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Enfances, Familles, Générations

Numéro 19, automne 2013, p. 145-167

La migration des jeunes : quelles mobilités? Quels ancrages? La place des liens familiaux et des relations intergénérationnelles

Sous la direction de Emmanuelle Maunaye

Direction : Hélène Belleau (directrice) et Laurence Charton (directrice adjointe)

Éditeur : INRS-UCS

ISSN : 1708-6310 (numérique)

DOI : 10.7202/1023775ar

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Article

Vivre loin de ses parents quand on est un jeune adulte : quel effet sur le lien de confidence?

Gil Viry

Université d’Édimbourg, Royaume-Uni

gil.viry@ed.ac.uk

Éva Nada

Université de Neuchâtel, Suisse

eva.nada@unine.ch

Résumé

Dans cet article, nous analysons dans quelle mesure les jeunes adultes mentionnent moins leurs parents comme des partenaires importants de discussion lorsqu’ils vivent éloignés d’eux. À partir d’un échantillon représentatif des jeunes de 18 à 34 ans vivant en Suisse, nous montrons que, d’une manière générale, les jeunes vivant à distance de leurs parents ne sont pas moins nombreux à partager un lien de confidence avec eux. Toutefois, le lien avec les parents est particulièrement sensible à la distance dans le cas des jeunes femmes ayant elles-mêmes des enfants. Pour une jeune femme, avoir un enfant augmente les chances de citer sa mère ou son père comme confidents en situation de proximité géographique et les diminue en cas d’éloignement. De plus, les jeunes mères éloignées de leur milieu d’origine ne trouvent pas ailleurs le soutien affectif qu’elles trouvent habituellement dans la proximité spatiale avec leurs parents. Associée à certains évènements familiaux, la distance géographique contribue dès lors à reconfigurer les dynamiques relationnelles et à renforcer les inégalités de genre au sein des familles. Plus généralement, ces résultats soulignent l’importance d’accorder davantage d’attention à la mobilité et à la distance géographique dans les recherches sur la famille et les relations intergénérationnelles.

Mots clés : Distance, lien parent-enfant, jeunesse, décohabitation, soutien

Abstract

In this article, we analyze to what extent young people mention less their parents as important discussion partners when they live away from them. Using a representative sample of young people aged 18-34 living in Switzerland, we show that, overall, young people living away from their parents are not less likely to confide in them. However, parent-child relationships vary strongly with distance in the case of young mothers. For a young woman, having a child increases the likelihood of citing her mother or father as a confidant if parents live close by, and decreases this likelihood if parents live away. Moreover, young mothers geographically distanced from their parents do not find elsewhere the emotional support that they usually receive when they live in close proximity to their parents. Associated with specific family events, geographic distance therefore contributes to reconfiguring relational dynamics and worsening gender inequalities within families. This study points out that spatial mobility and geographic distance should receive more attention in research on families and intergenerational relations.

Key words: Distance, parent-child relationship, youth, living apart, support


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La montée de l’individualisme et l’accroissement de la mobilité résidentielle des individus n’ont pas conduit à l’affaiblissement généralisé du lien entre les enfants adultes et leurs parents. La recherche sociologique a mis en évidence deux autres phénomènes. Tout d’abord, l’entraide et le soutien familial entre enfants adultes et leurs parents s’exercent de manière très diverse et l’éloignement spatial participe à la pluralisation de modèles familiaux (Bonvalet et Maison, 1999; Willmott, 1991; Kaufmann et Widmer, 2005). Alors que certains jeunes s’éloignant du domicile parental peuvent prendre leurs distances par rapport à leur parenté, d’autres au contraire maintiennent des liens à distance très étroits. Un deuxième constat issu de la recherche est que les liens sociaux reposent toujours davantage sur la nécessité de devoir utiliser les infrastructures de transport et de télécommunications (Larsen et al., 2006; Urry, 2012). Si la vie familiale se caractérise pour encore beaucoup de familles par des rencontres régulières dans le voisinage direct, il n’est aujourd’hui plus rare de devoir se déplacer en voiture ou en transports publics – parfois sur de grandes distances – pour rendre visite et partager des moments de qualité et d’intimité avec sa parenté. Au sein de ces familles spatialement dispersées, maintenir un lien fort entre parents et enfants adultes nécessite, dès lors, une combinaison subtile entre télécommunications régulières et visites occasionnelles (Urry, 2002; Wellman, 2001).

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Le fait de vivre dans une autre ville ou une autre région que ses parents peut être le résultat de projets professionnels ou de formation des jeunes, mais également de projets familiaux, par exemple la mise en ménage ou l’acquisition d’une maison (Goldscheider et Goldscheider, 1999). Dans certaines situations, l’éloignement spatial peut comporter avant tout un caractère contraint (absence de travail ou de logement bon marché dans le lieu d’origine), alors que dans d’autres cas, il peut être davantage désiré (volonté d’indépendance à l’égard de son contexte d’origine). Dans le second cas de figure, les travaux de Singly (2010), Mason (1999) et Maunaye (2001) mettent en lumière le fait que l’éloignement spatial ne vise pas à rompre avec le lien parental, mais à trouver la « bonne distance » entre un vivre ensemble et une autonomie qui caractérise le lien familial dans nos sociétés de l’individu. Si le désir d’autonomie et l’éloignement spatial entre les enfants et leurs parents constituent un risque d’affaiblissement du lien parent-enfant, ils ne doivent pas pour autant être pensés en opposition à un lien fort et actif, mais parfois en conjonction.

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Les travaux sur la jeunesse ne constatent pas nécessairement un affaiblissement du lien parent-enfant du fait même de quitter le domicile familial (Blöss et al., 1990; Bozon et al., 1995; Galland, 2009; Maunaye, 2001; Van de Velde, 2007). La qualité et la nature du lien entre le jeune et ses parents dépendent largement des conditions dans lesquelles s’effectue cette décohabitation (Galland, 2009; Van de Velde, 2007). La structure familiale, le milieu social, la position du jeune dans le cycle de vie et les rapports au milieu d’origine vont fortement influencer les modes de cohabitation et de décohabitation ainsi que la reconfiguration des liens entre parents et enfants (Blöss et al., 1990; Bozon et al., 1995; Maunaye, 2001; Van de Velde, 2007). Souvent caractérisés de « génération Tanguy », les jeunes resteraient aujourd’hui plus longtemps chez leurs parents pour le confort matériel et affectif que ceux-ci leur fournissent. Cette idée, largement répandue dans les médias et la culture populaire, a été remise en question par les travaux sur la jeunesse. La cohabitation tardive avec les parents est souvent moins un choix qu’une nécessité, dans un contexte d’allongement de la scolarisation et de difficultés d’insertion professionnelle (Blöss et al., 1990; Galland, 2009; Van de Velde, 2008a). Cohabiter plus tardivement avec ses parents peut être vécu à la fois comme une contrainte (Jones, 2009; Van de Velde, 2007) et comme une certaine sécurité face à un avenir profondément incertain (Cartier et al., 2009). Dans ce contexte de cohabitation tardive, les liens entre les jeunes et leurs parents font l’objet de négociation entre une autonomie revendiquée et une indépendance retardée (Singly, 2010). De cette ambivalence résultent des formes de solidarités complexes entre les parents et leurs enfants (Van de Velde, 2007, 2008a).

