Érudit - Promouvoir et diffuser la recherche
FrançaisEnglishEspañol
 

Recherche détaillée

.

Année Volume Numéro Page 
>

Institution :

Usager en libre accès

Études internationales

Volume 33, numéro 4, décembre 2002, p. 798-801

Les défis de la politique étrangère du Canada depuis le 11 septembre 2001

Sous la direction de Jean-Sébastien Rioux

Direction : Gordon Mace (directeur)

Rédaction : Claude Basset (rédactrice en chef)

Éditeur : IQHEI

ISSN : 0014-2123 (imprimé)  1703-7891 (numérique)

DOI : 10.7202/006676ar

ei
< PrécédentSuivant >
Compte rendu

European Monetary Integration. Past, Present and Future.Pentecost, Eric J. et André van Poeckn. Northampton ma, Edward Elgar Publishing Inc., 2001, 229 p.

Emmanuel Nyahoho

École nationale d’administration publique

Université du Québec


1

Le passage à la troisième phase de l’intégration monétaire européenne, concrétisé par le lancement de la monnaie unique « euro » dès janvier 1999 alimente une profonde réflexion non seulement sur la rationalité de cette démarche, mais aussi sur la nécessité de concevoir une nouvelle architecture financière internationale. En effet, le phénomène des crises de change n’apparaît plus comme un fait isolé, circonstanciel, mais au contraire ne cesse de se multiplier. Rappelons ici, la crise du système monétaire européen (sme) de septembre 1992, faisant état d’une spéculation sans précédent, la crise mexicaine vers la fin de 1994 conduisant à une chute percutante du peso ; la crise asiatique de 1997 dont on n’a pas su prévoir la virulence des effets de contagion, et tout récemment la crise en Argentine, pays littéralement acculé à une faillite économique généralisée. L’apparition séquentielle et la sévérité de ces crises illustrent assez bien l’importance pour un pays d’adopter un régime de change et une politique monétaire appropriée.

2

Mais, 12 pays européens ont fait leur choix, à savoir : une monnaie commune. Comment en sont-ils arrivés là? Quelles sont les modalités de fonctionnement de cette union monétaire ? L’uem est-elle susceptible de s’étendre, d’abord aux autres pays membres de l’Union européenne (Danemark, Royaume-Uni, Suède) et ensuite aux pays de l’Europe de l’Est notamment la Bulgarie, la République Tchèque, la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie et la Slovénie ? Tels sont les sujets que cet ouvrage aborde, d’où son approche de puiser dans le passé, pour mieux circonscrire le présent et sculpter l’avenir. Ainsi l’ouvrage est structuré en trois grandes parties.

3

La première partie est celle du passé, s’étendant de 1979 à 1999, et a pour objectif essentiel d’expliquer la transition du sme vers l’union monétaire. Cette partie est précédée d’une brève perspective historique de tentative de formation d’union monétaire en Europe et brille par sa clarté et ses implications de politiques. Les auteurs (Eric Pentecost et André van Poeck) nous rappellent les conditions ayant prévalu avant la mise en place de la Banque centrale en Italie et en Allemagne. On note que l’unification politique précède l’unification monétaire dans ces deux pays. Aussi une « union monétaire à l’intérieur d’un pays est susceptible de mieux réussir qu’une union monétaire entre pays ». Sur les expériences du sme, Eric Pentecost présente bien ses origines, ses caractéristiques, ses impacts et procède à une évaluation des critères de convergence pour l’adhésion des membres à l’union monétaire. Ici, l’auteur se sert à bon escient du concept de trilemme de politique (stabilité des taux de change, autonomie de politique monétaire, liberté du mouvement des capitaux) pour justifier le choix de politiques monétaires et soutient l’approche institutionnelle de création de monnaie unique au détriment de l’approche de marché parce que celle-ci est peu crédible pour imposer une monnaie dominante. Par ailleurs, cet auteur fait preuve d’une franchise remarquable lorsqu’il déclare que « The convergence criteria enshrined in the Maastricht Treaty are novel and largely without fundation in economic principles… The Primary motivation for these criteria was the concern of some member states, especially Germany, that emu would have an inflationary bias ». Et de conclure : le passage graduel du sme à l’Union monétaire est politiquement motivé à presque toutes les étapes du processus.

4

Le reste de la partie 1 est consacré au débat sur les objectifs de politiques pouvant être assignés à la Banque centrale européenne. Deux chapitres y sont présentés ; celui de Friedrich Sell sur l’expérience d’union monétaire allemande, et celui sur la théorie générale des unions monétaires de Anke Jacobsen et Horst Tomann. Quiconque cherche à évaluer le réalisme de la théorie des zones monétaires optimales (zmo) (en anglais : optimum currency area) devrait lire le texte de Sell. Cet auteur explique clairement que l’union monétaire entre les deux Allemagnes (Est et Ouest) réalisée en juillet 1990 et la conversion de tous les Ostmarks en deutsche-mark ne répondent pas aux critères de zmo. De plus, compte tenu des écarts prononcés de productivité entre l’Est et l’Ouest, l’union monétaire a entraîné un large transfert fiscal entre les deux régions. Le constat autorise l’auteur à conclure que le problème de redistributions fiscales entre les pays membres de l’uem est d’autant plus sérieux que la mobilité de la main-d’oeuvre intrarégionale est fort limitée et qu’il y a rigidité sur le marché du travail. Le texte de Jacobsen et Tomann apporte des informations additionnelles sur la zmo et débouche sur des considérations de la crédibilité d’une monnaie commune.

