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Études internationales

Volume 38, numéro 3, septembre 2007, p. 419-421

Direction : Gordon Mace (directeur)

Rédaction : Claude Basset (rédactrice en chef)

Éditeur : Institut québécois des hautes études internationales

ISSN : 0014-2123 (imprimé)  1703-7891 (numérique)

DOI : 10.7202/016554ar

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Compte rendu

Laferrière, Éric et Peter J. Stoett (dir.), International Ecopolitical Theory, Critical Approaches, Vancouver, cb, ubc Press, 168 p.

Olivier Boiral

Faculté des sciences de l’administration

Université Laval, Québec


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Les impacts globaux et l’ubiquité des enjeux environnementaux appellent des remises en cause épistémologiques pour faciliter la prise en compte des préoccupations écologiques dans les réflexions actuelles sur les relations internationales. L’objectif principal de cet ouvrage est d’explorer la nature de ces remises en cause à partir d’une perspective théorique critique qui entend instaurer un nouveau dialogue entre les relations internationales et la pensée écologiste. Rédigé par une douzaine de chercheurs provenant de divers horizons, cet ouvrage collectif repose sur des textes issus de débats et d’échanges sur ce thème dans le cadre des rencontres annuelles de l’Association internationale de sciences politiques et de l’International Studies Association.

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Dans le premier chapitre, Simon Dalby analyse la problématique de la sécurité environnementale en soulignant les lacunes des approches traditionnelles sur la sécurité dans les relations internationales. Ces approches sont en effet surtout centrées sur l’analyse des conflits internationaux et des menaces externes pour la sécurité des États. Les enjeux écologiques représentent des menaces beaucoup plus diffuses, difficiles à appréhender, émergeant à la fois à l’intérieur et à l’extérieur des nations, et remettent en cause le postulat d’un environnement stable et prévisible. La prise en compte de ces nouvelles menaces appelle une perspective holistique et interdisciplinaire qui aurait jusqu’à présent été négligée dans les relations internationales.

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Dans le deuxième chapitre, Rosalind Warner propose d’explorer les racines historiques et idéologiques des préoccupations environnementales, en soulignant notamment le rôle ambivalent du colonialisme et de l’émergence de l’écologie en tant que discipline scientifique. Ainsi, le souci de préserver les écosystèmes serait lié aux critiques de l’exploitation intensive de l’environnement durant l’époque coloniale et à la sensibilité nouvelle découlant du darwinisme, lequel a montré l’interdépendance et l’origine commune des espèces. Ces racines historiques auraient façonné deux principales approches écologistes encore présentes. La première repose sur une approche dite préservationiste, ancrée dans une vision assez romantique de l’environnement, dont l’intégrité doit être préservée des menaces de la civilisation industrielle. La seconde repose sur une logique plus conservationniste, centrée sur une utilisation rationnelle des ressources pour répondre de façon durable aux besoins du développement humain.

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Dans le troisième chapitre, Neil Harrison propose l’avènement d’un nouveau cadre théorique pour rendre compte des questions environnementales dans les politiques internationales. Après avoir souligné les limites et le simplisme du paradigme dominant sur les relations internationales, l’auteur s’inspire de la théorie des systèmes complexes pour proposer une vision moins restrictive, basée notamment sur les concepts d’agents adaptatifs, d’émergence auto-organisationnelle, d’autorité, et de systèmes ouverts. Cette vision élargie des relations internationales permettrait de mieux prendre en compte la complexité inhérente aux enjeux environnementaux et de générer des hypothèses de recherche nouvelles.

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Le quatrième chapitre, rédigé par Denis Madore, propose une approche nietzschéenne des enjeux environnementaux. Cette approche, qui repose sur une critique radicale de la modernité, tend à remettre en cause les hypothèses implicites de la quête d’équilibre entre les activités humaines et les impératifs environnementaux. Dans cette perspective nietzschéenne, le souci de gérer les problèmes écologiques et de promouvoir un développement durable à travers des règlements, des normes, et des politiques publiques apparaît comme une utopie attentatoire aux aspirations profondes de la nature humaine.

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Dans le cinquième chapitre, Eivind Hovden expose les relations possibles entre la protection de l’environnement et les théories critiques sur l’émancipation sociale issues en particulier de l’école de Francfort et du mouvement poststructuraliste. Selon l’auteur, ces théories critiques auraient négligé les enjeux environnementaux qui seraient en partie incompatibles avec certains postulats anthropocentriques sous-jacents. Une synthèse entre l’écologie et les théories critiques serait néanmoins souhaitable et possible, bien que les modalités précises de cette réconciliation demeurent nébuleuses.