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Les circonstances familiales et professionnelles ayant conduit à l’éloignement spatial des jeunes sont plurielles, tout comme le sont les manières de pratiquer le lien parent-enfant à distance (Goldscheider et Goldscheider, 1999). Toutefois, aussi complexes que soient ces situations, celles-ci sont susceptibles d’interagir avec les caractéristiques socio-économiques et les évènements familiaux des acteurs, de telle sorte que des tendances globales peuvent être observées et analysées. Cette contribution vise à explorer la relation entre l’éloignement spatial des jeunes adultes et l’importance du lien avec leurs parents. À partir d’un échantillon représentatif de jeunes de 18 à 34 ans vivant en Suisse, nous montrons que la distance géographique n’est pas, à elle seule, une condition suffisante pour moins citer sa mère ou son père comme une personne importante de discussion. En revanche, les jeunes femmes vivant proches de leurs parents mentionnent davantage leur mère ou leur père comme confidents quand elles ont un enfant, alors que celles vivant éloignées d’eux les mentionnent moins dans la même situation. Ce même effet est observé pour le lien mère-fils, bien que moins net. De plus, les jeunes mères éloignées de leur milieu d’origine ne compensent pas l’absence de leurs parents par d’autres partenaires de discussion. La distance géographique entre les jeunes femmes et leurs parents apparaît alors comme un facteur crucial influençant les dynamiques intergénérationnelles en présence d’un jeune enfant.

1. Le jeune adulte et l’importance du lien avec ses parents

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L’enquête MOSAiCH[1] 2005 comprend un échantillon de 1 078 personnes résidant en Suisse et âgées de 18 ans et plus. Les répondants ont été sélectionnés aléatoirement à partir de l’annuaire téléphonique suisse (taux de réponse de 50,1 %). Ils ont été interrogés en face-à-face sur la base d'un questionnaire standardisé. La méthode de Kish (Kish, 1965) a été utilisée pour sélectionner les répondants parmi les personnes admissibles du ménage. Pour la présente étude, seuls les jeunes adultes âgés de 18 à 34 ans ont été retenus, soit un échantillon final de 230 personnes (6 jeunes ont été exclus, car ils ont refusé de répondre à la question portant sur les liens de discussion). À partir du plan d’enquête de la General Social Survey (GSS) 1995/2004 (Bailey et Marsden, 1999), les participants à l’enquête devaient répondre à la question suivante :

La plupart des gens discutent de temps en temps de choses importantes avec d'autres personnes. En pensant aux six derniers mois, quelles sont les personnes avec lesquelles vous avez discuté de choses qui vous paraissent importantes (travail, famille, politique, etc.)? SI MOINS DE QUATRE NOMS, REDEMANDER : Encore quelqu’un?

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Les répondants pouvaient citer au maximum quatre personnes. Environ 6 % des jeunes n’ont mentionné aucun partenaire de discussion et environ 21 %, un seul (voir tableau en annexe, colonne « échantillon total »). Ce niveau d’isolement social est similaire à celui observé dans l’étude américaine de McPherson et al. (2006) utilisant le même générateur de nom. Bien que la plupart des individus appartiennent à un réseau social de taille relativement importante, le réseau de discussion mesuré ici se centre sur le petit nombre de personnes de confiance et émotionnellement proches.

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Le fait de citer sa mère et son père comme des personnes importantes de discussion constitue nos indicateurs de l’importance du lien entre le jeune adulte et ses parents. Seuls 10 % des jeunes ont mentionné leurs deux parents parmi leurs partenaires importants de discussion, 18 %, uniquement la mère et 12 %, uniquement le père. Il est ainsi frappant de constater que 60 % des jeunes n’ont mentionné aucun de leurs deux parents parmi leurs partenaires importants de discussion. Au sein de cette sous-population, les répondants ont cité majoritairement, et en ordre décroissant, des amis, le partenaire, des frères et soeurs, des collègues et enfin, d’autres membres familiaux (cousin, ex-partenaire, beau-frère, etc.).

2. Une importante proximité géographique entre le jeune et ses parents

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Les participants à l’enquête MOSAiCH devaient mentionner leur commune de domicile actuelle ainsi que celle de chaque partenaire de discussion cité. À l'aide d'un logiciel de routing modélisant l'ensemble du réseau routier suisse, les distances par la route répondant-mère et répondant-père ont été calculées en prenant pour coordonnées les centres géographiques des communes. Lorsque seul l’un des deux parents était mentionné comme partenaire de discussion, la distance du répondant au parent non cité était fixée égale à celle au parent cité, en estimant qu’un nombre important de parents vivaient dans la même commune au moment de l’entretien (les données ne permettent pas de distinguer les parents séparés/divorcés de ceux toujours en couple). Lorsqu’aucun des deux parents n’était cité comme partenaire de discussion, la commune de résidence du répondant à 14 ans était utilisée comme proxy de la commune de résidence des parents au moment de l’entretien. Cette extrapolation a tendance à surestimer la distance répondant-parent dans le cas où les parents auraient ultérieurement déménagé avec leur enfant. Elle sous-estime au contraire la distance réelle dans la situation où les parents (ou l’un d’eux) auraient quitté la région d’origine du répondant sans ce dernier. On peut néanmoins raisonnablement penser qu’il s’agit d’une bonne estimation étant donné la faible mobilité résidentielle des parents en Suisse[2] et le nombre limité d’années écoulées depuis que le répondant avait 14 ans (les parents n’ont pour la plupart pas encore atteint l’âge de la retraite, par exemple). Dans neuf cas sur dix où l’un des parents est cité comme partenaire de discussion, la commune de résidence du parent correspond à la commune à 14 ans du répondant. Parmi les répondants dont les parents résidaient en Suisse au moment de l’entretien, les distances moyennes répondant-mère et répondant-père étaient respectivement de 24,8 km et 25,1 km. Les distances médianes étaient de 3,8 km pour la mère et 3,6 km pour le père (6,1 km et 5,6 km en incluant les parents vivant à l’étranger).

