Érudit - Promouvoir et diffuser la recherche
FrançaisEnglishEspañol
 

Recherche détaillée

.

Année Volume Numéro Page 
>

Institution :

Usager en libre accès

Anthropologie et Sociétés

Volume 39, numéro 1-2, 2015, p. 269-294

Liaisons animales : question d'affects

Sous la direction de Frédéric Laugrand, Michèle Cros et Julien Bondaz

Connecting with Animals : the Dynamics of Affects

Vínculos con los animales : cuestiones de afecto

Direction : Frédéric Laugrand (directeur)

Éditeur : Département d’anthropologie de l’Université Laval

ISSN : 0702-8997 (imprimé)  1703-7921 (numérique)

DOI : 10.7202/1030849ar

as
< PrécédentSuivant >

Abonnement requis!

L’accès à cet article est réservé aux abonnés. Toutes les archives des revues diffusées sur Érudit sont en accès libre (barrière mobile de 2 ou 3 ans). Pour plus d’information, consulter la page Abonnements et politique d’accès.

Pour abonner votre institution : erudit-abonnements@umontreal.ca.
En cas de problème d’accès : erudit@umontreal.ca.

Connexion (abonné individuel)

 

Entretien avec le professeur Philippe Descola (Collège de France)

Philippe Descola

Laboratoire d’anthropologie sociale, Collège de France, 52, rue du Cardinal Lemoine, 75005 Paris, France

philippe.descola@college-de-france.fr

Frédéric Laugrand

Département d’anthropologie, Pavillon Charles-De Koninck, Université Laval, Québec (Québec) G1V 0A6, Canada

frederic.laugrand@ant.ulaval.ca

Résumé | Extrait

Frédéric Laugrand – Philippe Descola, vous êtes ethnologue, spécialiste des Achuar et anthropologue, professeur au Collège de France depuis 2000 où vous occupez la chaire Anthropologie de la nature. Vous avez abordé une multitude de sujets dans vos cours, comme les relations entre humains et non-humains, la figuration, l’ontologie des images et dernièrement les formes du paysage. Pouvez-vous nous retracer et nous résumer cet itinéraire intellectuel et, surtout, nous expliquer sous quel angle vous abordez la question animale ?

Philippe Descola – La plupart des questions que les anthropologues se posent – les anthropologues au sens des chercheurs qui s’intéressent aux propriétés générales de la vie sociale et qui se placent donc à un certain niveau de généralité – naissent d’une expérience ethnographique. Et les questions qui les occupent par la suite sont, en général, le produit d’interrogations nées à l’occasion des perplexités suscitées par un certain type de terrain ethnographique. Je ne vais pas, ici, retracer l’ensemble de ce cadre puisque je me suis déjà pas mal expliqué là-dessus. Mais je voudrais juste dire que le terrain que j’ai réalisé en haute Amazonie avec les Achuar, et pour lequel j’étais parti avec le projet d’étudier les rapports entre une société et son environnement, a été l’élément déclencheur qui m’a conduit à m’intéresser aux questions que j’ai traitées par la suite et ce, de plusieurs façons. J’étais parti sur le terrain en Amazonie parce que je souhaitais étudier la façon dont une société qui n’avait pas eu de contact prolongé avec le monde occidental s’adaptait à son environnement. C’était l’esprit de l’époque. Il s’agissait de comprendre comment s’opérait cette adaptation de façon matérielle et idéelle, en examinant donc à la fois les systèmes techniques et les modes de représentation que cette société avait développés dans un usage traditionnel de la nature, c’est-à-dire dans une logique non marchande (pas de cultures de rente, de monnaie, de travail salarié, etc.). C’est pour cette raison que j’avais choisi d’aller chez les Achuar qui, à l’époque, venaient juste d’accepter les premiers contacts pacifiques. L’idée d’aller en Amazonie venait aussi du fait qu’avec ces sociétés on avait beaucoup de mal en Europe, depuis qu’on en avait eu les premiers échos avec les chroniqueurs du XVIe siècle, à comprendre ce qu’elles étaient et même en quoi elles étaient des sociétés, tant elles paraissaient peu structurées, amorphes ; tant il était difficile de reconnaître en elles des institutions analogues à celles qui avaient cours, soit dans l’Europe contemporaine de la Renaissance et de l’âge classique, soit évidemment dans l’Europe industrielle. Il m’avait semblé à l’époque que la plupart des auteurs qui en avaient parlé, bien avant l’ethnologie – puisque l’ethnologie des Amériques commence avant la naissance de l’ethnologie proprement dite comme science – jusqu’au XXe siècle, mettaient régulièrement l’accent sur le fait que ces sociétés étaient excessivement soumises à la nature. Cette dépendance était pensée soit de façon positive – on disait que ces sociétés en étaient comme le prolongement –, soit de façon négative – quand on décrivait ces brutes cannibales entièrement gouvernées par leurs instincts. Il me semblait que cette façon très particulière qu’on avait eue d’envisager les sauvages comme des émanations de la forêt reflétait peut-être quelque chose d’autre, à savoir qu’il y avait dans ces sociétés un rapport très particulier à l’environnement et que, au fond, la vie sociale s’étendait bien au-delà de la communauté des humains.

Auteurs : Philippe Descola et Frédéric Laugrand
Titre : Entretien avec le professeur Philippe Descola (Collège de France)
Revue : Anthropologie et Sociétés, Volume 39, numéro 1-2, 2015, p. 269-294
URI : http://id.erudit.org/iderudit/1030849ar
DOI : 10.7202/1030849ar

Tous droits réservés © Anthropologie et Sociétés, Université Laval, 2015

À propos d'Érudit | Abonnements | RSS | Conditions d’utilisation | Pour nous joindre | Aide

Consortium Érudit ©  2016