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Études internationales

Volume 34, numéro 4, décembre 2003, p. 667-669

Direction : Gordon Mace (directeur)

Rédaction : Claude Basset (rédacteur en chef)

Éditeur : IQHEI

ISSN : 0014-2123 (imprimé)  1703-7891 (numérique)

DOI : 10.7202/038697ar

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Compte rendu

David, Charles-Philippe et la Chaire Raoul-Dandurand, Repenser la sécurité. Nouvelles menaces, nouvelles politiques, coll. Points chauds, Québec, Éditions Fidès, 2002, 316 p.

André Dumoulin

École royale militaire,

Bruxelles, Belgique


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Produit de la collection « Points chauds » qui propose des études sur les enjeux politiques, économiques et diplomatiques du monde actuel, la thématique choisie ici est porteuse de multiples interrogations puisqu’elle aborde les effets du 11 septembre 2001 avec le recul d’une seule année. Cet ouvrage fait le bilan des terribles événements terroristes et des nouveaux enjeux sécuritaires tant du point de vue international que nord-américain au travers d’analyses thématiques posées par des chercheurs associés à la chaire Raoul-Dandurand de l’uqam. Toujours inégal dès qu’il s’agit d’un ouvrage collectif, chacun des chapitres apporte bon nombre d’éléments factuels et analytiques avec le recul nécessaire, faisant de cet ouvrage facile à manipuler un outil intéressant pour l’honnête homme.

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Les auteurs nous entraînent dans le dédale complexe d’un sujet qui l’est tout autant. De toute évidence, nous vivons une métamorphose graduelle de la sécurité internationale par l’avène-ment des guerres de 4e génération dont le terrorisme qui utilise des moyens non conventionnels – les armes de perturbation massive – en se nourrissant d’une idéologie transnationale et nihiliste. Pour David, le non-ralliement d’États musulmans à Ben Laden et l’intervention américaine en Afghanistan n’ont pu encore résoudre le double jeu saoudien et l’imprévisibilité de la politique de Washington, mais cela engage déjà le Canada – par l’effet du homeland – à s’inscrire dans une sorte « d’Alena militaire intégrée ». Après avoir montré les répercussions géopolitiques de la guerre en Afghanistan avec une nouvelle présence américaine en Asie centrale, un encerclement de l’Iran et un réchauffement diplomatique et militaire américano-indien (Lasserre), un autre chapitre (Cossette-Trudel et Aoun) traite du terrorisme religieux en analysant le « djihadisme » et leurs organisations, qui pourraient être « neutralisées » qu’après adoption d’une diplomatie plus volontariste et après le règlement du conflit israélo-palestinien.

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Jean-François Rioux nous présente une synthèse des problèmes de perception des armes de destruction massive et les éléments de pondération à nécessairement y associer. Le chapitre qui suit (Racicot) a pour originalité d’analyser les liens doctrinaux et technologiques entre les guerres de quatrième génération et la lutte anti-terroriste, en passant par un examen critique de la Révolution des Affaires militaires aux États-Unis. Sébastian Barthe examine la question des systèmes antimissiles en présentant l’histoire des programmes nmd et bmd américains, avec la question de l’abrogation du traité abm et l’examen critique de ces systèmes face au terrorisme subi en septembre 2001.

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Le chapitre 7 de Gagnon et Racicot traite de l’avenir de la puissance militaire américaine considérée aujourd’hui comme « la plus performante de l’histoire » et qui fut fortement stimulée par le 11 septembre. Les auteurs nous y présentent de manière remarquable de concision les objectifs du qdr 2001, la révision de la posture nucléaire américaine de 2002, les nouvelles structures de commandement et la nouvelle géostratégie américaine en Asie.

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Quant à la sanctuarisation du territoire national américain (Grondin et Gagnon), elle est abordée comme une nouvelle architecture « pluricéphale » associant opérations préventives et opérations réactives, avec les nouveaux supports civils, la ram, le contre-terrorisme. Très riche, ce chapitre présente les obstacles bureaucratiques à la sanctuarisation du territoire national américain et démontre les limites d’une sécurité absolue du territoire national. L’insistance va également à la vulnérabilité des systèmes technologiques et économiques des sociétés modernes au terrorisme. David Grondin traite dans le chapitre 9 d’une possible intégration militaire nord-américaine, soutenant qu’après l’économie, « la sécurité semble être en passe de devenir le moteur de l’intégration nord-américaine » entre le Canada et les États-Unis. Le 11 septembre a bien vu le rapprochement bilatéral et une volonté d’améliorer la sécurité des frontières communes (frontière intelligente). Toute la difficulté pour le Canada sera de maîtriser une dialectique associant l’internationalisme national et la sécurité humaine dans l’esprit de Lloyd Axworthy et le continentalisme nord-américain, sans exclure l’un au profit de l’autre. Pour l’auteur, la création d’une sécurité intégrale nord-américaine ne peut en tout cas pas aboutir à une politique étrangère à rabais et trop alignée sur Washington, même si nous ne pouvons ignorer la communauté de valeurs et d’intérêts propres à la zone nord-américaine, ni snober les menaces réelles. Hassan-Yari en profite de son côté pour développer les perspectives de changement pour la défense du Canada à partir de l’examen successif des activités des forces armées nationales, des nouvelles lois législatives relatives à la protection civile et à la lutte anti-terrorisme et enfin des budgets liés à la sécurité après les événements américains du 11 septembre. Et de poser certaines questions sur l’influence de ce « cataclysme » sur le Livre blanc canadien, le nmd américain, le norad, la diplomatie de défense et le renseignement.

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Les trois derniers chapitres traitent de la sécurité économique (Turcotte), de la guerre contre l’argent sale et le blanchiment (Arès) et des défis de la sécurité publique (Belleau) où ce dernier explique les mesures qui furent prises après l’attentat de 1993, expliquant en partie le nombre « moins élevé qu’estimé » de victimes le 11 septembre 2001, avant de nous présenter succinctement les dispositifs de sécurité civile américains, canadiens et québécois ainsi que les lacunes en matière de renseignement et de surveillance antiterroriste.

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Riches d’informations que peu d’Européens connaissent au sujet de thèmes proprement nord-américains, très utile pour appréhender les analyses canadiennes des événements du 11 septembre 2001, cet ouvrage, dont chaque chapitre se termine par une petite bibliographie thématique et quelques adresses de sites internet associés, est l’illustration parfaite de ce que doit être un ouvrage clair, nuancé et précis écrit par des académiques et des chercheurs à destination d’un public large.


Auteur : André Dumoulin
Ouvrage recensé : David, Charles-Philippe et la Chaire Raoul-Dandurand, Repenser la sécurité. Nouvelles menaces, nouvelles politiques, coll. Points chauds, Québec, Éditions Fidès, 2002, 316 p.
Revue : Études internationales, Volume 34, numéro 4, décembre 2003, p. 667-669
URI : http://id.erudit.org/iderudit/038697ar
DOI : 10.7202/038697ar

Tous droits réservés © Études internationales, 2003

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