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Ces distances, relativement petites au regard d’un discours aujourd’hui dominant du « tout-mobile », sont conformes aux résultats d’autres études en Europe, mettant en exergue qu’une large majorité des jeunes adultes vivent dans la même région que leurs parents (Bonvalet et Maison, 1999; Crenner, 1998; Hank, 2007). Des travaux sur la mobilité résidentielle des jeunes ont montré que la présence locale de parents et germains est un frein important à quitter son lieu d’habitation, en particulier pour les jeunes de milieux modestes et les enfants d’immigrés de pays extraeuropéens (Dawkins 2006; Zorlu, 2009). Seule une petite minorité, souvent des jeunes hautement qualifiés et sans enfants, déménage dans une autre région ou pays (Schneider et Meil, 2008). Des différences existent néanmoins entre contextes nationaux par leurs spécificités culturelles et structurelles (Van de Velde, 2008b). Dans son étude menée au sein de dix pays européens, Hank (2007) a montré que la probabilité de vivre à plus de 25 km de ses parents était la plus élevée en Suède, au Danemark et en France. Cette probabilité était plus basse en Allemagne, Suisse, Autriche et Pays-Bas et encore plus faible dans les pays du sud de l’Europe (Espagne, Italie et Grèce), où la corésidence tardive était la plus fréquente. La densité de peuplement de la Suisse, mais également un fort localisme régional (« auteur ») et une politique familiale caractérisée de familialiste libérale (Fux, 2002) peuvent en partie expliquer cette relative proximité géographique.

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Les distances répondant-mère et répondant-père ont été dichotomisées au seuil de 20 km, afin de distinguer les répondants vivant à proximité de leurs parents (dans un rayon d’environ une demi-heure en voiture ou en transport public) de ceux vivant plus loin. Le premier groupe est composé pour moitié environ de répondants vivant dans la même commune que leur parent. Les valeurs de distance dans le second groupe sont distribuées en quatre quartiles : 20-50 km, 50-150 km (160 km pour les pères), 150-étranger, étranger. Différents seuils de distance, le logarithme naturel de la distance ainsi que la variable non transformée ont été testés. La variable au seuil de 20 km a été retenue, car elle présentait les effets les plus nets sur la citation des parents comme partenaire de discussion et est une mesure communément utilisée (par ex. Blaauboer et al., 2011; Grundy et Shelton, 2001). La dichotomisation présente de plus l’avantage d’éliminer le problème d’anormalité des distributions dans les modèles de régressions et permet d’inclure les répondants dont les parents vivent à l’étranger (n=32). Environ 35 % des répondants vivent à plus de 20 km de leurs parents.

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Afin de déterminer quels facteurs influencent le fait de vivre à plus de 20 km de ses parents, trois types de variables ont été considérés : les caractéristiques socio-économiques du jeune, la présence et la cohabitation avec un parent, un partenaire ou des enfants et enfin, le contexte résidentiel. Les distributions des variables dans l’échantillon total ainsi que les pourcentages des répondants de citer leur mère et leur père comme confident par catégories sont indiquées dans le tableau en annexe. Le niveau de formation a été divisé en trois catégories selon l’échelle de classification internationale ISCED (0-2 : bas; 3-4 : moyen; 5-6 : haut). Un nombre important de répondants (n=30) a refusé de répondre à toute question se rapportant au revenu personnel. Un modèle de régression linéaire multiple a été utilisé afin d’imputer les données manquantes sur la base des réponses du répondant concernant le taux d’emploi, le secteur d’activité, la position hiérarchique, le sens donné au travail, l’âge, le sexe et le niveau de formation du répondant. Le niveau de salaire (après déductions sociales, mais avant déduction des impôts) a été divisé en trois catégories (0-2500 CHF : bas; 2501-5000 CHF : moyen; 5000 CHF et plus : haut).

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Les données ne permettaient pas de distinguer stricto sensu les jeunes vivant chez leurs parents de ceux ayant leur propre logement (parmi ceux vivant dans la même commune que leurs parents). Une variable dichotomique a toutefois été construite pour indiquer si le répondant vit avec une personne adulte autre que son conjoint. Bien que cette variable ne différencie pas les ménages avec deux parents de ceux avec un seul parent et des germains ou encore les ménages avec colocataires adultes, on peut raisonnablement penser qu’elle fournit une bonne estimation de la colocation parentale. En ce qui concerne le contexte résidentiel, la commune de résidence du répondant a été classée en six catégories selon une typologie de centralité allant des communes centrales urbaines vers les communes suburbaines, périurbaines et enfin périphériques (hors agglomération). Les communes urbaines centrales étaient elles-mêmes divisées en trois catégories selon la taille de leur population : les grands centres (5 grandes villes de Suisse : Zurich, Genève, Bâle, Berne et Lausanne), les centres moyens (par ex. Neuchâtel, Lucerne, Fribourg) et les petits centres (par ex. Martigny, Aigle, Locarno).

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Nos données comprenaient en revanche très peu d’information sur la famille du répondant et en particulier ses parents (lorsque ceux-ci n’étaient pas cités comme partenaires de discussion). Des parents à hauts revenus ou à la retraite sont en effet plus à même de rester à proximité de leurs enfants ou de se déplacer régulièrement pour leur rendre visite et garder un lien actif avec leurs enfants. Nous n’étions pas non plus en mesure de savoir si les parents étaient toujours en vie et en couple au moment de l’entretien, alors même que la séparation parentale favorise un éloignement spatial et un affaiblissement du lien avec les parents, notamment le père (Bonvalet et Maison, 1999; Lawton et al., 1994; Mulder et Van der Meer, 2009; Régnier-Loilier et al., 2009). L’influence de la taille de la fratrie n’a pas non plus pu être analysée, sachant qu’un enfant unique est souvent plus proche géographiquement et émotionnellement de ses parents qu’un enfant ayant des frères et soeurs (Bonvalet et Maison, 1999; Greenwell et Bengtson, 1997; Grundy et Shelton, 2001). Enfin, nous n’avons pas non plus pu inclure la distance géographique et l’importance du lien affectif entre le répondant et d’autres membres de la famille. La présence de germains à proximité des parents, mais également la présence de beaux-parents à proximité du jeune couple peuvent sensiblement influencer la proximité géographique et affective avec ses propres parents (Mulder et Van der Meer, 2009).