5

La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée à l’analyse des politiques fiscales et monétaires de l’ume et comporte trois chapitres. Le premier chapitre aborde la politique monétaire avec le concours de Hubert Kempf qui décrit fort bien l’organisation institutionnelle du système européen des banques centrales (sebc), les instruments de politiques et les objectifs privilégiés, ainsi que l’aspect réglementaire. L’auteur explique que la conduite de la politique monétaire de l’Union vise l’objectif d’un taux d’inflation faible et stable (défini comme inférieur à 2 % par année) par le biais d’ajustement des taux d’intérêt de court terme. Les relations entre le sebc et le Conseil Ecofin (conseil des ministres des Finances) ainsi que les possibilités de dissensions entre les pays membres de l’Union y sont également bien présentées. Le deuxième chapitre, assez bref et rédigé par Frank Barry, porte sur le volet fiscal. En se référant aux critères de convergence du traité de Maastricht, Barry souligne que cette austérité budgétaire qui ne distingue pas entre les dépenses de consommation et les dépenses d’investissement, peut conduire à des coupures dans les dépenses d’infrastructure et d’éducation, ce qui risque d’engendrer de profondes disparités régionales. Enfin, dans le troisième chapitre de cette partie d’ouvrage, André van Poeck et Alain Borghijs examinent les problèmes d’ajustement du marché du travail. Ce chapitre particulièrement bien documenté vise à savoir si l’uem constitue une solution au problème aigu du chômage dans la plupart des pays membres. Après avoir présenté les données sur le chômage avant la formation de l’Union, les auteurs passent sur les facteurs explicatifs et débouchent sur l’analyse d’impact. Et comme on devrait s’y attendre, l’effet de l’uem sur le chômage de la zone demeure ambigu. En effet, une des raisons principales de la persistance d’un haut taux de chômage dans chacun des pays membres est la rigidité du marché du travail. L’avènement de l’uem risque d’une part, de favoriser les négociations salariales sectorielles et pan-européennes, augmentant alors la rigidité au marché du travail, et d’autre part, de contribuer à réduire les coûts de transaction dont les prix et salaires, par l’élimination des divers taux de change.

6

La troisième partie de l’ouvrage aborde le futur et sur deux points précis : a) les relations entre les pays participants et les pays non participants ; b) le débordement de l’uem avec l’adhésion possible des pays de l’Europe de l’Est. Heather Gibson et Euclid Tsakalotos ont analysé le premier de ces sujets en portant une attention spécifique sur le fonctionnement du sme ainsi que sur les autres critères de convergence. Les auteurs expliquent que les trois pays participants (Danemark, Suède, Royaume-Uni) pourront voir leurs devises sujettes à des attaques spéculatives et donc fluctuer au-delà des limites permises, rendant ainsi difficile leur adhésion à l’Union. Bien que cette observation soit plausible, nous estimons que l’appartenance de ces trois pays à l’Union monétaire serait davantage dictée par des considérations politiques que par la règle des critères de convergence. Quant à la future adhésion des pays de l’Europe de l’Est, Jens Hölscher et Lùcio Vinhas de Souza considèrent qu’il faudra dabord envisager un mode de rattachement des devises de ces pays à l’euro.

7

La lecture de l’ouvrage permet de mieux comprendre la démarche empruntée par les pays européens en vue de leur intégration ainsi que les orientations de conduite de politiques monétaires et fiscales de cette zone monétaire. Chacun des sujets est abordé sous le double angle d’analyse théorique et empirique. L’ouvrage a aussi le mérite d’être cohérent conformément à son titre qui annonce : le passé, le présent et le futur. Nul doute que cet ouvrage relativement court est bienvenu en ce moment de recherche de réformes de l’architecture financière internationale.


Auteur : Emmanuel Nyahoho
Ouvrage recensé : European Monetary Integration. Past, Present and Future.Pentecost, Eric J. et André van Poeckn. Northampton ma, Edward Elgar Publishing Inc., 2001, 229 p.
Revue : Études internationales, Volume 33, numéro 4, décembre 2002, p. 798-801
URI : http://id.erudit.org/iderudit/006676ar
DOI : 10.7202/006676ar

Tous droits réservés © Études internationales, 2002

À propos d'Érudit | Abonnements | RSS | Conditions d’utilisation | Pour nous joindre | Aide

Consortium Érudit ©  2014