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Études internationales

Volume 39, numéro 3, septembre 2008, p. 485-489

Direction : Gordon Mace (directeur)

Rédaction : Pauline Curien (rédactrice en chef)

Éditeur : Institut québécois des hautes études internationales

ISSN : 0014-2123 (imprimé)  1703-7891 (numérique)

DOI : 10.7202/019323ar

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Compte rendu

Morrisson, Charles E. et Eduardo Pedrosa, An apec Trade Agenda ? The Political Economy of a Free Trade Area of the Asia-Pacific, Singapore, Institute of Southeast Asian Studies, 2007, 256 p.

Jean-François Fortin

Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (crsh),

Ottawa, Canada


1

Ce livre se penche sur l’apec (Coopération économique de la zone Asie-Pacifique) qui est un forum intergouvernemental voué à la promotion du libre-échange et de l’investissement, de la croissance économique et du développement ainsi que de la coopération dans la zone Asie-Pacifique. Plus particulièrement, ce livre cherche à évaluer quels seraient les avantages et les inconvénients de la création d’une zone de libre échange pour l’Asie-Pacifique à la suite de ce forum. Il est le fruit d’une étude réalisée conjointement par l’apec Business Advisory Council (abac) et le Pacific Economic Cooperation Council (pecc). L’abac a été créé par l’apec en 1995 pour lui fournir des conseils et représenter les positions du secteur privé sur des questions de coopération liées à la région de l’Asie-Pacifique. L’abac regroupe des représentants de plusieurs entreprises. Pour sa part, le pecc est un think-tank influent qui reçoit des leaders du secteur privé et du secteur public dans le cadre d’un forum informel, de façon à jeter un éclairage pertinent et à formuler des recommandations sur des questions relatives à la région de l’Asie-Pacifique. Ces deux organismes ont convenu de réaliser une étude sur la faisabilité de l’établissement d’une zone de libre-échange dans la région de l’Asie-Pacifique et de faire le point sur tous les mécanismes que l’apec pourrait mettre en place pour favoriser des échanges commerciaux et accroître les flux d’investissements dans cette région. Il fait peu de doute que des objectifs similaires de négociations sont recherchés au sein de forums souvent superposés et parfois concurrents. L’ouvrage se propose donc de jeter un éclairage sur ce phénomène qui se manifeste en Asie-Pacifique et qui, en prenant de l’ampleur, complexifie les négociations commerciales internationales du cycle de Doha pour le développement.

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Le livre comporte huit chapitres dont un d’introduction rédigé par les éditeurs du volume, E. Morrison et Eduardo Pedrosa. Ce chapitre présente une synthèse des résultats de l’étude et un survol des principaux enjeux suscités par la question d’une zone de libre échange en Asie-Pacifique. Tous les chapitres ont été produits par des politologues et économistes spécialisés dans les questions de politique commerciale. Le second chapitre, rédigé par Fred Bergsten, est un plaidoyer en faveur d’une zone de libre échange et situe méthodiquement les liens entre cette idée et les difficultés que connaissent l’omc et le cycle de Doha. Par la suite se succèdent trois chapitres dont chacun offre un éclairage sur les plus importants acteurs en matière de politique commerciale dans la région de l’Asie-Pacifique que sont les États-Unis, la Chine et le Japon. Les textes mettent en relief les positions de ces pays en fonction de la spécificité de leurs économies, de la particularité de leurs institutions politiques et de leurs objectifs en relation avec l’ordre du jour de l’apec et celui du cycle de Doha de l’omc. Le livre se poursuit avec un chapitre portant sur les leçons apprises de l’expérience du projet de zone de libre-échange des Amériques (zlea). Un autre chapitre se penche sur les occasions offertes à l’apec de jouer un rôle dans les multiples accords de libre-échange existant dans la région. Finalement, le livre se termine avec les opportunités pour l’asean de faire la promotion d’échanges plus libres dans la région de l’Asie-Pacifique en particulier et sur la scène mondiale en général.