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Nous avons procédé à une série de régressions logistiques avec la distance à la mère et au père comme variables dépendantes (Tableau 1). Avoir un partenaire et cohabiter avec lui n’ont pas été retenus dans les modèles de régression finaux, car ils présentaient des coefficients insignifiants. L’âge du répondant et le nombre de partenaires de discussion cités ont été inclus comme variables continues. Trois modèles de régression ont été testés : un modèle A incluant les effets principaux, un modèle B ajoutant le fait d’avoir grandi à l’étranger et un modèle C ajoutant la variable proxy de cohabitation parentale.

 

Tableau 1

Régressions logistiques de la distance géographique répondant-mère/père (Odd ratio)

* p < ,05; ** p < ,01

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On constate que les femmes et les répondants mariés vivent plus souvent éloignés de leurs parents du fait qu’ils sont plus nombreux à vivre hors de chez leurs parents en comparaison des hommes et des répondants non mariés (l’effet significatif disparaît dans le modèle C). Ce résultat est conforme aux observations réalisées dans d’autres contextes européens, montrant la décohabitation plus précoce des jeunes femmes par rapport aux hommes (Blöss et al., 1990; Lagier, 2012) et le fait que les femmes déménagent plus fréquemment vers le lieu de résidence de l’homme que l’inverse (Mulder et Wagner, 1993; Boyle et al., 1998). L’âge des répondants n’a pas d’effet significatif sur l’éloignement parent-enfant, reflétant la désynchronisation des parcours de décohabitation et de mobilité des jeunes. Les personnes à bas niveau de formation et les habitants des grandes villes vivent plus souvent éloignés de leurs parents du fait qu’ils ont grandi à l’étranger et migré ultérieurement en Suisse. Les habitants de grandes villes sont plus susceptibles d’avoir déménagé pour des raisons professionnelles ou de formation, et donc d’avoir déménagé sur une grande distance loin de leurs parents, en comparaison des personnes vivant dans des zones plus périphériques. Les personnes à haut niveau de formation vivent plus éloignées de leurs parents. Ceci confirme la plus grande mobilité résidentielle des étudiants et des travailleurs hautement qualifiés.

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Les répondants ayant un bas revenu vivent plus éloignés de leurs parents, lorsque l’effet de décohabitation parentale est inclus dans le modèle. Les personnes à bas revenu tendent ainsi à rester plus longtemps chez leurs parents pour des raisons financières, mais semblent s’établir plus loin lorsqu’ils décohabitent. Ce résultat observé également chez Greenwell et Bengtson (1997) en Californie peut s’expliquer par le fait que les personnes à bas revenus sont soumises à de plus fortes contraintes professionnelles et immobilières que les personnes à hauts revenus. La cohabitation parentale plus tardive des jeunes dans des situations économiquement précaires et issus de milieux modestes a également été observée dans de nombreux travaux en France (Bozon et al., 1995; Galland, 2009; Moguérou et al., 2012; Van de Velde, 2007).

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Enfin, les répondants avec enfant résident davantage à proximité de leurs parents que les répondants sans enfant ayant décohabité, probablement pour faciliter le contact et l’entraide entre les grands-parents et les petits-enfants. Ces résultats sont en accord avec des études récentes aux Pays-Bas. Sur la base de données du recensement, Michielin et al. (2008) ont par exemple montré qu’avoir un enfant diminue fortement la probabilité que les femmes déménagent loin de leurs parents, et une naissance récente est associée à un rapprochement résidentiel vers les parents de la femme. Les auteurs observaient néanmoins qu’un déménagement ayant lieu lorsque le plus jeune enfant avait plus de trois ans tend plutôt à éloigner la femme de ses parents. Blaauboer et al. (2011) ont observé qu’en moyenne, les couples vivent significativement plus proches des parents de l’homme que de ceux de la femme, mais que la présence de jeunes enfants réduit la distance avec les parents de la femme, mais pas la distance avec les parents de l’homme. Dans la même veine, des études aux Pays-Bas (Van Diepen et Mulder, 2009) et en Suède (Pettersson et Malmberg, 2009) ont constaté que la présence de jeunes enfants est un des meilleurs prédicteurs d’un rapprochement géographique avec les grands-parents. Dans un certain nombre de cas, le déménagement est effectué par les grands-parents.

3. Un lien de confidence parent-enfant au-delà de la proximité spatiale

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Des analyses bivariées (voir tableau en annexe) montrent que parmi l’ensemble des jeunes de 18-34 ans, vivre à plus de 20 km d’un de ses parents ne diminue pas significativement les chances de citer celui-ci comme partenaire important de discussion. Les jeunes qui vivent à proximité de leur mère sont 31 % à la citer comme partenaire de discussion, contre 22 % parmi ceux vivant à plus de 20 km d’elle. La différence est encore plus ténue pour les pères (23 % contre 20 %).

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Si la proximité géographique favorise le « care » et l’entraide familiale (Knijn et Liefbroer, 2006; Lawton et al., 1994; Litwak et Kulis, 1987; Mulder et Van der Meer, 2009), de nombreuses études sur la migration et les familles transnationales ont toutefois souligné le rôle considérable du lien à distance entre certains jeunes et leurs parents, notamment dans l’échange de soutien émotionnel et financier (Baldassar, 2008; Knijn et Liefbroer, 2006; Magdol et Bessel 2003; Mason, 1999, 2004; Ryan, 2004; Vellekoop Baldock, 2003). Malgré une importante et progressive recomposition du réseau social des migrants dans la région ou le pays de destination, les liens familiaux verticaux (grands-parents, parents, enfants) semblent résister davantage à l’éloignement que les liens avec les amis ou les collatéraux (germains, cousins) (Bonvalet et Maison, 1999; Coenen-Huther et al., 1994; Grossetti, 2006). Un certain nombre d’études ont souligné le rôle central (parfois d’intermédiaire) joué par les femmes, mères et filles, dans le maintien des liens à distance entre l’enfant adulte et ses parents (Bonvalet et Maison, 1999; Grundy et Shelton, 2001; Lye, 1996; Mulder et Van der Meer, 2009).

