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Études internationales

Volume 33, numéro 4, décembre 2002, p. 818-820

Les défis de la politique étrangère du Canada depuis le 11 septembre 2001

Sous la direction de Jean-Sébastien Rioux

Direction : Gordon Mace (directeur)

Rédaction : Claude Basset (rédactrice en chef)

Éditeur : IQHEI

ISSN : 0014-2123 (imprimé)  1703-7891 (numérique)

DOI : 10.7202/006684ar

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Compte rendu

Le monde contemporain : grandes lignes de partage.Boniface, Pascal. Coll. 1er cycle, Paris, Presses universitaires de France, 2001, 234 p.

Dany Deschênes

Auxiliaire de recherche

Institut québécois des hautes études internationales

Université Laval, Québec


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La collection premier cycle des Presses universitaires de France propose des ouvrages d’introduction à un sujet spécifique ou à une discipline donnée. Elle vise aussi bien les étudiants du 1er cycle universitaire qu’un public plus large qui s’intéresse à ces questions ou disciplines. Ce livre est la contrepartie manuscrite d’un cours d’introduction du même nom créé en 1990 à l’Institut d’études politiques de Paris. Ainsi, dans Le monde contemporain : grandes lignes de partages, Pascal Boniface propose une introduction à différentes dimensions de l’espace international. Loin de vouloir s’enfermer dans une conception théorique particulière des relations internationales, l’auteur opte pour une approche pluraliste utilisant différentes grilles de lecture des relations internationales et en se concentrant sur le système international en émergence depuis la fin de la guerre froide.

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L’ouvrage est divisé en trois grandes sections qui tentent de mettre en perspective les nouvelles réalités de l’espace international. La première partie, intitulée « le bouleversement de la scène mondiale », recoupe sept chapitres qui cherchent à définir certains aspects spécifiques de l’ordre international en émergence. Le premier chapitre offre une réflexion sur la mondialisation. Boniface fait bien ressortir les éléments de la longue durée qui alimentent le processus, mais aussi les aspects novateurs : la nouvelle représentation de l’espace, la contraction et l’accélération du temps et aussi les bouleversements issus des développements technologiques. Toutefois, il me semble que cette réflexion sur la question de la mondialisation laisse dans l’ombre deux aspects : tout d’abord, il est regrettable qu’elle ne fasse pas de place à tout le mouvement antimondialisation et à l’idée de l’existence possible d’une société civile internationale.

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Les chapitres deuxième et septième présentent la diversification des acteurs du système international, c’est-à-dire de l’acteur étatique aux acteurs non étatiques. L’auteur fait une bonne synthèse des rôles de tous et chacun en précisant bien qu’à son avis, l’État demeure l’acteur central du système international. Dans les chapitres trois à six, l’auteur pose une réflexion sur la configuration nouvelle du système international qui prend place depuis la fin du monde bipolaire. Il débute par quelques observations sur la notion de puissance. Sans entrer dans les débats théoriques sur cette notion, si importante pour les théoriciens des relations internationales, il dresse un constat assez exact sur les diverses conceptions possibles. Cependant, il aurait été aussi intéressant que l’auteur jette également un regard sur la conception structurelle de la puissance comme l’a proposé Susan Strange. Pour elle, la puissance est centrée autour des domaines de la sécurité, du savoir, de la production et des capacités financières. À mon avis, cette conception a l’avantage d’être plus opératoire que les conceptions unificatrices ou trop relationnelles de l’idée de puissance. Dans les chapitres suivants, Boniface fait une réflexion intéressante sur la configuration du système international en émergence. Tout d’abord, son propos s’attarde sur les États-Unis comme seule hyper-puissance dans le système. L’auteur montre bien les forces, mais aussi les faiblesses de l’hégémonie étasunienne : son unilatéralisme et ses dysfonctionnements internes. Cependant, d’autres pôles de puissance commencent à émerger comme la Chine, le Japon, l’Inde ou bien l’Europe. Seront-ils aptes à remettre en cause la prépondérance des États-Unis ? C’est une question qui demeure ouverte mais les propos des chapitres cinq et six suggèrent que le monde de demain soit davantage multipolaire, avec l’Europe comme contrepoids stratégique possible.

