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Études internationales

Volume 38, numéro 4, décembre 2007, p. 605-607

Direction : Gordon Mace (directeur)

Rédaction : Claude Basset (rédacteur en chef)

Éditeur : Institut québécois des hautes études internationales

ISSN : 0014-2123 (imprimé)  1703-7891 (numérique)

DOI : 10.7202/018294ar

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Compte rendu

Zimmermann, Doron et Andreas Wenger (dir.), How States Fight Terrorism. Policy Dynamics in the West, Boulder, co, Lynne Rienner Publishers, 2007, 261 p.

Alexandra Tardif-Villeneuve

Programme Paix et sécurité internationales

hei, Université Laval, Québec.


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C’est en faisant réaliser aux pays occidentaux que nul n’est à l’abri d’éventuelles attaques terroristes que les événements du 11 septembre 2001 ont donné naissance à un mouvement d’éveil, particulièrement en Occident, sur l’importance du contre-terrorisme. Le terrorisme n’est en rien nouveau. Cependant, les mouvements politiques violents ont évolué, passant des menaces physiques nationales à des menaces idéologiques transnationales. Le sujet ayant évidemment fait couler beaucoup d’encre depuis 2001, une littérature abondante traite des différents enjeux liés au terrorisme et plus particulièrement au contre-terrorisme. Pensons notamment aux ouvrages de Ramraj, Hor et Roach (2005) et de Howard et Sawyer (2004).

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Le livre How States Fight Terrorism. Policy Dynamics in the West tente de dresser le bilan le plus exhaustif possible de l’évolution de l’élaboration des politiques pour contrer le terrorisme en Occident. Écrit par différents spécialistes, il est divisé en quatre parties : tout d’abord les politiques de contre-terrorisme en Europe, puis en Amérique du Nord, ensuite l’approche intégrée du contre-terrorisme et enfin une conclusion proposant une réflexion sur l’équilibre entre efficacité et légitimité du contre-terrorisme. Les directeurs de l’ouvrage, Wenger et Zimmermann, ont élaboré un chapitre qui, en tête du livre, fait état des nouvelles perspectives des politiques nationales de contre-terrorisme. Expliquant l’importance des événements du 11 septembre 2001 dans l’évolution du contre-terrorisme, les auteurs en profitent pour tirer, dès le début, deux conclusions générales préliminaires. Premièrement, les attaques du 11 septembre ont créé une ouverture pour l’élaboration d’une politique de contre-terrorisme plus unifiée. Deuxièmement, l’implantation d’une telle politique a été lourdement hypothéquée par la volonté américaine d’envahir l’Irak.

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La première partie de l’ouvrage décrit l’évolution de l’élaboration des politiques de contre-terrorisme en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Norvège. Pour commencer, Laura K. Donohue explique que, malgré la réaction musclée de la Grande-Bretagne aux événements du 11 septembre 2001 et en dépit des apparences, la Grande-Bretagne n’a pas tellement changé en matière de contre-terrorisme. La plupart des mesures adoptées par le Parlement étaient déjà en place avant 2001. Pour sa part, Victor Mauer analyse l’attitude et les actions entreprises par l’Allemagne dans la lutte contre le terrorisme. La solidarité immédiate et l’appui quasi inconditionnel de l’Allemagne pour les États-Unis à la suite du 11 septembre ont tôt fait de s’éroder lorsque les États-Unis ont décidé d’envahir l’Irak. La question de l’Irak a fait réaliser à de nombreux pays, particulièrement à l’Allemagne, que les événements de 2001 n’avaient pas créé miraculeusement une harmonisation de la perception de cette nouvelle menace ni une homogénéité dans les mesures pour contrer le terrorisme. Mauer aborde aussi la délicate question de l’équilibre entre les libertés civiles et la sécurité nationale et internationale. Il consacre de surcroît une section à l’un des aspects principaux de la stratégie allemande, soit le multilatéralisme, qui se concrétise par une participation accrue à l’Union européenne, aux Nations Unies et à l’otan. Enfin, Tore Nyhamar discute des mesures de contre-terrorisme en Norvège dont l’élément central est l’important rôle des forces armées. Pour la Norvège, qui se trouve en périphérie du nouveau conflit et qui a peu d’expérience en matière de terrorisme national et international, l’important est de maintenir l’alliance transatlantique ; pour elle, l’otan doit en effet demeurer une organisation qui assure la défense collective de ses membres. Du côté national, des lignes de démarcation fortes existent entre les différentes organisations impliquées dans le contre-terrorisme (police, armée, National Security Authority, etc.), ce qui mine l’établissement de politiques de contre-terrorisme unifiées.