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Des travaux sur la jeunesse en France ont également montré que la décohabitation parentale et l’éloignement spatial n’impliquent pas forcément un affaiblissement des liens affectifs entre le jeune et ses parents. Dans certaines situations, la distance géographique peut s’avérer nécessaire pour des questions de formation ou de mise en couple sans qu’il y ait une volonté de la part du jeune de rompre avec son milieu d’origine (Galland, 2009; Van de Velde, 2007). Blöss et al. (1990) ont par exemple mis en évidence deux différentes logiques de décohabitation des jeunes femmes. Dans la première, majoritaire parmi les filles issues de milieux ouvriers, les jeunes femmes accèdent à l’autonomie résidentielle par le mariage ou la mise en couple. Dans la seconde, les femmes poursuivent un itinéraire plus individuel, alternant parfois des périodes de prise d’indépendance résidentielle et des retours au domicile parental lors de difficultés d’insertion professionnelle, mais aussi de ruptures conjugales. Cette seconde logique révèle un lien très étroit entre les filles et leurs parents, qui subsiste au-delà du processus de décohabitation. Ces relations intergénérationnelles fluctuantes au gré des besoins du jeune se retrouvent majoritairement chez les professions intermédiaires et cadres supérieurs ainsi que chez les étudiants (Bozon et al., 1995; Déchaux, 2007; Van de Velde, 2007). Une étude de l’Observatoire de la vie étudiante en France (OVE, 2007) a montré qu’environ la moitié des étudiants vivant loin de leurs parents rentrent dormir au moins trois fois par mois dans le domicile parental. Selon Galland (2009), cette pratique symbolise alors le maintien de liens forts entre les jeunes et leurs parents. Les travaux de Déchaux (2007) ont mis en évidence que l’entraide familiale, par exemple héberger régulièrement le jeune au domicile des parents, se différencie selon les milieux sociaux et favorise la reproduction des inégalités sociales plutôt qu'elle ne les corrige.

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La volonté des jeunes de quitter le lieu où vivent leurs parents pour gagner en autonomie n’affecte pas nécessairement la relation d’intimité et la proximité affective qu’ils peuvent partager avec eux (Mason, 1999; Maunaye, 2001; Singly, 2010). Dans une étude sur des jeunes filles issues de l’immigration, Lagier (2012) a montré que des relations sociales denses et le contrôle social dont elles font l’objet au sein de leur communauté et de leur famille motivent bien souvent leur désir de s’éloigner du quartier d’origine et du domicile familial. A contrario, la grande ville laisse présager de meilleures conditions de vie, sociales et matérielles, mais aussi des relations sociales plus anonymes et plus électives. Lagier (2012) constate pourtant que le déménagement n’implique pas une rupture radicale du sentiment d’appartenance au milieu d’origine. Au contraire, le lieu où résident les parents reste un lieu central de référence et le départ a rendu les relations sociales qui s’y sont nouées importantes et significatives par les difficultés à tisser des relations similaires dans des centres urbains.

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D’autres études sur l’éloignement spatial des jeunes ont néanmoins souligné le fait que la migration, sans en être forcément la cause directe, peut contribuer à l’affaiblissement du lien avec les parents, par les évènements, familiaux ou économiques, qui sont associés à cette mobilité. Dans une étude en Grande-Bretagne, Jones (2009) a par exemple montré comment les difficultés professionnelles et un faible capital culturel pouvaient mettre à distance émotionnellement et géographiquement les enfants et leurs parents. Les jeunes observés, majoritairement des hommes et des personnes issues de familles ouvrières, avaient honte de leurs conditions et n’osaient pas aller demander du soutien à leurs parents. Si le capital culturel donne des raisons pour s’éloigner du milieu d’origine et les moyens pour le faire, à l’inverse, l’absence de capital culturel entrave la mobilité géographique ou alors augmente les risques de désaffiliation pour ceux qui s’éloignent de leurs réseaux primaires. Dans une étude en France, Maunaye (2001) a montré que c’est moins le fait de quitter le domicile parental que la formation d’un couple qui affaiblit le lien parent-enfant. L’auteur a observé que les rencontres et entraides entre le jeune et ses parents sont souvent fréquentes au début du processus de décohabitation, puis se font de manière plus épisodique à mesure que le jeune devient autonome, entre dans la vie professionnelle, mais surtout se met en couple. Les mères soulignent qu’elles entretiennent moins de relations d’intimité avec leurs enfants et qu’elles incarnent moins leur interlocutrice privilégiée. De même, les enfants adultes relèvent qu’ils s’adressent moins à leurs mères pour demander de l’aide et du soutien, préférant se tourner vers leurs conjoints. Les relations intergénérationnelles peuvent toutefois être réactivées à des étapes ultérieures du parcours de vie, à la naissance d’un enfant ou alors lorsque les parents deviennent dépendants (voir aussi Moguérou et al., 2012; Régnier-Loilier et Vivas, 2009). Dans certains cas, la distance géographique avec les parents est ajustée en fonction de ces nouveaux besoins (Pettersson et Malmberg, 2009; Van Diepen et Mulder, 2009).

4. L’importance de la proximité spatiale des parents pour les jeunes mères

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Les résultats exposés dans le précédent paragraphe soulignent que les conditions socio-économiques et le contexte résidentiel des jeunes peuvent modérer l’effet de la distance géographique sur l’importance du lien parent-enfant. C’est ce que nous allons analyser dans la présente section sur la base des données MOSAiCH.

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Le Tableau 2 présente l’effet de vivre à plus de 20 km de sa mère (son père) sur la citation de sa mère (son père) comme partenaire important de discussion, en fonction du sexe et de la parentalité du répondant. Il est frappant de constater que la distance a uniquement un effet sur les jeunes femmes ayant des enfants. Alors que la probabilité de citer sa mère reste fréquente, même à distance, parmi les filles sans enfant (environ 39 %), cette probabilité diminue très fortement avec la distance pour les filles avec enfant (de 53 à 7 %; p < ,01). Pour les femmes, la présence d’un enfant augmente les chances de citer sa mère quand celle-ci vit proche d’elles et les diminue quand elle vit éloignée. Cet effet d’interaction s’observe encore plus fortement dans le cas du lien père-fille. Alors que parmi les filles sans enfant, seules 15 % citent leur père comme partenaire de discussion (9 % quand elles vivent proches de lui et 23 % quand elles vivent à distance), elles sont 41 % à le faire quand elles ont un enfant et vivent à proximité de leur père et seulement 7 % quand elles ont un enfant et vivent à distance. Cet effet sur le lien paternel ne semble pas uniquement s’expliquer par le lien avec la mère et son potentiel rôle d’intermédiaire, puisque parmi les filles ayant un enfant et citant leur père vivant à proximité, elles ne sont qu’environ la moitié à également citer leur mère (analyse non présentée). Enfin, on observe également que les fils ayant un enfant citent moins leur mère vivant à distance (14 % contre 33 % pour les mères vivant à proximité, p < ,1). Des effets semblables, bien que moins forts, ont été observés avec le statut matrimonial du répondant.

