of Life

Taxidermy is an art of the in-between. It is called upon to meet diverse expectations, such as showing and identifying species for museum or cabinet collections, testimony to hunters’ skill through their trophies, ever disappointed memory of dead pets ; it has to reconcile truth of the species, individual accuracy, and the fleeting grace of encounter. Whether it serves the reconstitution of bygone species or the construction of imaginary specimens, whether it is used for conservation, advertisement, or some kitsch market, it negotiates between the visible and the invisible ; it catches the ephemeral and loses it in the act of possession. It disturbs our eyes and offers a quaint and unreliable possibility to touch. While we could expect the practice of taxidermy to disappear with the use of movies, it has become the object of a new fascination. It is more and more often involved in contemporary art installations that develop a critical discourse on our relationship to the living world or that embody a claim to a sensitivity shared with all creatures. Our awareness of extinguished species endows it with exceptional capacities. It is often approached through its reception. But the present study primarily shares the taxidermist’s perspective : we are with them, in their workshops, struggling with bodies, combining techniques, juggling with expectations. In Belgium, contrary to France, there is no specific training : taxidermy is transmitted from generation to generation, or learned on the job within a form of compagnonnage where apprentices refine their anatomical and ethological observations as well as their skills at conveying life. It still takes its cue from the shape of the living bodies, yet its skills and the demand it has to meet have changed. It somehow testifies to changes in how we perceive the animal kingdom and in how we generate ontological modes of identification. What does taxidermy do to naturalism out of which it developed ? What are the connections, the knowledge, the desires and passions at stake ?

Keywords: Strivay, Affects, Animal, Anthropology of Nature, Art, Craft, Institution, Ontology, Science, Taxidermy

Resumen

Taxidermias

Lo opaco de lo vivo

La taxidermia es una práctica entre dos mundos. Al servicio de una perspectiva « simple » de identificación y de exhibición de especies en colecciones de museos o gabinetes, testimonio de la prueba en el mundo de los cazadores en tanto que trofeos, al servicio de una memoria siempre decepcionada de los amigos desaparecidos entre los particulares o los cuidadores, siempre se realiza en la interface de varias expectativas que solo lo vivo podrá conciliar : la verdad del tipo, la justeza individualizada, la gracia de un encuentro. Que sirva a la reconstitución de especies desaparecidas o a la construcción de especímenes quiméricos, a la conservación, a la publicidad o al mercado de lo kitsch, la taxidermia transige sin cesar entre lo visible y lo invisible, cierne lo que se escapa y lo pierde en el momento en que cree habérselo apropiado. Confunde la mirada y autoriza un contacto inesperado sólo para inmediatamente traicionarlo. Cuando uno esperaría ver esta práctica desaparecer en beneficio del cine, ella vuelve a provocar un nuevo entusiasmo. Se le encuentra con cada vez más frecuencia integrada en los dispositivos del arte contemporáneo al servicio de un discurso crítico sobre la relación con lo vivo o como encarnación reivindicada de una sensibilidad propiamente animal. La consciencia de las extinciones de las especies le ha conferido virtudes excepcionales. Con mucha frecuencia abordada según su recepción. Este estudio se interesa de manera prioritaria a la perspectiva del taxidermista mismo, en su taller, en lucha con los cuerpos, las técnicas y las expectativas. En Bélgica (a diferencia de lo que sucede en Francia), no existe una formación para ese oficio : la taxidermia se transmite de manera inter-generacional en el seno de ciertas familias o gracias a los artesanos, y cada quien refina sus observaciones anatómicas, etológicas y sus competencias pragmáticas en lo « ejecutado ». A partir siempre de la exterioridad misma de lo vivo, del indicio, ha visto transformarse sus saber-hacer así como la demanda a que ha estado sujeta. Testimonio de las modificaciones de la percepción del mundo animal y de los regímenes de identificación ontológicos de los hombres. ¿ Qué ha provocado la taxidermia en el naturalismo en donde se originó ? ¿ Qué conexiones, deseos, conocimientos o pasiones pone en juego ?

Palabras clave: Strivay, afectos, animal, antropología de la naturaleza, arte, artesanado, instauración, ontologías

Auteur : Lucienne Strivay
Titre : Taxidermies : le trouble du vivant
Revue : Anthropologie et Sociétés, Volume 39, numéro 1-2, 2015, p. 251-268
URI : http://id.erudit.org/iderudit/1030848ar
DOI : 10.7202/1030848ar

Tous droits réservés © Anthropologie et Sociétés, Université Laval, 2015

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