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Études internationales

Volume 40, numéro 1, mars 2009, p. 128-130

Carl Schmitt et les relations internationales

Sous la direction de Jean-François Thibault

Direction : Gordon Mace (directeur)

Rédaction : Pauline Curien (rédactrice en chef)

Éditeur : Institut québécois des hautes études internationales

ISSN : 0014-2123 (imprimé)  1703-7891 (numérique)

DOI : 10.7202/037577ar

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Compte rendu

Sebastian Santander, Le régionalisme sud-américain, l’Union européenne et les États-Unis, 2008, coll. Études européennes, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 281 p.

Jérôme Montes

Office des nouvelles internationales

Biarritz, France


1

Le présent ouvrage vise à enrichir les travaux scientifiques du champ des relations internationales en restituant dans une perspective globale le régionalisme latino-américain. Il s’agit ici de repenser les formes de la gouvernance globale par une contribution aux études comparées sur le néorégionalisme. Pour comprendre l’évolution du régionalisme latino-américain à l’heure de la globalisation, l’auteur prend le parti d’une approche clairement interdisciplinaire (relations internationales, science politique, économie, histoire), faisant la part belle à l’approche comparée et en pointant le rôle des déterminants extérieurs (l’influence de l’Europe et des États-Unis). En prenant le parti de dépasser les seuls facteurs internes de l’intégration régionale (en particulier l’impact des cycles électoraux nationaux), l’auteur inscrit sa recherche dans le prolongement des approches systémiques et de la nouvelle économie politique internationale et met en exergue l’interrelation entre les niveaux national, régional et global. Il cherche, ainsi, à transcender les approches rationalistes, stato-centrées et de problem solving. Une autre originalité du propos tient à l’auteur lui-même, chercheur qui connaît de l’intérieur la vie de plusieurs pays latino-américains et qui s’est spécialisé dans les études de l’Union européenne et de ses relations internationales.

2

Le livre met en évidence le lien étroit qui existe entre régionalisme et mondialisation néolibérale, analysé sur différents plans : les idées, les politiques d’adaptation, la rupture avec les traditions étatistes… La globalisation et les changements systémiques induits par la fin de l’ère bipolaire illustrent l’influence que les pressions exogènes (panaméricanisme des États-Unis et stratégie interrégionale de l’Union européenne) exercent sur le façonnement des nouvelles expériences régionales en Amérique latine. Pour l’auteur, l’approche politico-stratégique du néorégionalisme s’impose en raison de l’instabilité et de l’hétérogénéité du système international de l’après-guerre froide, de la fragilité de la globalisation, de l’échec du « cycle de développement » de l’omc et des tensions géopolitiques transatlantiques qui opposent l’Amérique latine à l’Europe et aux États-Unis. Les relations interrégionales s’insèrent dans l’économie mondiale et agissent sur le développement et la consolidation du régionalisme latino-américain. L’auteur distingue ainsi trois vagues de régionalisme (bolivarien, développementaliste et ouvert) intimement liées à l’évolution de l’État, au modèle de développement économique et au contexte extérieur (interaction avec les États-Unis et l’Europe).

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Le néorégionalisme latino-américain, à travers l’expérience du mercosur, devient une plateforme où s’esquissent des stratégies communes sur le plan intérieur (garant de la démocratie et de politiques économiques libérales) comme sur le plan extérieur avec le renforcement du positionnement international des États. Cependant, le mercosur se heurte au panaméricanisme visant à asseoir l’hégémonie des États-Unis et incarné par le projet de zone de libre-échange des Amériques (zlea), fondé sur la devise trade not aid et présenté comme la panacée de la dette, les attentats du 11 septembre 2001 ne faisant que resserrer les liens entre les questions commerciales et sécuritaires. Dans le même temps, les États latino-américains utilisent les relations tissées avec l’Union européenne pour empêcher Washington de monopoliser l’agenda régional. Quant à l’acteur européen, il cherche à se projeter sur la scène internationale en soutenant, dès son avènement, le groupement sud-américain (commerce, diplomatie, aide au développement, droits de l’homme, soutien humanitaire, environnement, défense). De la sorte, Bruxelles véhicule à l’extérieur un certain modèle d’intégration et de gouvernance régionale contribuant à sa projection et à son identité mondiale. Ainsi, tandis que la Maison Blanche s’évertue à désamorcer les initiatives régionales en Amérique latine, l’Union européenne soutient, par le truchement de la Commission pour l’essentiel, les forces centripètes en vue de contribuer à la cohésion régionale et au développement de pôles autonomes d’intégration modelés à son image. Les enjeux stratégiques des deux projets d’accords d’association interrégionale (Union européenne-mercosur et la zlea) dépassent le cadre pour lequel ils ont été imaginés : ils doivent permettre à Bruxelles et à Washington de consolider leurs positions. Au final, l’auteur affirme le caractère durable et multidimensionnel (c’est-à-dire pas seulement sur le plan commercial) du régionalisme latino-américain. Il augure des progrès à venir dans la coopération interrégionale entre l’Union européenne et l’Amérique latine.

4

Destiné en priorité aux étudiants et aux chercheurs, ce livre offre une analyse pertinente des processus d’intégration régionale à travers l’exemple du mercosur, en mettant en relief l’importance des facteurs exogènes au-delà de la seule dynamique interne. Il convient aussi de saluer la richesse des sources bibliographiques, en cinq langues, qui permet de mettre l’ouvrage en perspective avec une littérature internationale sur le sujet pour le moins foisonnante.


Auteur : Jérôme Montes
Ouvrage recensé : Sebastian Santander, Le régionalisme sud-américain, l’Union européenne et les États-Unis, 2008, coll. Études européennes, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 281 p.
Revue : Études internationales, Volume 40, numéro 1, mars 2009, p. 128-130
URI : http://id.erudit.org/iderudit/037577ar
DOI : 10.7202/037577ar

Tous droits réservés © Études internationales, 2009

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