 

Tableau 2

Jeunes ayant cité la mère/le père en fonction de la distance répondant-mère/père, de la parentalité et du sexe du répondant (%)

* p < ,05; ** p < ,01

25

Afin de tester si ces effets d’interaction demeurent sous contrôle des caractéristiques socio-économiques et du contexte résidentiel des répondants, des modèles de régressions logistiques ont été estimés pour la citation de la mère (Tableau 3) et du père (Tableau 4). Avoir un partenaire, cohabiter avec lui, cohabiter avec un parent ainsi qu’avoir grandi à l’étranger n’ont pas été inclus dans les modèles de régression finaux, car ils montraient des coefficients insignifiants. Le statut matrimonial, initialement inclus, a également été abandonné, car il présentait une colinéarité élevée avec la parentalité du répondant[3]. Deux modèles de régression ont été testés : un modèle A avec les effets principaux et un modèle B ajoutant l’interaction entre la distance géographique et la parentalité du répondant. Les analyses ont été réalisées sur l’ensemble de l’échantillon, puis sur les femmes et hommes séparément.

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Du fait que certains jeunes ou certains parents peuvent rester ou déménager à proximité de l’autre génération par les liens d’affinité et d’entraide qu’ils entretiennent, nos modèles de régression ne peuvent pas être vus comme strictement causaux. Nous pensons néanmoins que le lien de causalité va davantage de la distance vers l’affinité que l’inverse (voir sur ce point Greenwell et Bengtson, 1997).

 

Tableau 3

Régressions logistiques de la citation de la mère (Odd ratio)

* p < ,05; ** p < ,01

 

Tableau 4

Régressions logistiques de la citation du père (Odd ratio)

* p < ,05; ** p < ,01

Note – La variable du contexte résidentiel a été recodée en cinq modalités en fusionnant les catégories centre moyen et grand centre afin de permettre la convergence du modèle de régression. Aucun répondant vivant dans une grande ville (n=19) n’avait en effet cité son père comme partenaire de discussion (voir Tableau 1), ce qui a posé un problème de séparation quasi complète.

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Les régressions confirment les effets observés précédemment, mais cette fois en tenant compte des variables contextuelles. Les modèles A montrent que le seul fait de vivre à plus de 20 km d’un parent ne diminue pas significativement la probabilité de citer ce parent comme une personne avec qui l’on discute de choses importantes. Les modèles B indiquent en revanche que cette probabilité est moindre lorsque le jeune vit éloigné de son parent et a un enfant. Lorsque l’interaction avec la distance est incluse dans l’analyse, le fait d’avoir un enfant augmente les chances de citer sa mère ou son père comme confidents. En d’autres termes, les jeunes qui vivent à proximité d’un parent citent davantage celui-ci lorsqu’ils ont des enfants que lorsqu’ils n’en ont pas. Ces effets sont significatifs dans le cas des relations mère-fille et père-fille. Dans le cas de la relation mère-fils, ces effets ne sont pas significatifs au seuil de ,05 (p < ,1). Ils ne s’observent en revanche pas dans le cas de la relation père-fils.

28

Ces résultats mettent en lumière l’importance de la proximité spatiale dans les solidarités intergénérationnelles en présence d’un petit-enfant. D’autres études en France (Bonvalet et Maison, 1999) et aux États-Unis (Lawton et al., 1994) avaient déjà montré que le lien de soutien mère-fille est particulièrement actif, mais aussi particulièrement sensible à l’éloignement spatial. Les auteurs avançaient que le lien mère-fille repose davantage sur les contacts réguliers en face-à-face que d’autres liens familiaux, par la nature et la force de l’affinité entre la mère et sa fille, mais également par l’importance de l’entraide dans les tâches familiales. Nos résultats permettent de nuancer cette thèse dans le contexte suisse en soulignant que c’est avant tout la présence d’un jeune enfant qui ancre localement la relation mère-fille. Le lien de confidence entre la mère et sa fille n’est en effet pas plus faible à distance qu’à proximité lorsque la fille n’a pas d’enfant. En présence d’un petit-enfant, en revanche, il semble que seuls les parents vivant à proximité de leurs filles s’impliquent significativement dans la vie de jeune parent de ces dernières et ainsi maintiennent une affinité forte avec elles. Les normes et politiques familiales en Suisse peuvent également contribuer à cet effet de la distance. Dans un pays où les enfants sont un bien privé dont la garde est avant tout la responsabilité des parents et de la famille proche (Fux, 2002), l’investissement régulier que les grands-parents doivent consacrer à leurs petits-enfants nécessite une grande proximité spatiale. L’effet des contextes nationaux a déjà été illustré par l’enquête européenne de Hank (2007), qui a constaté que la distance géographique entre les enfants adultes et leurs parents a un plus grand impact sur la fréquence des contacts dans les pays familialistes (les pays du sud de l’Europe en particulier) que dans les pays où la garde des enfants est davantage prise en charge par l’état (pays scandinaves et France).

29

Nos analyses ont également montré qu’il existe un lien important de discussion entre la jeune mère et son père vivant à proximité sans qu’il y ait forcément un lien équivalent avec la mère. Si le lien paternel repose alors très souvent sur le rôle d’intermédiaire de « kin-keeper » de la mère (Lye, 1996), il semble ici que ces pères incarnent des interlocuteurs privilégiés pour ces jeunes femmes avec enfant. L’implication du grand-père pour la jeune mère pourrait une nouvelle fois expliquer ce résultat qui va dans le sens de celui de Crenner (1998), qui a constaté dans le contexte français que les fréquences de rencontres entre le père et ses enfants non-cohabitants étaient au plus haut entre 25 et 44 ans. Le nombre limité de filles ayant cité leur père doit toutefois nous inciter à une certaine prudence dans l’interprétation de ces résultats.

30

En dehors de la distance géographique, on observe trois autres effets : celui du nombre de personnes citées, du sexe et du contexte résidentiel. La probabilité de mentionner la mère ou le père augmente sensiblement avec le nombre de personnes citées. Ce résultat, déjà observé chez Bonvalet et Maison (1999) en France, va à l’encontre de l’idée que si le jeune n’a qu’un seul ou deux confidents, ceux-ci seraient souvent la mère ou le père. Les parents ne sont d’ailleurs pas nécessairement cités parmi les premiers partenaires de discussion. Parmi ceux citant la mère, un tiers la cite en première position (de même pour le père), un autre tiers, en deuxième position (43 % pour le père) et enfin, un dernier tiers la cite en troisième ou quatrième position (24 % pour le père).

