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Études internationales

Volume 36, numéro 3, septembre 2005, p. 388-391

Direction : Gordon Mace (directeur)

Rédaction : Claude Basset (rédactrice en chef)

Éditeur : IQHEI

ISSN : 0014-2123 (imprimé)  1703-7891 (numérique)

DOI : 10.7202/012037ar

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Compte rendu

Dunkley, Graham, Free Trade. Myth, Reality and Alternatives, London/New York, Zed Books, 2003, 256 p.

Gabrielle Lachance

Sociologie, option développement

Sainte-Foy, Québec


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Voici un énième ouvrage sur le libre-échange et la mondialisation néolibérale. À sa lecture, on ne peut que constater qu’il offre un point de vue complémentaire, une vision nouvelle de ce phénomène d’une grande complexité et dont on ne finit pas d’explorer les multiples facettes. Un phénomène qui ressemble à un kaléidoscope dont les dessins produits par les objets colorés placés dans le tube changent de formes et de couleurs à la moindre rotation.

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Le présent volume s’inspire d’une publication antérieure de G. Dunkley, Free Trade Adventure. The wto, the Uruguay Round and Globalism – A Critique. Cette fois-ci, il approfondit ces questions et apporte quelques suggestions pour des solutions de rechange à partir d’interrogations comme : Y a-t-il des arguments crédibles contre le libre-échange et la mondialisation ? Un degré d’autosuffisance est-il possible dans un monde globalisé ? Y a-t-il des solutions de rechange à cet ordre mondial en croissance ? Pour y répondre, il réévalue les théories classiques du commerce, utilise des données historiques et actuelles et applique un plus grand éventail de critères que ceux généralement utilisés par la science économique.

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En introduction, il dénonce les mythes de la mondialisation et du libre-échange, et allègue qu’en ajoutant d’autres critères que ceux purement économiques, le libre-échange perd de sa consistance. Il propose quatre groupes d’approches (science économique rationnelle du libre-échange ; interventionnisme du marché ; développement humain ; communauté et souveraineté) se rapportant à trois séries de questions : quelles sont les attitudes envers 1) le commerce, le développement et la technologie ; 2) les méthodes utilisées et les buts recherchés dans l’élaboration de politiques ; 3) des considérations politiques, sociales, culturelles, éthiques, écologiques et spirituelles ? Les quatre perspectives sont discutées dans les chapitres suivants.

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Les chapitres 2 et 3 sont l’un, théorique et l’autre, surtout historique. Dunkley conteste la logique sous-jacente à la théorie du libre-échange selon laquelle ce dernier (dixit les « globo-euphoristes ») est économiquement bon pour tout le monde, dans tous les pays et en tout temps. Il nie que les mérites du libre-échange aient été généralement acceptés et définitivement prouvés depuis Adam Smith. Au contraire, plusieurs économistes réputés ont admis les carences du libre-échange et fourni des justifications à une certaine forme de protectionnisme tout en réservant leur préférence au libre-échange. Cependant, il y a toujours eu des « hérétiques » qui ont soulevé des questions beaucoup plus fondamentales.

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Avec le chapitre 4, l’auteur entame le volet pratique de son étude. Il analyse de façon critique cinq mythes du libre-échange considérés par les « mondialistes » comme le côté pratique de cette doctrine. Dans les faits, il observe que l’histoire n’est ni linéaire ni déterministe ; elle constitue plutôt un processus complexe qui exige beaucoup de prudence politique et est en partie influencée par des intérêts, dont des intérêts imputés au libre-échange et à la mondialisation.

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L’affirmation que le libre-échange conduit à la croissance économique et à un développement durable est remise en question dans les chapitres 5 et 6. Même si de tels buts sont enviables, un autre modèle pourrait permettre à chaque pays de déterminer son propre modèle de développement, un développement qui tienne davantage compte de valeurs humaines et culturelles. Le libre-échange est-il vraiment meilleur pour la croissance que le protectionnisme ; et les politiques non interventionnistes qui donnent libre cours aux exportations sont-elles meilleures pour le développement du tiers monde que la limitation des importations ? Non, répond l’auteur. On ne peut conclure en faveur de l’une ou l’autre solution. En outre, plusieurs stratégies alternatives de développement sont possibles selon les circonstances particulières à chaque pays.

