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Études internationales

Volume 34, numéro 4, décembre 2003, p. 663-665

Direction : Gordon Mace (directeur)

Rédaction : Claude Basset (rédacteur en chef)

Éditeur : IQHEI

ISSN : 0014-2123 (imprimé)  1703-7891 (numérique)

DOI : 10.7202/038695ar

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Compte rendu

Luttwak, Edward N., Le grand livre de la stratégie, de la paix et de la guerre, Paris, Odile Jacob, 2e éd. (1ère éd. 1987), 2002, 400 p.

Hugo Loiseau

Centre d’études interaméricaines

Institut québécois des hautes études internationales

Université Laval, Québec


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Les études sur la guerre et sur la paix produisent chaque année de nombreux ouvrages. Chaque nouvelle guerre et chaque nouveau conflit apportent une série de réflexions originales sur la stratégie des belligérants et sur les conséquences géopolitiques de ces événements. Mais il demeure néanmoins vrai que les fondements de la stratégie restent constants depuis les débuts de l’humanité. C’est le postulat implicite que propose Edward N. Luttwak dans Le grand livre de la stratégie, de la paix et de la guerre. Plus précisément, l’auteur postule qu’il y a une logique particulière au déroulement des conflits, une logique qui découle de la stratégie comme mode d’anticipation et d’action durant les conflits. Il s’agit d’une logique qu’il nomme paradoxale car, à tous ses niveaux, horizontaux ou verticaux, la stratégie est empreinte de paradoxes. La logique linéaire d’une situation non conflictuelle (partir du point A pour aller au point B) est complètement bouleversée en situation de conflit. La logique paradoxale inhérente à la situation conflictuelle fait en sorte qu’une multitude de paradoxes et de facteurs entrent en jeu et complexifient de manière infinie le déroulement du conflit (pour partir du point A pour aller au point B, il faut passer par C). Par exemple, un de ces paradoxes indique que la guerre et la paix sont cycliques. Paradoxalement, l’un engendre l’autre et vice versa. Luttwak approfondit et pousse cette logique paradoxale et démontre ses implications du niveau technique (la qualité de l’armement par exemple) jusqu’à la politique internationale (le jeu des grandes puissances par exemple).

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Pour expliciter sa thèse, l’auteur divise son livre en trois parties. La première partie se consacre à définir la logique de la stratégie. Luttwak aborde tour à tour le paradoxe dans la stratégie, la logique paradoxale en action, le point culminant du succès dans un conflit et l’aboutissement de la logique paradoxale, ce qu’il nomme la convergence des contraires. La deuxième partie décrit en profondeur les quatre différents niveaux de la stratégie que dégage l’auteur. Il s’agit des niveaux technique, tactique, opérationnel et de la grande stratégie. Par ailleurs, cette partie expose aussi les principes de base de la stratégie au cours d’un conflit. Les principes de la stratégie y sont décrits de la période préconflictuelle jusqu’à la période postconflictuelle. Ainsi, l’auteur dessine à grands traits les choix politiques à l’origine du conflit et les options militaires envisageables par les belligérants durant le conflit. L’auteur démontre habilement dans cette partie que tous les niveaux de la stratégie se superposent et s’influencent mutuelle-ment dans leur dimension verticale (les qualités et les faiblesses de chaque niveau se répercutent à travers tous les niveaux) et dans leur dimension horizontale (c’est-à-dire l’enchaînement logique des actions et des réactions de chaque niveau). Invariablement, le résultat de cette interaction entre les niveaux aboutit à la grande stratégie qui est l’objet de la troisième partie du livre. Dans cette dernière partie, Luttwak expose le fonctionnement dynamique de la logique paradoxale qui est à l’oeuvre en permanence dans les relations internationales. Sans nécessairement le mentionner, dans cette partie l’auteur fait constamment appel ou référence à des théories de relations internationales (théorie des alliances, gains et utilités, équilibre de la puissance…). Il explique quels sont les champs d’application de la grande stratégie dans l’arène internationale et quel rôle joue la « suasion » armée dans cette arène. La « suasion » est un néologisme forgé par l’auteur pour expliquer les rapports de puissance entre les acteurs du système international. Il s’agit, en fait, du résultat entre la dissuasion et la persuasion que mettent en branle les acteurs du système international. Fait à noter, le livre contient trois appendices informatifs où sont donnés des exemples de définition du terme stratégie et des exemples d’opérations militaires.

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D’ailleurs, le livre regorge d’exemples de conflits contemporains ou passés pour illustrer les propos de l’auteur dans la réalité. Toutefois, on peut lui reprocher de conjecturer souvent sur des bases hypothétiques du type : si Hitler avait fait ceci ou cela, le résultat aurait été celui-ci… Cette façon de procéder, certes originale, ne doit jamais se faire en histoire ni dans aucune autre science. Même si cela permet de jeter une lumière nouvelle sur une situation, il est strictement impossible de vérifier les hypothèses de l’auteur, ce qui invalide la portée de son propos. De plus, ce défaut s’ajoute au fait que l’auteur n’est pas toujours clair dans ses explications. Il s’agit d’un livre hautement théorique et dans ce type de livre, un effort particulier doit être mis dans la clarté des explications afin que le lecteur saisisse les propos de l’auteur. Les explications sur la « suasion » armée sont un bon exemple de ce manque de clarté (p. 299 et suiv.). Néanmoins, il s’agit d’un très bon livre qui satisfera certainement les étudiants de polémologie, les militaires de tout grade et les internationalistes car il y a matière à réflexion et à débat tout au long de cet ouvrage. Enfin, il faut souligner l’excellente traduction en français. Certains termes militaires très techniques sont traduits correctement et parfois expliqués en note infrapaginale ce qui augmente la qualité du livre.


Auteur : Hugo Loiseau
Ouvrage recensé : Luttwak, Edward N., Le grand livre de la stratégie, de la paix et de la guerre, Paris, Odile Jacob, 2e éd. (1ère éd. 1987), 2002, 400 p.
Revue : Études internationales, Volume 34, numéro 4, décembre 2003, p. 663-665
URI : http://id.erudit.org/iderudit/038695ar
DOI : 10.7202/038695ar

Tous droits réservés © Études internationales, 2003

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