31

Les femmes citent davantage leur mère que les hommes, alors que ces derniers citent davantage leur père. Il est intéressant de noter que cette affinité de genre disparaît toutefois dans le cas des filles lorsque l’interaction distance-parentalité est incluse dans l’analyse (modèle B), alors qu’elle est renforcée dans le cas des fils. En d’autres termes, les femmes ont tendance à davantage citer leur mère que les hommes parce qu’elles vivent plus proches de leur mère quand elles ont des enfants. Les hommes citent davantage leur père que les femmes, indépendamment de leur éloignement spatial et de leur parentalité.

32

Un dernier effet concerne le contexte résidentiel des jeunes. Les habitants des grands centres citent moins leurs parents, alors que les habitants des petites villes et des communes périphériques citent davantage leur père que les habitants des premières couronnes urbaines (catégorie de référence).

5. Deux modèles distincts des relations intergénérationnelles en présence de jeunes enfants

33

Nos résultats suggèrent que l’éloignement spatial entre les jeunes mères et leurs parents participe à la construction de deux modèles familiaux distincts. Dans le premier, conforme au modèle de la solidarité intergénérationnelle (Attias-Donfut et Segalen, 1998; Coenen-Huther et al., 1994; Moguérou et al., 2012; Régnier-Loilier et al., 2009), le petit-enfant participe à renforcer les liens d’entraide et d’affinité entre les jeunes adultes et leurs parents, qui vivent à proximité géographique les uns des autres. Dans certains cas, on peut supposer que les jeunes couples ou leurs parents sont restés ou ont déménagé à proximité de l’autre génération pour faciliter cette entraide (Blaauboer et al., 2011; Michielin et al. 2008; Pettersson et Malmberg, 2009; Van Diepen et Mulder, 2009). Ce soutien intergénérationnel peut être d’autant plus important dans un contexte de biactivité des ménages, de longévité accrue des grands-parents, de diminution de la taille des familles (Bengtson, 2001), mais aussi de faible intervention de l’état dans le cadre des politiques familiales suisses (Fux, 2002). Dans le second modèle, conforme au modèle parsonien de la famille nucléaire, la jeune femme et ses parents sont éloignés géographiquement les uns des autres et l’enfant participe au contraire à renforcer l’indépendance relationnelle et affective de la fille vis-à-vis de ses parents et la centration sur son nouveau ménage. Dans certains cas, on peut penser que les jeunes femmes se sont volontairement éloignées de leurs parents pour gagner en indépendance vis-à-vis de leur milieu d’origine. Dans d’autres situations néanmoins, la distance géographique, induite par la poursuite des aspirations professionnelles et résidentielles du couple, rend probablement plus difficile la participation des grands-parents maternels dans la vie de leur fille sans qu’il y ait nécessairement une volonté de part et d’autre de se désinvestir de la relation. La diminution du temps disponible pour les visites aux parents éloignés par la présence du petit-enfant peut également contribuer à affaiblir la relation entre le jeune et ses parents. L’enfant renforcerait une insertion forte dans la proximité spatiale du ménage, de sorte que les solidarités seraient moins centrées sur la parenté éloignée et plus sur des liens locaux et électifs (voisinage, collègues, amis). Les jeunes parents pourraient soit se tourner vers des structures de garde extrafamiliale, soit diminuer leur activité professionnelle, en particulier celle de la mère, afin de se consacrer aux tâches familiales. Certains travaux empiriques dans d’autres contextes nationaux vont davantage dans le sens de ce second modèle. À partir de larges échantillons nationaux, Grundy et Shelton (2001) en Grande-Bretagne et Lawton et al. (1994) aux états-Unis ont observé qu’avoir un enfant à charge diminue le contact avec ses parents lorsque l’effet de la distance est contrôlé. Lawton et al. (1994) ont également montré que l’enfant n’influence pas significativement le fait de se sentir émotionnellement proche de ses parents. En France, Bonvalet et Maison (1999) ont souligné que la proportion de personnes se sentant émotionnellement proches de leurs parents diminue graduellement avec le nombre d’enfants dans le ménage (effet significatif uniquement pour la mère), alors que la présence d’un enfant n’a pas d’effet significatif sur la distance avec la parenté.

6. Le plus grand risque d’isolement social des jeunes mères vivant éloignées de leurs parents

34

Une dernière série de régressions a été réalisée afin de déterminer si les jeunes ayant des enfants et vivant loin de leurs parents compensaient l’absence de leurs mère et père au sein de leur réseau de discussion en citant d’autres confidents. Deux modèles de régression linéaire (OLS) avec le nombre de partenaires de discussion comme variable dépendante ont été testés (Tableau 5) : un modèle A avec les effets principaux et un modèle B ajoutant l’interaction entre la distance géographique et la parentalité du répondant. La distance entre le répondant et la mère a été choisie, bien que la distance avec le père conduise à des résultats similaires. Comme précédemment, les analyses ont été réalisées sur l’ensemble de l’échantillon, puis sur les femmes et hommes séparément. Les résultats montrent que les jeunes femmes ayant des enfants et vivant éloignées de leur mère citent significativement moins de partenaires de discussion que les autres jeunes femmes (1,93 personne en moyenne contre 2,65). Les jeunes hommes ont au contraire tendance à citer davantage de partenaires de discussion lorsqu’ils ont un enfant et vivent éloignés de leur mère que les autres hommes, bien que l’effet ne soit pas significatif (2,86 personnes en moyenne contre 2,26). On constate également que les filles sans enfant vivant à plus de 20 km de leur mère citent davantage de personnes avec qui elles discutent de choses importantes que celles vivant à proximité (2,94 personnes en moyenne contre 2,39).