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Le chapitre 7 traite de la technologie, des économies d’échelle et de la concurrence en rapport avec la mondialisation et le développement. Il s’attaque au mythe qui prétend que le monde est si interrelié et dépendant des technologies mondiales que l’autosuffisance doit céder sa place à un développement basé sur l’avantage comparatif, l’exportation et le marché. L’auteur croit, au contraire, qu’une plus grande autosuffisance est possible, surtout si on utilise des systèmes de valeurs et des modèles de développement alternatifs. L’expérience de plusieurs pays et les témoignages de certains économistes renommés montrent qu’elle peut être réalisée si elle est développée graduellement et sur une base plus diversifiée.

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Le chapitre 8 aborde ce que l’auteur appelle « l’aventure du libre-échange ». Il étudie brièvement l’omc qu’il considère comme un arbitre biaisé, obsédé par l’échange et qui détient présentement une plus grande capacité de saper la souveraineté nationale. Le projet mondial de libre-échange, guidé par une élite d’affaires, est implanté par le fmi, la bm, l’omc et, à des degrés divers, par la plupart des gouvernements nationaux qui veulent le sceller afin d’empêcher de futurs gouvernements de révoquer leurs décisions. En contrepartie, des éléments d’un ordre mondial plus compatible avec une vision humaniste et autosuffisante du développement sont esquissés.

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En conclusion, deux siècles de débats sur le libre-échange et le protectionnisme révèlent que ces systèmes ne sont pas opposés mais représentent des idéologies et des visions du monde rivales. Les politiques néolibérales de libre-échange et de mondialisation ignorent les coûts économiques et socioculturels qu’elles entraînent et font fi de buts sociaux plus larges comme la justice sociale, l’environnement soutenable, l’intégrité culturelle. Des changements sont proposés dans le système mondial de commerce pour refléter de tels buts, permettre une plus grande participation dans la prise de décision sur le commerce et accroître l’autonomie des nations à l’intérieur d’un ordre plus coopératif. Un tel idéal est réalisable, soutient l’auteur, mais il requerrait des changements à l’ordre mondial actuel.

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Cette recherche s’appuie sur des théories économiques et fait donc appel à des connaissances de base dans ce domaine. À certains endroits, elle présente un relevé historique succinct qui aide à mieux comprendre l’évolution des concepts au cours des deux derniers siècles. Malheureusement, le compte rendu ne permet pas de résumer les mythes auxquels l’auteur s’attaque et les courants de pensée qu’il préconise, ou de décrire quelques stratégies de commerce proposées et qui constituent des tranches intéressantes de l’ouvrage.

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L’étude, complétée par une bibliographie extensive et un index, permet de doser les affirmations trop optimistes qui sont faites en faveur des politiques néolibérales de libre-échange et de mondialisation. Elle permet également de considérer de façon réaliste d’autres modèles de développement et d’autres stratégies économiques. Elle s’adresse en priorité aux étudiants et étudiantes en économie politique, au personnel de recherche, aux activistes sociaux et à toute personne qui veut comprendre un peu mieux où nous mènent nos gouvernants axés prioritairement sur le modèle néolibéral actuel.


Auteur : Gabrielle Lachance
Ouvrage recensé : Dunkley, Graham, Free Trade. Myth, Reality and Alternatives, London/New York, Zed Books, 2003, 256 p.
Revue : Études internationales, Volume 36, numéro 3, septembre 2005, p. 388-391
URI : http://id.erudit.org/iderudit/012037ar
DOI : 10.7202/012037ar

Tous droits réservés © Études internationales, 2005

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