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La seconde partie s’intéresse à « l’apparition de nouveaux défis » et regroupe les chapitres huit à onze. Le chapitre huit résume bien la problématique déjà ancienne, mais qui connaît un regain d’intérêt avec le projet de bouclier antimissile des États-Unis, de la prolifération des armes nucléaire, biologique, chimique et balistique. En plus d’un bref résumé du concept de dissuasion, l’auteur cherche à montrer les aspects novateurs de cette problématique en soulignant bien les limites actuelles de cette prolifération. Le chapitre suivant appréhende une question essentielle, mais souvent mise sous le boisseau : la multiplication des États. L’auteur y présente plusieurs éléments, dont un état des lieux, une explication en termes d’égoïsme économique et d’effritement de la solidarité nationale entre différentes communautés, qui retiennent l’attention. Dans le chapitre sur l’avenir de la guerre, les principales réflexions qui ont cours dans la littérature sont abordées. Cependant, il est dommage que des éléments, tels que la guerre civile et la paix démocratique, soient abordés d’une manière si succincte comparativement à la grande place accordée à la thèse de Samuel Huntington sur le choc des civilisations. Le dernier chapitre de cette seconde partie s’attache à d’autres dimensions de la sécurité internationale, à savoir : les déséquilibres économiques internationaux, l’environnement et la démographie. Boniface dresse un tableau général de ces grands défis en soulignant bien le maillage des uns avec les autres.

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Regroupée en trois chapitres, la dernière partie propose une réflexion sur « l’émergence de nouvelles valeurs ». Le chapitre douze fait état du débat entre l’ingérence et le respect de la souveraineté étatique. Dans ce chapitre, l’auteur met en perspective les ambiguïtés normatives – juridiques mais aussi les conséquences politiques pour l’ordre international de ce débat qui est loin d’être clos. En filigrane, la question de la réforme du Conseil de sécurité de l’onu se pose avec acuité. Le chapitre suivant sur la démocratie fait une brève récapitulation de la démocratisation à travers le monde. Malheureusement, en comparaison avec le chapitre précédent, sur la souveraineté et l’ingérence, et le suivant, sur la question du sport, de l’identité et des relations internationales, l’auteur ne va pas très loin. Il ne fait pas un véritable portrait général de la situation avec les avantages, mais aussi les risques de la démocratisation du monde. Dommage... Par contre, le dernier chapitre intitulé « Sport, compétitions internationales, identités nationales », s’avère, et de loin, le chapitre le plus intéressant de l’ensemble de l’ouvrage. Ici, l’auteur propose une réflexion minutieuse et pertinente sur le rôle du sport, au sens large, pour les identités nationales et dans les relations internationales. L’exemple du football européen (nommé soccer en Amérique du Nord) est la pièce maîtresse de son analyse. Même si cet exemple cadre mal avec l’Amérique du Nord (nommément les États-Unis ou le Canada), il est possible de tracer des analogies avec d’autres sports nord-américains comme le hockey, le baseball ou le football américain. On constate à la lumière de ce chapitre comment le sport peut galvaniser les identités nationales, même celles qui sont divisées politiquement. Pour donner un exemple nord-américain, absent du livre, les finales des tournois de hockey olympique féminin et masculin à Salt Lake City entre le Canada et les États-Unis ont transcendé le clivage entre les francophones et les anglophones canadiens, surtout dans le cas du tournoi masculin.

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D’une manière générale, il me semble qu’il y a une critique importante à faire à ce livre : elle concerne les bibliographies à la fin de chacun des chapitres. Dans plusieurs cas, ces bibliographies sont lacunaires. Par exemple, la réflexion sur l’avenir de la guerre a produit une série de travaux qui y auraient mérité une place au lieu de l’ouvrage de Toffler. Je pense aux articles de Pascal Vennesson, Didier Bigo ou de Michel Fortmann. Dans le cas de la démocratie, il n’y a aucun ouvrage proposé. Pourtant, il en existe de bons, dont celui sous la direction de Christophe Jaffrelot, Les démocraties d’ailleurs, sinon ceux de Guy Hermet.

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Malgré cette réserve, Pascal Boniface remplit le mandat qu’il s’était fixé avec cet ouvrage. Il mérite d’être en bonne place dans les cours d’introduction à la politique internationale.


Auteur : Dany Deschênes
Ouvrage recensé : Le monde contemporain : grandes lignes de partage.Boniface, Pascal. Coll. 1er cycle, Paris, Presses universitaires de France, 2001, 234 p.
Revue : Études internationales, Volume 33, numéro 4, décembre 2002, p. 818-820
URI : http://id.erudit.org/iderudit/006684ar
DOI : 10.7202/006684ar

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