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Le chapitre portant sur la politique commerciale des États-Unis, rédigé par Vinod K. Aggarwal, est particulièrement bien mené et dresse un portait fort utile de l’évolution de la stratégie de négociations d’ententes préférentielles du gouvernement américain. Il se concentre plus particulièrement sur les ententes conclues depuis le lancement du cycle d’Uruguay. Ce texte comporte des tableaux très utiles des différentes ententes classées selon une typologie éclairante. Toutes les formes organisationnelles de gouvernance de politique commerciale que sont l’unilatéralisme, le bilatéralisme, le minilatéralisme et le multilatéralisme y sont bien exposées. L’auteur présente l’enchevêtrement des accords en fonction de la progression du régime multilatéral du commerce depuis le début des années quatre-vingt. En somme, Aggarwal dresse un portait plutôt sombre des perspectives de négociation d’une zone de libre-échange dans la région Asie-Pacifique : il souligne que le gouvernement américain, quoiqu’il ait négocié plusieurs ententes de libre-échange depuis quelques années, ne trouverait pas suffisamment d’avantages à négocier activement une vaste entente de libre-échange en Asie, car l’atteinte des principaux objectifs de négociations des États-Unis issus du cycle de Doha serait entravée par la négociation d’une entente dans cette région. N’oublions pas, toutefois, que des gestes ont déjà été posés par les États-Unis envers plusieurs pays de l’Asie-Pacifique. Aggarwal se fait, en somme, le détracteur des multiples négociations d’ententes préférentielles et recommande que plus d’efforts soient consacrés à centrer les priorités sur les négociations multilatérales de l’omc.

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Les études de cas présentées dans les différents chapitres abordent la définition des positions de négociations commerciales en se penchant sur le rôle des institutions, les objectifs nationaux et régionaux et l’arrimage avec les politiques et pratiques économiques propres au contexte national et régional. Pour chacun des pays et des régions étudiés, les auteurs présentent leur évolution économique et leur positionnement sur la scène économique internationale. Les intérêts de chacun des pays face à l’apec ainsi que les différentes tactiques et interventions déployées sur la scène commerciale pour atteindre leurs objectifs sont définis. Les différentes stratégies de passage d’un forum de négociation à l’autre (omc, asean, apec, ententes bilatérales, ententes plurilatérales et ententes régionales) sont analysées dans le contexte des objectifs recherchés par les acteurs et de la progression des négociations du cycle de Doha ainsi que des initiatives régionales. Il se dégage de ces études que la création d’une zone de libre-échange en Asie est une tâche fort complexe et pourrait subir les mêmes aléas que la mise en place de la Zone de libre-échange des Amériques (zlea).

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Soulignons que le chapitre portant sur les leçons que l’apec pourrait tirer du processus de négociation de la zlea est particulièrement intéressant. On en retient ainsi que les pays membres de l’apec souhaitant voir émerger une zone de libre-échange pour la région Asie-Pacifique devraient s’assurer avant tout qu’il y a une vision commune entre les principaux acteurs, soit les États-Unis, la Chine et le Japon. Ensuite le processus de négociation ne devrait pas se dérouler sur une longue période. Plus il y a de changements de gouvernement au cours des négociations, plus les risques de dérapage et de ralentissement sont grands. On devrait se tenir à un objectif réalisable et il faudrait éviter les objectifs tous azimuts. Il faudrait également faire en sorte qu’il n’y ait qu’un minimum d’interférence avec les ententes de libre-échange bilatérales et régionales. Étant donné le nombre très élevé d’ententes régionales en Asie, cela pourrait représenter un défi de taille. Un autre enseignement du processus de mise en place de la zlea se voit dans le dysfonctionnement des divers sommets qui se sont déroulés dans les Amériques. En somme, la présidence des sommets et rencontres ne devrait pas être confiée aux États principaux de la région, mais à des États plus mineurs. De plus, il devrait y avoir une interprétation commune quant à la façon d’aborder les normes du travail et les questions environnementales, car le différentiel pourrait complexifier grandement les négociations. Finalement, les acteurs devraient s’assurer que les fonds et la démarche sont adéquats pour appuyer les processus de négociations.