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Dans la deuxième partie de l’ouvrage, les mesures contre-terroristes du Canada et des États-Unis sont passées au peigne fin. Tout d’abord, Margaret Purdy explique que la question de la sécurité tient dorénavant une place importante dans les préoccupations canadiennes et que de multiples changements ont été effectués par les différents gouvernements, dont l’un des plus significatifs est probablement la création du ministère de la Sécurité publique et de la Protection civile. Partageant une frontière commune avec les États-Unis et ayant ces derniers comme principal partenaire économique, le Canada a ressenti une forte pression afin d’harmoniser ses mesures de contre-terrorisme avec celles de son voisin du sud. Purdy constate par contre que l’approche du Canada en matière de sécurité nationale s’avère tout de même distincte. L’approche canadienne est en effet moins centrée sur le terrorisme, mais rend plus compte de toute la gamme des menaces auxquelles le Canada est confronté. Enfin, les États-Unis s’avèrent incontournables pour comprendre l’évolution des mesures contre-terroristes et des impacts du 11 septembre 2001 sur l’Occident. À ce sujet, William Rosenau offre une analyse synthétique de la situation du contre-terrorisme aux États-Unis. Il explique les lacunes de l’appellation par les États-Unis de guerre globale contre le terrorisme (Global War On Terrorism) pour décrire la situation actuelle, et indique que ce qui se passe est, en fait, une guerre contre Al-Qaïda. Au-delà des critiques sévères à l’endroit des États-Unis à propos, par exemple, de ses pratiques de collecte d’information, des conditions de détention de certains détenus et de la guerre en Irak, Rosenau mentionne avec justesse qu’il s’avère difficile de prévoir si le soutien dont bénéficie globalement la campagne antiterroriste américaine aux États-Unis connaîtra jamais un déclin.

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La troisième partie de l’ouvrage traite d’une approche intégrée du contre-terrorisme. Pour ce faire, le premier chapitre, écrit par Martin Van Creveld, analyse le contre-terrorisme tel que mis en place par Israël. Israël étant considéré comme ayant le plus d’expérience en matière de contre-terrorisme, son cas permet de tirer une importante conclusion : le succès des mesures de contre-terrorisme dépend ultimement du contexte politique spécifique dans lequel elles sont implantées. Le deuxième chapitre, élaboré par Rohan Gunaratna, aborde les différentes façons de combattre Al-Qaïda et les groupes qui lui sont associés. Finalement, la dernière partie de l’ouvrage, écrite par Doron Zimmermann et Andreas Wenger, offre une réflexion plus générale sur le contre-terrorisme. Proposant des pistes de solutions pour des politiques contre-terroristes efficaces et légitimes, les auteurs retracent l’évolution de la menace terroriste et des réponses proposées aussi bien dans les années 1970, que pendant la guerre froide ou dans l’ère post-11 septembre qui nous concerne aujourd’hui. Pour que le contre-terrorisme occidental puisse connaître un succès à long terme, les auteurs suggèrent aux pays occidentaux de trouver un équilibre entre efficacité et légitimité ; équilibre qui pourrait être obtenu, par exemple, en incluant les musulmans dans la stratégie occidentale pour contrer le terrorisme.

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On peut donc affirmer que l’ouvrage How States Fight Terrorism. Policy Dynamics in the West s’inscrit pertinemment dans la littérature abondante traitant du 11 septembre 2001, du terrorisme et du contre-terrorisme. Par le biais de différentes études de cas élaborées par des spécialistes, ce livre permet au lecteur d’obtenir un portrait détaillé de l’évolution des mesures de contre-terrorisme adoptées par les principaux pays occidentaux. Afin d’harmoniser l’ensemble des études de cas, les directeurs de l’ouvrage proposent une synthèse offrant une réflexion quasi philosophique sur ce qui devrait constituer un contre-terrorisme juste et efficace. Cependant, alors que le choix des pays pour l’Amérique du Nord s’imposait de lui-même, celui des pays européens aurait mérité une justification. De plus, il aurait été intéressant d’offrir systématiquement un développement sur la définition et l’interprétation du terrorisme propres à chaque pays afin que l’on puisse saisir de manière plus efficace la raison de la mise en place de politiques particulières par ces différents pays. Malgré tout, ce livre satisfera certainement aussi bien les lecteurs qui désirent mieux comprendre la réaction de l’Occident face aux attaques du 11 septembre 2001, que les chercheurs en quête d’une meilleure stratégie pour contrer le terrorisme à long terme.


Auteur : Alexandra Tardif-Villeneuve
Ouvrage recensé : Zimmermann, Doron et Andreas Wenger (dir.), How States Fight Terrorism. Policy Dynamics in the West, Boulder, co, Lynne Rienner Publishers, 2007, 261 p.
Revue : Études internationales, Volume 38, numéro 4, décembre 2007, p. 605-607
URI : http://id.erudit.org/iderudit/018294ar
DOI : 10.7202/018294ar

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