 

Tableau 5

Régressions linéaires (OLS) du nombre de partenaires de discussion (coefficients standardisés)

* p < ,05; ** p < ,01

35

Éloignées de leur milieu d’origine, les jeunes mères ne remplacent alors pas leurs parents par d’autres confidents. Ancrées localement par leur implication dans la garde des enfants et les tâches ménagères, elles développent un espace relationnel géographiquement plus restreint et ne trouvent pas ailleurs le soutien affectif qu’elles trouvent habituellement dans la proximité spatiale avec leurs parents. La faible intervention de l’état dans les politiques familiales en Suisse et les arrangements très déséquilibrés entre rôle professionnel et rôle familial entre les deux sexes participent très certainement à cet état de fait. Environ 30 % des mères ayant un enfant âgé entre 0 et 6 ans sont en effet sans activité professionnelle (OFS, 2013). Le risque d’isolement social est alors plus grand pour ces jeunes mères éloignées de leurs parents, de leur réseau primaire et du monde professionnel. La distance géographique participe dès lors à renforcer les inégalités de genre : leur désinsertion professionnelle pouvant se doubler d’une désinsertion sociale à un moment critique pour ces jeunes mères et leurs enfants (Paugam, 1991).

7. Conclusion

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Dans cet article, nous avons analysé dans quelle mesure les jeunes adultes mentionnent moins leurs parents comme des partenaires importants de discussion lorsqu’ils vivent éloignés d’eux. Nous avons également étudié si cet effet de la distance était influencé par les caractéristiques socio-économiques et résidentielles des jeunes et de leurs parents. Nous avancions que la distance géographique ne conduit pas à un affaiblissement généralisé du lien parent-enfant, mais qu’elle peut, dans certaines situations personnelles et familiales, contribuer à cet affaiblissement. Nos résultats confirment cette hypothèse dans le cas des jeunes femmes ayant des enfants. Alors que celles-ci mentionnent davantage leur mère et leur père comme confidents quand elles vivent proches d’eux, elles les mentionnent moins quand elles vivent à distance. On observe un effet similaire, bien que moins net, dans le cas du lien mère-fils. Les jeunes mères vivant éloignées de leurs parents ne compensent alors pas l’absence de leurs parents par d’autres partenaires de discussion.

37

Les études quantitatives s’intéressant à l’effet de la distance sur les liens familiaux se sont souvent centrées sur les rencontres régulières en face-à-face, s’attachant à démontrer la diminution des contacts avec l’éloignement spatial (cf. par ex. Greenwell et Bengtson, 1997; Grundy et Shelton, 2001; Hank, 2007; Régnier-Loilier et Vivas, 2009). La fréquence de contact n’est pourtant pas une mesure suffisante pour juger de l’importance et de la force de la relation entre le jeune adulte et ses parents. Les contacts peu fréquents peuvent parfois être compensés par de plus longues et intenses rencontres, notamment à des moments particulièrement difficiles ou importants pour le jeune. Nos résultats appuient cette thèse. S’il est frappant de constater que seule une minorité de jeunes fait appel prioritairement à ses parents lorsqu’ils discutent de choses importantes, ceux vivant à proximité ne sont pas plus nombreux à le faire que ceux vivant éloignés. Les télécommunications, mais également les visites occasionnelles, permettent très certainement aux jeunes qui le souhaitent de conserver à distance cette relation de confiance qu’ils peuvent habituellement nouer avec leurs parents dans la proximité spatiale (Mason, 2004; Urry, 2002).

38

L’exception observée dans le cas des jeunes filles ayant des enfants met toutefois en lumière l’importance de la proximité spatiale des grands-parents dans les solidarités intergénérationnelles en Suisse. Ces résultats montrent plus fondamentalement que la distance géographique participe à construire deux modèles distincts des relations intergénérationnelles. Dans le premier, le jeune enfant et la proximité spatiale des grands-parents renforcent les liens intergénérationnels. Dans le deuxième modèle, la parenté est éloignée et la mise en ménage ainsi que l’arrivée d’un enfant contribuent, au contraire, à renforcer l’indépendance relationnelle et affective du jeune adulte vis-à-vis de ses parents.

39

Nos résultats indiquent que l’effet de la distance dépend davantage de la situation familiale du jeune (parentalité, mise en couple) que de son milieu social (niveau de formation ou de revenu). Ceci pourrait s’expliquer par le fait que nous nous sommes centrés sur une forme particulière d’entraide familiale qui est le lien de confidence. Il reste néanmoins à vérifier si des formes d’entraide matérielle, par exemple l’hébergement du jeune au domicile des parents, mais aussi les transferts économiques, ne sont pas plus sensibles à la distance dans certains milieux sociaux plutôt que d’autres (Déchaux, 2007). De nouvelles recherches sur la base de données longitudinales permettraient en outre d’étudier l’évolution dans le temps des interactions mutuelles entre la mobilité résidentielle des jeunes et la force du lien avec leurs parents. Enfin, des analyses portant sur l’ensemble du réseau social des jeunes seraient également essentielles à une meilleure compréhension des dynamiques de recomposition des liens sociaux en situation d’éloignement de la famille d’origine. Dans tous les cas, les résultats de cette enquête doivent inciter les spécialistes de la famille et de la jeunesse à davantage explorer la distance et la mobilité géographique comme des dimensions en soi des solidarités familiales et intergénérationnelles.


Annexe

Statistiques descriptives et proportion des jeunes ayant cité la mère/le père par modalité de la variable indépendante (n=230)

 
 

Tableau

* p < ,05; ** p < ,01

Lecture – L’échantillon total (18-34 ans) est constitué de 64,8 % de personnes vivant à moins de 20 km de leur mère et 35,2 % vivant à plus de 20 km. Parmi les personnes vivant à proximité de leur mère, 30,9 % ont cité leur mère comme une personne importante de discussion contre 22,2 % parmi ceux vivant plus éloignés d’elle. Cette différence n’est statistiquement pas significative (V = ,09).

 

Notes

[1]

Mesures et observation sociologique des attitudes en Suisse. Cette enquête a été financée par le Fonds national suisse de la recherche scientifique et est pilotée par le Centre de compétences suisse en sciences sociales (FORS – Swiss Foundation for Research in Social Science).

[2]

Y compris après divorce où la plupart des ex-partenaires restent dans la même ville (cf. par ex. Feijten et Van Ham, 2007; Mulder et Malmberg, 2011 dans le contexte des Pays-Bas, proche de celui de la Suisse en ce qui concerne les pratiques spatiales et familiales).

[3]

En Suisse, la majorité des couples se marie avant d’avoir un enfant et les naissances hors mariage, bien qu’en augmentation, restent rares.

 

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Auteurs : Gil Viry et Éva Nada
Titre : Vivre loin de ses parents quand on est un jeune adulte : quel effet sur le lien de confidence?
Revue : Enfances, Familles, Générations, Numéro 19, automne 2013, p. 145-167
URI : http://id.erudit.org/iderudit/1023775ar
DOI : 10.7202/1023775ar

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