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Études internationales

Volume 36, numéro 2, juin 2005, p. 265-267

Direction : Gordon Mace (directeur)

Rédaction : Claude Basset (rédactrice en chef)

Éditeur : IQHEI

ISSN : 0014-2123 (imprimé)  1703-7891 (numérique)

DOI : 10.7202/011428ar

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Compte rendu

Camilleri, Joseph A., Regionalism in the New Asia-Pacific Order. The Political Economy of the Asia-Pacific Region, vol ii, Northampton, ma, Edward Elgar, 2003, 432 p.

Marc Parant

Ambassade du Canada à Paris


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Le régionalisme dans la région Asie-Pacifique est un phénomène complexe, aléatoire, souvent contesté et en constante évolution. Pour mieux l’appréhender, ce phénomène doit être replacé dans le contexte du lien entre mondialisation et régionalisme, ainsi que des relations entre les États, le marché, les sociétés civiles, et entre l’hégémonie américaine et les aspirations asiatiques, notamment chinoises, d’émancipation.

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Ce volume, qui fait suite à States, Markets and Civil Society in Asia-Pacific, place ces enjeux au centre de son analyse globale. Il examine les multiples tentations en matière d’innovation institutionnelle notamment au cours des vingt dernières années, en les situant dans leur contexte géopolitique, géo-économique et culturel. L’asean et son forum régional, l’apec, l’asem, le kedo, le cscap et beaucoup d’autres organisations sont décortiquées et analysées non comme des finalités vis-à-vis d’un processus en voie d’achèvement mais pour ce qu’elles nous enseignent en matière de fractures économiques, politiques et normatives en Asie et même au-delà.

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Conçu au milieu des années quatre-vingt-dix, ce volume assez exhaustif contient 432 pages et est divisé en dix gros chapitres couvrant des thèmes majeurs et enrichis de tableaux comparatifs. Beaucoup a été dit au cours des dix dernières années sur le régionalisme en général et la région Asie-Pacifique en particulier. L’auteur souligne d’emblée que le propos de ce second volume n’est pas de disséquer telle ou telle organisation comme l’asean ou l’apec, les plus connues du grand public, ou même d’évaluer leur chance de survie. L’objectif est plutôt de décrire et d’interpréter l’évolution en cours du régionalisme asiatique.

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Les trois premiers chapitres font plus particulièrement référence aux périodes coloniales et précoloniales, ceci afin d’identifier les sources du régionalisme actuel et d’analyser les mécaniques historiques et politiques qui ont conduit à l’affirmation d’une voix régionale pendant la période de la guerre froide. Cette perspective est intéressante car elle révèle les points de convergence et de rupture d’aujourd’hui. L’asean par exemple est un bon exemple puisqu’elle a été créée en plein coeur de la rivalité entre Américains et Russes et de la polarisation entre communisme et capitalisme. Une nouvelle forme de coopération régionale est donc née qui mêle des intérêts divergents en matière de sécurité et place l’initiative dans les mains de différents acteurs.

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Cependant, les chapitres suivants le montrent bien, la transition vers une nouvelle forme de régionalisme élaborée il y a vingt ans connaît une évolution lente et contradictoire. Si l’asean reste aujourd’hui le meilleur baromètre des tensions et des contradictions actuelles, particulièrement soulignées dans ce volume, d’autres tentatives d’évolution institutionnelle mettent en avant les conflits d’intérêts et de perception et la faille considérable entre les bonnes intentions et la réalité. En matière de sécurité notamment, les politiques opérationnelles ont du mal à suivre les discours de bonne intention. Soulignant ces faiblesses, ce volume pose trois questions essentielles: est-ce que le régionalisme Asie-Pacifique a, depuis les années 1980, cherché à institutionnaliser une nouvelle conception de la sécurité ? Est-ce que le multilatérisme régional, dans ses manifestations diverses, offre un cadre satisfaisant ou potentiellement satisfaisant à la négociation et la résolution de crises géopolitiques et économiques à venir ? Enfin, est-ce que l’architecture régionale émergente aujourd’hui constitue un cadre à un processus d’intégration régional plus élaboré comme par exemple celui de l’Union européenne ?

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Dans les chapitres quatre à huit, l’accent est mis sur ces fractures et ces interrogations et l’auteur tente d’apporter des éléments de réponses à ces trois questions en décortiquant notamment les structures des grandes organisations régionales actuelles.

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Mais ce sont dans les chapitres neuf et dix que ces trois questions sont plus particulièrement étudiées. Intervient notamment la notion de comprehensive security qui définit bien les caractéristiques de la trajectoire asiatique en matière de sécurité régionale. Ces chapitres traitent également de la rivalité entre deux concepts architecturaux différents : la zone Asie-Pacifique diffère de la zone Pacifique-Asie. L’objectif clairement explicité est de ne pas porter de jugement de valeur sur les mérites politiques ou intellectuels de chacune de ces notions mais plutôt de tenter de comprendre leur symbolique idéologique et culturelle et d’évaluer lequel de ces deux concepts présente une base crédible à une coexistence pacifique et productive entre États. Évidemment l’auteur souligne que ces deux notions ne regroupent pas la même chose et souhaite éclairer le lecteur sur leurs implications actuelles et futures sur l’avenir de la région. Une zone Asie-Pacifique aurait pour centre l’Asie orientale et la Chine. Une zone Pacifique-Asie, plus vaste, aurait pour centre les États-Unis et engloberait l’Australie dans l’échiquier politico-stratégique régional. C’est cette voie que semble avoir clairement choisie, le gouvernement américain, notamment lorsque le président Bush a parlé en 2004 de l’Australie comme « le shérif de la région ».

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En conclusion, l’auteur souligne que pour répondre à ces promesses de coopération et de prévention des conflits, le régionalisme Asie-Pacifique devra passer trois tests importants. Le premier réside dans le constat que le mécanisme de rapprochement des politiques des États en matière économique et politique devra évoluer rapidement et se renforcer, notamment à travers des agences intergouvernementales ou des organisations. Les États devront apprendre à faire des concessions en matière de souveraineté. Deuxièmement, si le régionalisme est toujours apparu comme une réponse à la mondialisation, l’auteur croit que le processus régional en cours devra se doter d’outils de régulation économique afin de diminuer les écarts de revenus trop importants et réduire les risques environnementaux liés au développement. Enfin, la régionalisation devra passer le test de l’opinion publique qui pour l’instant n’existe pas dans la région, ceci afin de créer une conscience collective commune à l’affirmation de la paix comme outil essentiel de développement. En comparant et en évaluant les rôles des grandes et des moyennes puissances de la région, des acteurs non gouvernementaux et des États souverains, ce volume intéressera particulièrement les étudiants qui ont un intérêt pour la politique économique de la région Asie-Pacifique, pour les relations internationales et les problèmes de gouvernance mondiale. Regionalism in the New Asia-Pacific Order sera aussi très utile aux diplomates, aux autorités économiques, aux représentants des ong et aux chercheurs qui s’intéressent au futur de l’Asie.


Auteur : Marc Parant
Ouvrage recensé : Camilleri, Joseph A., Regionalism in the New Asia-Pacific Order. The Political Economy of the Asia-Pacific Region, vol ii, Northampton, ma, Edward Elgar, 2003, 432 p.
Revue : Études internationales, Volume 36, numéro 2, juin 2005, p. 265-267
URI : http://id.erudit.org/iderudit/011428ar
DOI : 10.7202/011428ar

Tous droits réservés © Études internationales, 2005

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