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Le sixième chapitre de Martin Weber est dans la continuité du texte précédent d’Eivind Hovden, puisqu’il propose une nouvelle fois une réflexion assez abstraite sur l’intégration entre les théories sur les relations internationales, les politiques environnementales, et les approches critiques. Selon l’auteur, pour favoriser cette intégration, il est pertinent de revisiter et d’élargir la théorie de l’action communicative d’Habermas pour intégrer des aspects écologiques porteurs d’un projet émancipateur plus global et plus en phase avec les préoccupations sociales actuelles.

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Le dernier chapitre de Paul Williams propose une synthèse théorique entre le constructivisme social, la théorie des relations internationales, et l’écologie. L’auteur développe notamment un modèle rendant compte de la communication complexe entre les relations internationales et les enjeux écologiques à partir de trois paradigmes théoriques : écokantien, écolockéen, et écohobbesien.

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Par son caractère interdisciplinaire et son ambition de renouveler les approches critiques sur les relations internationales, cet ouvrage permet de revisiter divers courants de pensée à partir de perspectives théoriques assez inusitées, tant chez les penseurs critiques, qui ont souvent ignoré les questions environnementales, que chez les écologistes, habitués à une approche beaucoup plus réaliste. Ainsi, les auteurs n’hésitent pas à explorer la signification des enjeux environnementaux à l’aune de courants théoriques ou d’auteurs critiques comme Nietzche ou Habermas qui n’ont pourtant pas réellement abordé de front les questions écologiques. L’objectif de cet exercice hautement spéculatif est de construire un dialogue entre ces deux domaines qui tendent à s’ignorer et de tenter de proposer de nouveaux cadres théoriques pour repenser les relations internationales à l’intérieur d’un paradigme plus ouvert aux enjeux écologiques.

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Cependant, l’éclectisme brouillon de l’ouvrage et surtout sa perspective extrêmement abstraite rendent cet effort de synthèse assez confus et souvent difficile à cerner. La plupart des chapitres, en particulier les trois derniers, semblent tourner dans le vide des abstractions théoriques en mobilisant divers concepts issus de différents courants de pensée mais sans jamais véritablement réussir à proposer une synthèse éclairante ou constructive sur la question. Mis à part les premiers chapitres, qui évoquent de façon assez elliptique quelques problèmes environnementaux contemporains, en particulier celui du réchauffement climatique, l’écologie apparaît dans l’ouvrage comme un concept philosophique abstrait, vidé de sa substance et de son ancrage dans la réalité biophysique des écosystèmes. L’écologie semble ainsi un concept flou, utilisé pour élaborer des réflexions alambiquées qui semblent flotter en apesanteur par rapport aux préoccupations concernant la préservation des écosystèmes, dont le réalisme est même critiqué dans l’ouvrage.

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Malgré le caractère décousu du livre et des concepts mobilisés, la nécessité d’une intégration théorique entre le domaine de l’écologie et celui de la pensée critique est sans cesse réaffirmée tout au long des chapitres, comme une sorte de fil conducteur. Si ce fil conducteur ne conduit pas à une idée ou à une théorie précise, il permet toutefois d’explorer dans un style cependant souvent obscur les liens improbables entre l’écologie et divers courants de pensée dont les préoccupations de départ ont le plus souvent peu de choses à voir avec la protection de l’environnement : Nietzche, les penseurs de la postmodernité, Habermas, ou encore le constructivisme social.

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En dépit de ces lacunes, cet ouvrage intéressera certainement les philosophes ou les sociologues de l’environnement en quête de dépaysement intellectuel et de modèles théoriques critiques pour remettre en cause les approches plus classiques des relations internationales et des problèmes environnementaux.


Auteur : Olivier Boiral
Ouvrage recensé : Laferrière, Éric et Peter J. Stoett (dir.), International Ecopolitical Theory, Critical Approaches, Vancouver, cb, ubc Press, 168 p.
Revue : Études internationales, Volume 38, numéro 3, septembre 2007, p. 419-421
URI : http://id.erudit.org/iderudit/016554ar
DOI : 10.7202/016554ar

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