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Le chapitre portant sur les occasions qui s’offrent à l’apec de rejoindre les multiples accords de libre-échange existant dans la région démontre que l’enchevêtrement des accords est complexe et qu’intégrer ces accords représente une tâche colossale. Plusieurs scénarios sont étudiés. Ce chapitre comporte des renseignements précieux sur la dynamique de la libéralisation des échanges en Asie-Pacifique et les liens complexes unissant les États à travers une toile d’ententes de libre-échange. Finalement, le dernier chapitre sur les possibilités qu’offre l’asean de faire la promotion d’échanges plus libres dans la région de l’Asie-Pacifique et sur la scène mondiale montre très clairement que les principaux acteurs pourraient se heurter à des conceptions opposées de la logique de libéralisation. L’auteur présente bien la dynamique institutionnelle et les principes sous-jacents qui sont propres aux institutions en place. Les principes qui animent l’asean depuis sa création en 1967 sont très différents de ceux sous-jacents à plusieurs des ententes de libre-échange conclues dans la région au cours de la dernière décennie et aux principes animant l’idée d’une zone de libre-échange en Asie-Pacifique. Le texte fait ressortir les divergences de vues entre les États qui sont satisfaits du processus de l’apec et ceux qui prônent un changement de cap radical vers la négociation d’une zone de libre-échange pour l’Asie-Pacifique. Il ne faut pas oublier que l’asean est un acteur important en matière de création d’ententes bilatérales de libre-échange dans la région et que cette institution explore la possibilité d’en faire autant avec des partenaires de l’extérieur de la région.

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Cette publication constitue une bonne contribution à la littérature sur les négociations commerciales internationales multilatérales et leur arrimage avec l’intégration régionale, car elle offre une vision d’ensemble du comportement de plusieurs pays de l’apec. Les différentes études de cas offrent une mine d’informations sur les stratégies des acteurs clés des négociations commerciales internationales. Puisque des défenseurs et des détracteurs connus d’une Zone de libre échange dans la région Asie-Pacifique ont été choisis pour rédiger chacun des volets de cette étude, il ne se dégage pas de consensus unanime parmi les auteurs. L’ouvrage présente donc les pour et les contre de cette option sous plusieurs angles. Cela dit, étant donné que l’étude vise à fournir des recommandations à l’apec, elle n’offre pas toute la profondeur théorique et méthodologique que fournirait un travail scientifique. Certains lecteurs resteront donc sur leur faim à cet égard. Par contre, l’ouvrage présente un vif intérêt sur le plan factuel et offre quantités d’informations aux lecteurs intéressés par les négociations commerciales et plus particulièrement la relation entre le multilatéralisme et les négociations régionales. Enfin, bien que l’ouvrage porte sur l’Asie-Pacifique, la réflexion qu’il aborde dépasse de loin le cadre de cette région qui est si importante pour le commerce mondial et touche au coeur des défis qui se posent au régime mondial du commerce. De façon générale, cette étude permet de mieux comprendre la dynamique de l’intégration régionale. Les chercheurs spécialistes des questions de politique commerciale et les praticiens tireront certainement de précieux enseignements de cette étude audacieuse.


Auteur : Jean-François Fortin
Ouvrage recensé : Morrisson, Charles E. et Eduardo Pedrosa, An apec Trade Agenda ? The Political Economy of a Free Trade Area of the Asia-Pacific, Singapore, Institute of Southeast Asian Studies, 2007, 256 p.
Revue : Études internationales, Volume 39, numéro 3, septembre 2008, p. 485-489
URI : http://id.erudit.org/iderudit/019323ar
DOI : 10.7202/019323ar

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